| exposition à linstitut du Monde arabe 14 octobre 2004-10 avril 2005 ;prolongation jusquau 12 juin 2005 Pharaon Pharaon Exposition à linstitut du Monde arabe, 14 octobre 2004-10 avril 2005, prolongée jusquau 12 juin 2005. Commissaire scientifique de lexposition Christiane Ziegler, conservateur général au département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre. Pendant plus de trois millénaires, la place primordiale a été tenue en Égypte par Pharaon. Le terme « pharaon » est une transposition dune expression égyptienne pr-¢, « la grande maison » qui signifie le « palais royal ». Cette expression, attestée dès lAncien Empire (vers 2400 avant J.-C.), désignait à lorigine le palais royal et ceux qui y habitaient. Aux hautes époques, lexpression nétait pas utilisée pour désigner la personne royale seule. À partir de Thoutmosis III (XVIIIe dynastie, 1479-1425 avant J.-C.), selon un processus de métonymie que nous connaissons bien, le terme désigne aussi la personne même du souverain un peu comme les Français disent « lÉlisée » pour désigner à la fois la résidence du Président de la République, la fonction présidentielle et le président lui-même, ses services ou les fonctionnaires qui y travaillent. Cette expression nous a été transmise sous la forme de pharao par la traduction de la Bible de lhébreu en grec (les Septante) oò il apparaît dans la vulgate (Genèse XII, 15). À lépoque ptolémaïque (332-20 avant J.-C.), on appelle p-pr-¢, « celui du roi », le support de lécriture que seul le roi a le droit de fabriquer. P-pr-¢devient en grec papuros, puis papyrus en latin, et donne enfin le mot « papier » en français. Intermédiaire entre le monde des hommes et celui des dieux, Pharaon est le garant de lordre cosmique, assurant le triomphe de lordre égyptien, la Maât ou Vérité-Justice. Il apporte aux dieux les offrandes de lÉgypte et ses prières. Deux, il reçoit pour le pays bénédictions et bienfaits. Prêtre par excellence, il est le « maître des cultes », édifiant temples, multipliant sacrifices et libations, conduisant les processions. Il assure en tous domaines la prospérité de lÉgypte. Faisant régner la justice, il veille à procurer une bonne administration. Face aux désordres des peuples extérieurs, il maintenait une paix vigoureuse. Fils des Dieux, cet Horus apparaît en tant que substitut du dieu. À ce schéma glorieux, on a pu cependant apporter quelques retouches. De toute façon, il ne pouvait y avoir un décalage entre la fonction monarchique, sacrée voire divine , et le détenteur de cette fonction, un mortel dont les contes ne cachent pas les aspects humains. Lexposition qui se tient à linstitut du Monde arabe est une reprise partielle de lexposition Il Pharaoni, organisée au Palazzo Grassi à Venise, du 10 septembre 2002 au 23 mai 2003, sous le commissariat scientifique de Christiane Ziegler. Pour la manifestation parisienne, lIma a bénéficié de relations privilégiées avec le musée égyptien du Caire, qui a prêté cent quinze des deux cents trente objets exposés. Le musée de Philadelphie a aussi prêté de nombreux objets, car ses salles consacrées à lÉgypte ancienne sont actuellement en travaux. Le colosse dAkhénaton vient du musée égyptien de Berlin. Le papyrus Rollin relatant une conspiration dans le « harem » sous le règne de Ramsès III (XXe dynastie, 1182-1151 avant J.-C.) vient de la Bibliothèque nationale (inv. 195) et sera présenté seulement jusquà la fin du mois de janvier 2005 en raison de la fragilité du matériau. Enfin, quelques objets viennent de collections particulières. Cette exposition a pour but est de présenter la nature, le rôle et les fonctions du souverain dÉgypte à travers le temps. Lexposition est orientée principalement vers le Nouvel Empire et les époques tardives. Une chronologie est proposée au visiteur oò les Anciens et Moyen Empire, les Première et Deuxième Périodes intermédiaires sont de couleur claire, car ce sont les époques moins importantes pour lexposition. Lexposition souvre sur une statue colossale de Toutânkhamon 1. Jusqualors, ce colosse était venu une seule fois à Paris au musée du Grand Palais, à loccasion de lexposition Toutankhamon et son temps en 1967. Le roi est dans lattitude de la marche afin de le montrer en actif et en tension. Il porte la double couronne fragmentaire, le némès et le traditionnel pagne plissé, la chendjyt. Sur la boucle de la ceinture, Horemheb a inscrit son nom de couronnement au-dessus de celui du souverain précédent, sans doute Toutânkhamon. Le parcours de lexposition est constitué de six sections différentes : « la galerie de portraits royaux », « images et symboles de la monarchie (les signes de la monarchie) », « pharaon intermédiaire entre les hommes et les dieux : le temple », « pharaon garant de léquilibre du monde : la victoire sur ses ennemis », « pharaon garant de la prospérité de lÉgypte : le bon gouvernement », « le palais, la cour, la famille royale », et « la mort de pharaon, léternel retour ». Lexposition se termine par la présentation du « trésor » de Tanis. La galerie de portraits Cette galerie de portraits royaux est la seule partie chronologique de lexposition. En sérigraphie, se trouve la représentation dune scène provenant dun coffret trouvé dans la tombe de Toutânkhamon : le roi est sur son char et massacre des ennemis. Cette scène est une démonstration de la puissance pharaonique sur les ennemis qui garantit le maintien de léquilibre universel. Au cours dune très longue histoire, il y eut une lente évolution dans la fonction royale. Mais celle-ci cependant na jamais remis en question ce quon pourrait définir comme le « dogme royal », conférant à cet être privilégié dassurer lordre divin, tant sur la terre que dans lensemble de lunivers. La conception de la royauté égyptienne abolit, sauf exception, la personnalité de lindividu au profit de linstitution. LÉgypte refuse donc de réaliser le « portrait » dun être et cest avant tout la fonction qui est mise en exergue. Néanmoins, le roi est limage vivante de la fonction héritée des dieux et derrière le stéréotype de ces représentations idéalisées, on décèle lêtre humain. La codification des représentations royales intervient dès les plus hautes époques, bien avant la constitution de lÉtat égyptien qui survient vers 3150 avant J.-C. Dès la première dynastie apparaît la « titulature » royale traditionnelle, donnée au pharaon lors des cérémonies de couronnement. À partir de lAncien Empire, cette titulature est constituée de cinq noms et dépithètes (appellations), variant pour chaque roi et dont trois, au moins, sont fixés dès lépoque thinite : le premier est le nom dHorus ; le deuxième nom est celui de nb.ty (Nebty), des « Deux maîtresses », et rappelle la période oò lÉgypte était divisée en deux royaumes distincts protégés lun par la déesse vautour Nekhbet del-Kab (royaume du Sud), lautre par la déesse cobra Ouadjet de Dep/Bouto (royaume du Nord) ; le troisième nom dit « dHorus dor », évoque peut-être un événement historique, la victoire dHorus sur son oncle Seth qui avait cherché à lui dérober lhéritage de son père Osiris ; le quatrième nom, que lon appelle souvent le nom de couronnement (= le prénom), est précédé de la formule n(y)-swt-bty, « celui qui appartient au roseau (swt) et à labeille (bty) », dans laquelle le roseau symbolise la Haute-Égypte et labeille, la Basse-Égypte, doò la traduction usuelle « le roi de la Haute et de la Basse-Égypte ». le dernier nom est précédé du titre « le Fils de Rê » (sR¢ ). Les monuments royaux portent souvent le protocole complet, mais parfois les inscriptions se contentent du nom de Roi de Haute et de Basse-Égypte, ou prénom, qui est le plus personnel de tous. La galerie de portraits se clôt par la reconstitution dune porte du palais royal fondé par Séthi Ier à Pi-Ramsès (Qantir), faite de briques émaillées bleues dont le musée du Louvre en possède 120. À cause de sa hauteur, cette porte monumentale se trouve à cet endroit et non dans la section consa-crée aux signes du pouvoir royal. Ici la titulature de Séthi Ier sert également de décor. Elle se lit sur le linteau horizontal et sur les montants latéraux : ênà Îr, kæ nà.tw, àêj-m-Wæs.t, sênà-tæwy, Que vive Horus : le taureau puissant, qui apparaît dans Thèbes, qui fait vivre les deux terres ; nb.ty : wÌm-msw.t, sàm-àpÒ, dr-p¶t-9, les deux Maîtresses (le cobra et le vautour) : qui répète les naissances, celui dont le glaive est puissant et qui repousse les Neufs Arcs ; Îr nwb : wÌm àêw, wrs-p¶w.t-m-tæw-nbw, lHorus dor : qui répète les couronnements, celui dont les Arcs sont puissants dans tout le pays ; n-sw.t-bity (nb tæwy) : mn-Mæêt-Rê, di ênà, le roi de Haute et Basse-Égypte (le maître des deux terres) : Men-Maât-Rê (Rê et la Maât sont stables), doué de vie ; sæ Rê : Å.t=f mr=f, le fils de Rê : de son ventre quil aime ; nb àêw : StÅy mrj.n-PtÌ, di ênà, le maître des couronnes : Séthi-aimé de Ptah, doué de vie. Les signes du pouvoir : images et symboles de la monarchie Dans cette section, le visiteur a un large éventail des signes du pouvoir ou regalia qui ornent les représentations royales et permettent de les distinguer des autres représentations. Les couronnes (fig. 7). La couronne blanche, celle de la Basse-Égypte, est une mitre étirée de couleur blanche. Son nom égyptien est ̶.t, « la blanche » ; la couronne rouge est celle de la Basse-Égypte. Elle correspond à un mortier dont la partie arrière remontait à la verticale et doò surgissait une tige à spirale incurvée vers lavant. Son nom égyptien est dÒr.t, « la rouge » ; le pschent est la double couronne qui symbolise la royauté du pharaon sur la Haute et Basse-Égypte. Elle combine tout naturellement la couronne blanche et la couronne rouge. Son nom grécisé pschent est dérivé de légyptien pæ-sàmty, cest-à-dire « les deux puissances ». Le àprÒ, khepresh, appelé également couronne bleue, est la couronne royale du Nouvel Empire (vers 1500 av. J.-C.), symbolisant la renaissance et le triomphe du couronnement et soulignant la légitimité royale. Sa dénomination de casque de guerre nest plus retenue aujourdhui. Le pharaon est conventionnellement représenté doté des insignes de la royauté (fig. 8) : Le sceptre héqa (Ìqæ, Ìqæ.t) qui ressemble à une crosse de berger et le fouet nekhekha (nàà) en forme de triple lanière. Le sceptre héqa est aussi lattribut dOsiris. Le némès (nms) est la coiffe royale enveloppant la tête, présentant deux retombées échancrées, et taillées dans un tissu bleu lapis à rayures jaunes, couleurs liées au monde divin ; Luræus, terme dorigine grecque (ouraïos) est utilisé pour désigner la déesse aux noms divers, qui personnifiait lil brôlant de Rê et symbolisant la nature brôlante (ignée) des couronnes, prenait laspect dun cobra femelle en fureur. Il était porté au front ou sur la couronne par le pharaon et certaines divinités ; La barbe est aussi bien un attribut des dieux que des rois : la barbe cérémonielle ou fausse barbe, ou barbe postiche, à extrémité recourbée , tenue par une jugulaire, est empruntée à Osiris. Elle pare le menton des rois défunts ; La chendjyt (Òn¶tyt) est un pagne archaïque plissé avec une languette médiane trapézoïdale. Il est aussi bien porté par les dieux que par les pharaons ; il est parfois emprunté par certains particuliers. Le cartouche. Il sagit dun lien, le signe Òn, de forme ovale qui contient tout ce que le soleil encercle. En inscrivant les noms du roi à lintérieur du cartouche, les Égyptiens montraient que leur souverain régnait sur le monde. Seuls deux noms royaux sont inscrits dans un cartouche : le nom de couronnement ou prénom du roi, et le nom de fils de Rê ou nom de naissance, encore identifié au nom du roi. Le roi-prêtre, le temple : le roi intermédiaire entre les dieux et les hommes Homme exerçant la fonction royale de droit divin, le pharaon joue, au moins en théorie, un rôle important sur terre. Cest lui, en effet, qui est chargé dassurer lOrdre universel conformément à Maât, déesse de la Vérité et de la Justice, enfant, comme lui, du dieu solaire Rê (fig. 10). Cette conception, typiquement égyptienne, tout en incluant les deux notions de vérité et de justice, recouvre bien davantage. Elle sapplique à lordre par excellence, établi par le démiurge lors de la création du monde. Si cet ordre, dorigine divine, venait à être perturbé, les forces du chaos, lIsefet, pourraient alors se déchaîner à nouveau. Il est donc immuable et comprend aussi les mouvements des astres, le lever du soleil, le retour période de linondation, indispensable à la vie de lÉgypte, les rapports entre humains, les devoirs envers les dieux. La fonction essentielle de pharaon est de maintenir cet ordre. Tout dabord, et surtout, il doit assurer le culte divin journalier dans lensemble de lÉgypte. Ainsi, dans tous les temples du pays, le culte se fait au nom de pharaon et le clergé nest que son délégué. Dans les scènes figurées des temples, cest toujours le roi qui est représenté en accomplissant le rituel divin journalier. Choisi par les dieux, pharaon est lintermédiaire entre les dieux et les hommes. Les divinités lont désigné pour construire leurs temples, garnir leurs autels et leur réciter leurs prières. Cest pourquoi le souverain est le seul qui figure face aux divinités sur les murs des temples. Pour pouvoir remplir ce rôle vital, le pharaon a besoin dune force magique considérable. Certes, sa naissance divine est indispensable, mais elle ne suffit pas. Le surcroît de puissance nécessaire à sa fonction, il lacquiert par les rites du couronnement, lorsquil prend les cinq noms de sa titulature. Puis, la puissance magique accumulée dans la personne de Pharaon grâce aux cérémonies religieuses du sacre a tendance à satténuer peu à peu, et après trente ans de règne, une fête spéciale, la fête-sed ou fête du jubilé royal est destinée à redonner à pharaon la force qui sest affaiblie au cours du règne. La fête-sed, célébrée à lorigine sous le patronage du dieu Ptah de Memphis, reprend, en partie du moins, les cérémonies du sacre (fig. 11). Le sens de la fête culmine par la double imposition des couronnes sur le pavillon dapparition royale. Pour conclure le rituel jubilaire, le pharaon fournit la preuve de ses capacités physiques en effectuant une course. On sest demandé si elle ne remplaçait pas un rite de lÉgypte primitive, au cours duquel le roi était mort rituellement lorsque, trop âgé, il ne pouvait plus assumer physiquement les charges de la royauté. La première fête-sed, célébrée après trente ans de règne, pouvait être suivie par dautres, à intervalles plus courtes, chaque fois que le pharaon éprouvait le besoin de renouveler ses forces. Lappropriation du monde : pharaon victorieux Chef suprême de larmée, le roi dirige en personne les expéditions militaires qui visent à repousser les invasions ou à conquérir de nouveaux territoires. Pour mater des révoltes et maintenir lordre, il délègue le plus souvent ses pouvoirs à ses généraux et aux commandants de garnison. Il définit la stratégie à adopter pour attaquer lennemi ou pour se défendre. Dès lenfance, son éducation le prépare au métier des armes. Il apprend à tirer à larc, à manier lépée, la lance et la hache, et à conduire un char. Innombrables sont les textes et les représentations qui exaltent son rôle de chef de larmée, durant lequel il exécute des prouesses étonnantes. À partir du Nouvel Empire, le thème du pharaon conquérant devient une scène métaphorique visent à mettre en avant la démonstration de la puissance des pharaons (topos) (fig. 12). Ce thème fait partie de liconographie officielle de la royauté. À partir du Nouvel Empire, le temps des conquêtes commencement et une imagerie fut créée mettant en scène le pharaon sur son char vainqueur des ennemis (fig. 13). Larmée devient une armée de métier à partir du Nouvel Empire (Thoutmosis III, Ramsès II). Ceci est dô à linvasion de lÉgypte par des populations venues de Palestine méridionales que les Grecs ont appelées les Hyksôs (de lexpression égyptienne héqaou khasout « les souverains des pays étrangers »). Cette première invasion étrangère du territoire fut traumatisante pout les Égyptiens, car selon lidéologie, elle marquait le triomphe du chaos sur lOrdre universel. Néanmoins, les Hyksos sont venus avec un armement perfectionné en bronze (les armes locales étaient fabriquées en cuivre), le cheval et le char. Le palais, siège du gouvernement La Résidence est un ensemble architectural composé dune partie officielle oò siège le gouvernement (àmw), et dune partie intime, le palais royal (pr-æê), constitutée des appartements privés de la famille royale et dune partie de la cour. La partie officielle est marquée par des salles daudience et du trône dans lesquelles le pharaon affiche sa capacité à régner. Le roi est le propriétaire de lensemble du pays (cest la plus grosse fortune de lÉgypte). Il cède la jouissance dune partie des terres aux temples, aux administrations et à quelques grands dignitaires afin quils pourvoient à leurs besoins et rémunèrent leurs employés. Le pharaon possède aussi les mines dor, de cuivre et de pierres semi-précieuses et les carrières. Il envoie des expéditions les exploiter. Cest lui encore qui détient le monopole du commerce des matières premières avec létranger. Chef du gouvernement, le pharaon sentoure de ministres pour lassister. Il délègue une partie de ses pouvoirs au vizir (ætyæ, sorte de ministre de lIntérieur), personnage le plus éminent du pays après lui (fig. 14). Le conseil que préside le roi (fig. 15) pour conduire les affaires du pays se compose aussi du directeur du Trésor ou ministre de lIntérieur , et des directeurs des greniers et du bétail. Toutes les statues présentées afin dévoquer un conseil des ministres sont conservées au musée égyptien du Caire (fig. 16). Elles sont été trouvées en 1904 dans la cachette du temple dAmon à Karnak. Les personnages représentés avaient obtenu une grande faveur davoir leur statue dans la cour du temple dAmon à Karnak. Recrutés davantage chez les scribes que les militaires, les fonctionnaires royaux constituent lexécutif gouvernemental et sont les représentants de lappareil administratif égyptien efficace (fig. 17 et 18). Le palais en tant que résidence, la cour, la famille royale La résidence royale est la partie privée du palais. Comme toutes les habitations, le palais oò vit le roi est en briques crues. Lédifice se distingue des villas des dignitaires et des maisons des humbles par sa surface, beaucoup plus importante. Il possède aussi des éléments architecturaux en pierre, colonnes, seuils, montants et linteaux de porte. Couverts de pisé et denduits de stuc, ses murs sont parfois ornés de peintures inspirées de la nature (fig. 19). La vitrine au centre de lespace propose une évocation dun appartement royal avec un lit et un coffre de rangement provenant de la tombe de Toutânkhamon (VdR 62 = cat. 100 et 101), un tabouret pliant à têtes doies (= cat. 104), dont il manque le siège en cuir ; un siège de latrines (= cat. 106), un coffret à cosmétiques et à bijoux au nom de Ramsès IX (= cat. 107), et un coffret au nom dAmenhotep III (= cat. 102), pour ranger les objets de toilette et les onguents. Ce dernier a été trouvé dans la tombe des beaux-parents dAmenhotep III, Youya et Touya. Beaucoup de textes nous décrivent les intérieurs de palais. Le harem de Gourob (fig. 22). A contrario des idées reçues, le harem nétait pas un lieu oò les femmes demeuraient enfermées sans aucun contact avec lextérieur, mais correspondait à la résidence oò vivaient les reines, les princesses et les princes. Lun des plus fameux fut le harem de Gourob dans le Fayoum dont sa nécropole fut fouillée hâtivement. Le harem était aussi le lieu de production dobjets de toilette et de lin. La cour au règne dAmenhotep III. Cest à lépoque dAmenhotep III que la vie est la plus raffinée (fig. 23 et 24). La production du verre est une production de qualité. La verrerie est faite à proximité de la résidence royale. Cest aussi un monopole royal. La cour au temps dAkhénaton. À lépoque amarnienne, le couple royal dévoile son intimité. Akhénaton et Néfertiti présentent limage dun foyer uni, proche des autres familles égyptiennes. Bien quil forme une couple aimant avec Néferiti, AmenhotepIV/Akhénaton a eu dautres épouses, à commencer par la reine Kiya qui lui donna une fille. Après la mort de Néfertiti vers lan 14 de son règne, le pharaon sunit à deux de ses filles. Cest un exemple que suivra Ramsès II. La mort de pharaon, léternité de pharaon Cette partie consacrée à la mort, aux conceptions et aux pratiques funéraires est introduite par des écrans, présentant les tombes dAmenhotep II (VdR 35) et dHoremheb (VdR 57). Les parois des tombes royales sont couvertes des figurations de dieux, de textes et de scènes tirés des grands livres funéraires égyptiens. Ceux-ci donnent la description al plus exhaustive du monde infernal qui soit parvenue jusquà nous. Dans la tombe dAménophis II, les programmes textuel et iconographique sont issus des Livre de lAmdouat. À linstar des Textes des Pyramides de lAncien Empire, les Livres de lAmdouat du Nouvel Empire sont réservés au souverain. Le même principe commande lornement des piliers et des parois diverses salles oò pharaon est représenté, soit en adoration, soit présentant des offrandes aux divinités de lau-delà. Ce programme décoratif est remplacé, dans les tombeaux des hauts dignitaires, par les scènes de vénération du roi, ainsi que par les textes et vignettes du Livre pour sortir le jour, plus connu sous le nom du Livre des Morts. La conservation et la protection du corps devaient être garanties par la momification et sa déposition dans un ou plusieurs sarcophages (fig. 25). Afin dassurer la survie physique, on ajouta à la pratique de lembaumement qui se perfectionna à partir de la IVe dynastie, le rituel de lanimation centré sur « louverture de la bouche et des yeux » que le prêtre-lecteur, cest-à-dire le ritualiste, exécutait sur les statues dans les ateliers de sculpture et sur les momies dans la pièce dembaumement pour leur insuffler les facultés de parler, de manger, de voir, par lesquelles se manifeste la vie. Avec le sarcophage, les vases canopes faisaient partie intégrante dune bonne sépulture. Ils contenaient les viscères extraits du corps avant lembaumement. Ces vases, caractérisés par leurs couvercles à tête humaine ou animale, étaient au nombre de quatre, et leur contenu était placé sous la protection de quatre génies funéraires, les « fils dHorus », invoqués dans les formules inscrites quelquefois sur la panse des vases, et représentés sur les couvercles, dabord tous à tête humaine puis, à partir de la XVIIIe dynastie seulement, différenciés : Amset, à tête humaine, préposé au foie ; Hapi, à tête de babouin, préposé aux poumons ; Douamoutef, à tête de chacal, préposé à lestomac ; Qebehsenouef, à tête de faucon, préposé aux intestins. À ceux-ci étaient associés quatre déesses, Isis, Nephthys, Neith et Serqet, qui renforçaient la protection. Amulettes, scarabées et papyrus funéraires renforçaient lefficacité de la momification grâce à leur pouvoir magique. Des amulettes de divers types étaient réparties sur le corps de la momie, placées entre les bandelettes ou posées sur une résille déléments en faïence, appelée « cuirasse magique ». Nommées en égyptien chaouabtis ou chabtis, puis oushebtis à la XXIe dynastie, ces figurines funéraires apparaissent dès le Moyen Empire. Elles matérialisent en pierre de lenveloppe charnelle du défunt. Ces statuettes généralement momiformes sont considérées comme des serviteurs funéraires : leur rôle est celui dun « répondant », comme lindique le chapitre VI du Livre pour sortir le jour ou Livre des Morts souvent inscrit sur les jambes des statuettes. Chaque chaouabti tient dans ses mains des houes et porte un sac dans le dos : ces instruments lui permettaient ainsi daccomplir, à la place du défunt, les corvées agricoles dans lau-delà. En effet, chez les anciens Égyptiens, lau-delà était décrit comme les « Champs des roseaux » oò les bienheureux se livraient aux travaux des champs. Pour profiter plus encore de ce paradis agricole particulier aux conceptions funéraires égyptiennes, les défunts faisaient donc exécuter les tâches pénibles par les chaouabtis. Un papyrus conservé au British Museum (BM EA 10800) et daté de la fin de la XXIIe dynastie nous informe que le défunt pouvait emporter un serviteur par jour de lannée (360 jours et 5 jours épagomènes). Cette troupe de 365 serviteurs, placée sous les ordres de trente-six contremaîtres comptait 401 figurines au total. Le scarabée était lune des principales amulettes funéraires. Le renouveau et la renaissance quil représentait venaient de la naissance particulière de lanimal qui semblait sortir de luf par gén& |
| exposition a l'institut du monde arabe 14 octobre 2004-10 avril 2005;prolongation jusqu'au 12 juin 2005 pharaon pharaon exposition a l'institut du monde arabe, 14 octobre 2004-10 avril 2005, prolongee jusqu'au 12 juin 2005. commissaire scientifique de l'exposition christiane ziegler, conservateur general au departement des antiquites egyptiennes du musee du louvre. pendant plus de trois millenaires, la place primordiale a ete tenue en egypte par pharaon. le terme "pharaon" est une transposition d'une expression egyptienne pr-¢, "la grande maison" qui signifie le "palais royal". cette expression, attestee des l'ancien empire (vers 2400 avant j.-c.), designait a l'origine le palais royal et ceux qui y habitaient. aux hautes epoques, l'expression n'etait pas utilisee pour designer la personne royale seule. a partir de thoutmosis iii (xviiie dynastie, 1479-1425 avant j.-c.), selon un processus de metonymie que nous connaissons bien, le terme designe aussi la personne meme du souverain - un peu comme les francais disent "l'elisee" pour designer a la fois la residence du president de la republique, la fonction presidentielle et le president lui-meme, ses services ou les fonctionnaires qui y travaillent. cette expression nous a ete transmise sous la forme de pharao par la traduction de la bible de l'hebreu en grec (les septante) ou il apparait dans la vulgate (genese xii, 15). a l'epoque ptolemaique (332-20 avant j.-c.), on appelle p-pr-¢, "celui du roi", le support de l'ecriture que seul le roi a le droit de fabriquer. p-pr-¢devient en grec papuros, puis papyrus en latin, et donne enfin le mot "papier" en francais. intermediaire entre le monde des hommes et celui des dieux, pharaon est le garant de l'ordre cosmique, assurant le triomphe de l'ordre egyptien, la maat ou verite-justice. il apporte aux dieux les offrandes de l'egypte et ses prieres. d'eux, il recoit pour le pays benedictions et bienfaits. pretre par excellence, il est le "maitre des cultes", edifiant temples, multipliant sacrifices et libations, conduisant les processions. il assure en tous domaines la prosperite de l'egypte. faisant regner la justice, il veille a procurer une bonne administration. face aux desordres des peuples exterieurs, il maintenait une paix vigoureuse. fils des dieux, cet horus apparait en tant que substitut du dieu. a ce schema glorieux, on a pu cependant apporter quelques retouches. de toute facon, il ne pouvait y avoir un decalage entre la fonction monarchique, sacree - voire divine -, et le detenteur de cette fonction, un mortel dont les contes ne cachent pas les aspects humains. l'exposition qui se tient a l'institut du monde arabe est une reprise partielle de l'exposition il pharaoni, organisee au palazzo grassi a venise, du 10 septembre 2002 au 23 mai 2003, sous le commissariat scientifique de christiane ziegler. pour la manifestation parisienne, l'ima a beneficie de relations privilegiees avec le musee egyptien du caire, qui a prete cent quinze des deux cents trente objets exposes. le musee de philadelphie a aussi prete de nombreux objets, car ses salles consacrees a l'egypte ancienne sont actuellement en travaux. le colosse d'akhenaton vient du musee egyptien de berlin. le papyrus rollin relatant une conspiration dans le "harem" sous le regne de ramses iii (xxe dynastie, 1182-1151 avant j.-c.) vient de la bibliotheque nationale (inv. 195) et sera presente seulement jusqu'a la fin du mois de janvier 2005 en raison de la fragilite du materiau. enfin, quelques objets viennent de collections particulieres. cette exposition a pour but est de presenter la nature, le role et les fonctions du souverain d'egypte a travers le temps. l'exposition est orientee principalement vers le nouvel empire et les epoques tardives. une chronologie est proposee au visiteur ou les anciens et moyen empire, les premiere et deuxieme periodes intermediaires sont de couleur claire, car ce sont les epoques moins importantes pour l'exposition. l'exposition s'ouvre sur une statue colossale de toutankhamon 1. jusqu'alors, ce colosse etait venu une seule fois a paris au musee du grand palais, a l'occasion de l'exposition toutankhamon et son temps en 1967. le roi est dans l'attitude de la marche afin de le montrer en actif et en tension. il porte la double couronne fragmentaire, le nemes et le traditionnel pagne plisse, la chendjyt. sur la boucle de la ceinture, horemheb a inscrit son nom de couronnement au-dessus de celui du souverain precedent, sans doute toutankhamon. le parcours de l'exposition est constitue de six sections differentes: "la galerie de portraits royaux", "images et symboles de la monarchie (les signes de la monarchie)", "pharaon intermediaire entre les hommes et les dieux: le temple", "pharaon garant de l'equilibre du monde: la victoire sur ses ennemis", "pharaon garant de la prosperite de l'egypte: le bon gouvernement", "le palais, la cour, la famille royale", et "la mort de pharaon, l'eternel retour". l'exposition se termine par la presentation du "tresor" de tanis. la galerie de portraits cette galerie de portraits royaux est la seule partie chronologique de l'exposition. en serigraphie, se trouve la representation d'une scene provenant d'un coffret trouve dans la tombe de toutankhamon: le roi est sur son char et massacre des ennemis. cette scene est une demonstration de la puissance pharaonique sur les ennemis qui garantit le maintien de l'equilibre universel. au cours d'une tres longue histoire, il y eut une lente evolution dans la fonction royale. mais celle-ci cependant n'a jamais remis en question ce qu'on pourrait definir comme le "dogme royal", conferant a cet etre privilegie d'assurer l'ordre divin, tant sur la terre que dans l'ensemble de l'univers. la conception de la royaute egyptienne abolit, sauf exception, la personnalite de l'individu au profit de l'institution. l'egypte refuse donc de realiser le "portrait" d'un etre et c'est avant tout la fonction qui est mise en exergue. neanmoins, le roi est l'image vivante de la fonction heritee des dieux et derriere le stereotype de ces representations idealisees, on decele l'etre humain. la codification des representations royales intervient des les plus hautes epoques, bien avant la constitution de l'etat egyptien qui survient vers 3150 avant j.-c. des la premiere dynastie apparait la "titulature" royale traditionnelle, donnee au pharaon lors des ceremonies de couronnement. a partir de l'ancien empire, cette titulature est constituee de cinq noms et d'epithetes (appellations), variant pour chaque roi et dont trois, au moins, sont fixes des l'epoque thinite: - le premier est le nom d'horus; - le deuxieme nom est celui de nb.ty (nebty), des "deux maitresses", et rappelle la periode ou l'egypte etait divisee en deux royaumes distincts proteges l'un par la deesse vautour nekhbet d'el-kab (royaume du sud), l'autre par la deesse cobra ouadjet de dep/bouto (royaume du nord); - le troisieme nom dit "d'horus d'or", evoque peut-etre un evenement historique, la victoire d'horus sur son oncle seth qui avait cherche a lui derober l'heritage de son pere osiris; - le quatrieme nom, que l'on appelle souvent le nom de couronnement (= le prenom), est precede de la formule n(y)-swt-bty, "celui qui appartient au roseau (swt) et a l'abeille (bty)", dans laquelle le roseau symbolise la haute-egypte et l'abeille, la basse-egypte, d'ou la traduction usuelle "le roi de la haute et de la basse-egypte". - le dernier nom est precede du titre "le fils de re" (sr¢ ). les monuments royaux portent souvent le protocole complet, mais parfois les inscriptions se contentent du nom de roi de haute et de basse-egypte, ou prenom, qui est le plus personnel de tous. la galerie de portraits se clot par la reconstitution d'une porte du palais royal fonde par sethi ier a pi-ramses (qantir), faite de briques emaillees bleues dont le musee du louvre en possede 120. a cause de sa hauteur, cette porte monumentale se trouve a cet endroit et non dans la section consa-cree aux signes du pouvoir royal. ici la titulature de sethi ier sert egalement de decor. elle se lit sur le linteau horizontal et sur les montants lateraux: - enà ir, kae nà.tw, àej-m-waes.t, senà-taewy, que vive horus: le taureau puissant, qui apparait dans thebes, qui fait vivre les deux terres; - nb.ty: wim-msw.t, sàm-àpo, dr-p¶t-9, les deux maitresses (le cobra et le vautour): qui repete les naissances, celui dont le glaive est puissant et qui repousse les neufs arcs; - ir nwb: wim àew, wrs-p¶w.t-m-taew-nbw, l'horus d'or: qui repete les couronnements, celui dont les arcs sont puissants dans tout le pays; - n-sw.t-bity (nb taewy): mn-maeet-re, di enà, le roi de haute et basse-egypte (le maitre des deux terres): men-maat-re (re et la maat sont stables), doue de vie; - sae re: Å.t=f mr=f, le fils de re: de son ventre qu'il aime; - nb àew: stÅy mrj.n-pti, di enà, le maitre des couronnes: sethi-aime de ptah, doue de vie. les signes du pouvoir: images et symboles de la monarchie dans cette section, le visiteur a un large eventail des signes du pouvoir - ou regalia - qui ornent les representations royales et permettent de les distinguer des autres representations. les couronnes (fig. 7). la couronne blanche, celle de la basse-egypte, est une mitre etiree de couleur blanche. son nom egyptien est i¶.t, "la blanche"; la couronne rouge est celle de la basse-egypte. elle correspond a un mortier dont la partie arriere remontait a la verticale et d'ou surgissait une tige a spirale incurvee vers l'avant. son nom egyptien est dor.t, "la rouge"; le pschent est la double couronne qui symbolise la royaute du pharaon sur la haute et basse-egypte. elle combine tout naturellement la couronne blanche et la couronne rouge. son nom grecise pschent est derive de l'egyptien pae-sàmty, c'est-a-dire "les deux puissances". le àpro, khepresh, appele egalement couronne bleue, est la couronne royale du nouvel empire (vers 1500 av. j.-c.), symbolisant la renaissance et le triomphe du couronnement et soulignant la legitimite royale. sa denomination de casque de guerre n'est plus retenue aujourd'hui. le pharaon est conventionnellement represente dote des insignes de la royaute (fig. 8): le sceptre heqa (iqae, iqae.t) qui ressemble a une crosse de berger et le fouet nekhekha (nàà) en forme de triple laniere. le sceptre heqa est aussi l'attribut d'osiris. le nemes (nms) est la coiffe royale enveloppant la tete, presentant deux retombees echancrees, et taillees dans un tissu bleu lapis a rayures jaunes, couleurs liees au monde divin; l'uraeus, terme d'origine grecque (ouraios) est utilise pour designer la deesse aux noms divers, qui personnifiait l'oeil brulant de re et symbolisant la nature brulante (ignee) des couronnes, prenait l'aspect d'un cobra femelle en fureur. il etait porte au front ou sur la couronne par le pharaon et certaines divinites; la barbe est aussi bien un attribut des dieux que des rois: la barbe ceremonielle - ou fausse barbe, ou barbe postiche, a extremite recourbee -, tenue par une jugulaire, est empruntee a osiris. elle pare le menton des rois defunts; la chendjyt (on¶tyt) est un pagne archaique plisse avec une languette mediane trapezoidale. il est aussi bien porte par les dieux que par les pharaons; il est parfois emprunte par certains particuliers. le cartouche. il s'agit d'un lien, le signe on, de forme ovale qui contient tout ce que le soleil encercle. en inscrivant les noms du roi a l'interieur du cartouche, les egyptiens montraient que leur souverain regnait sur le monde. seuls deux noms royaux sont inscrits dans un cartouche: le nom de couronnement ou prenom du roi, et le nom de fils de re ou nom de naissance, encore identifie au nom du roi. le roi-pretre, le temple: le roi intermediaire entre les dieux et les hommes homme exercant la fonction royale de droit divin, le pharaon joue, au moins en theorie, un role important sur terre. c'est lui, en effet, qui est charge d'assurer l'ordre universel conformement a maat, deesse de la verite et de la justice, enfant, comme lui, du dieu solaire re (fig. 10). cette conception, typiquement egyptienne, tout en incluant les deux notions de verite et de justice, recouvre bien davantage. elle s'applique a l'ordre par excellence, etabli par le demiurge lors de la creation du monde. si cet ordre, d'origine divine, venait a etre perturbe, les forces du chaos, l'isefet, pourraient alors se dechainer a nouveau. il est donc immuable et comprend aussi les mouvements des astres, le lever du soleil, le retour periode de l'inondation, indispensable a la vie de l'egypte, les rapports entre humains, les devoirs envers les dieux. la fonction essentielle de pharaon est de maintenir cet ordre. tout d'abord, et surtout, il doit assurer le culte divin journalier dans l'ensemble de l'egypte. ainsi, dans tous les temples du pays, le culte se fait au nom de pharaon et le clerge n'est que son delegue. dans les scenes figurees des temples, c'est toujours le roi qui est represente en accomplissant le rituel divin journalier. choisi par les dieux, pharaon est l'intermediaire entre les dieux et les hommes. les divinites l'ont designe pour construire leurs temples, garnir leurs autels et leur reciter leurs prieres. c'est pourquoi le souverain est le seul qui figure face aux divinites sur les murs des temples. pour pouvoir remplir ce role vital, le pharaon a besoin d'une force magique considerable. certes, sa naissance divine est indispensable, mais elle ne suffit pas. le surcroit de puissance necessaire a sa fonction, il l'acquiert par les rites du couronnement, lorsqu'il prend les cinq noms de sa titulature. puis, la puissance magique accumulee dans la personne de pharaon grace aux ceremonies religieuses du sacre a tendance a s'attenuer peu a peu, et apres trente ans de regne, une fete speciale, la fete-sed - ou fete du jubile royal - est destinee a redonner a pharaon la force qui s'est affaiblie au cours du regne. la fete-sed, celebree a l'origine sous le patronage du dieu ptah de memphis, reprend, en partie du moins, les ceremonies du sacre (fig. 11). le sens de la fete culmine par la double imposition des couronnes sur le pavillon d'apparition royale. pour conclure le rituel jubilaire, le pharaon fournit la preuve de ses capacites physiques en effectuant une course. on s'est demande si elle ne remplacait pas un rite de l'egypte primitive, au cours duquel le roi etait mort rituellement lorsque, trop age, il ne pouvait plus assumer physiquement les charges de la royaute. la premiere fete-sed, celebree apres trente ans de regne, pouvait etre suivie par d'autres, a intervalles plus courtes, chaque fois que le pharaon eprouvait le besoin de renouveler ses forces. l'appropriation du monde: pharaon victorieux chef supreme de l'armee, le roi dirige en personne les expeditions militaires qui visent a repousser les invasions ou a conquerir de nouveaux territoires. pour mater des revoltes et maintenir l'ordre, il delegue le plus souvent ses pouvoirs a ses generaux et aux commandants de garnison. il definit la strategie a adopter pour attaquer l'ennemi ou pour se defendre. des l'enfance, son education le prepare au metier des armes. il apprend a tirer a l'arc, a manier l'epee, la lance et la hache, et a conduire un char. innombrables sont les textes et les representations qui exaltent son role de chef de l'armee, durant lequel il execute des prouesses etonnantes. a partir du nouvel empire, le theme du pharaon conquerant devient une scene metaphorique visent a mettre en avant la demonstration de la puissance des pharaons (topos) (fig. 12). ce theme fait partie de l'iconographie officielle de la royaute. a partir du nouvel empire, le temps des conquetes commencement et une imagerie fut creee mettant en scene le pharaon sur son char vainqueur des ennemis (fig. 13). l'armee devient une armee de metier a partir du nouvel empire (thoutmosis iii, ramses ii). ceci est du a l'invasion de l'egypte par des populations venues de palestine meridionales que les grecs ont appelees les hyksos (de l'expression egyptienne heqaou khasout "les souverains des pays etrangers"). cette premiere invasion etrangere du territoire fut traumatisante pout les egyptiens, car selon l'ideologie, elle marquait le triomphe du chaos sur l'ordre universel. neanmoins, les hyksos sont venus avec un armement perfectionne en bronze (les armes locales etaient fabriquees en cuivre), le cheval et le char. le palais, siege du gouvernement la residence est un ensemble architectural compose d'une partie officielle ou siege le gouvernement (àmw), et d'une partie intime, le palais royal (pr-aee), constitutee des appartements prives de la famille royale et d'une partie de la cour. la partie officielle est marquee par des salles d'audience et du trone dans lesquelles le pharaon affiche sa capacite a regner. le roi est le proprietaire de l'ensemble du pays (c'est la plus grosse fortune de l'egypte). il cede la jouissance d'une partie des terres aux temples, aux administrations et a quelques grands dignitaires afin qu'ils pourvoient a leurs besoins et remunerent leurs employes. le pharaon possede aussi les mines d'or, de cuivre et de pierres semi-precieuses et les carrieres. il envoie des expeditions les exploiter. c'est lui encore qui detient le monopole du commerce des matieres premieres avec l'etranger. chef du gouvernement, le pharaon s'entoure de ministres pour l'assister. il delegue une partie de ses pouvoirs au vizir (aetyae, sorte de ministre de l'interieur), personnage le plus eminent du pays apres lui (fig. 14). le conseil que preside le roi (fig. 15) pour conduire les affaires du pays se compose aussi du directeur du tresor - ou ministre de l'interieur -, et des directeurs des greniers et du betail. toutes les statues presentees afin d'evoquer un conseil des ministres sont conservees au musee egyptien du caire (fig. 16). elles sont ete trouvees en 1904 dans la cachette du temple d'amon a karnak. les personnages representes avaient obtenu une grande faveur d'avoir leur statue dans la cour du temple d'amon a karnak. recrutes d'avantage chez les scribes que les militaires, les fonctionnaires royaux constituent l'executif gouvernemental et sont les representants de l'appareil administratif egyptien efficace (fig. 17 et 18). le palais en tant que residence, la cour, la famille royale la residence royale est la partie privee du palais. comme toutes les habitations, le palais ou vit le roi est en briques crues. l'edifice se distingue des villas des dignitaires et des maisons des humbles par sa surface, beaucoup plus importante. il possede aussi des elements architecturaux en pierre, colonnes, seuils, montants et linteaux de porte. couverts de pise et d'enduits de stuc, ses murs sont parfois ornes de peintures inspirees de la nature (fig. 19). la vitrine au centre de l'espace propose une evocation d'un appartement royal avec un lit et un coffre de rangement provenant de la tombe de toutankhamon (vdr 62 = cat. 100 et 101), un tabouret pliant a tetes d'oies (= cat. 104), dont il manque le siege en cuir; un siege de latrines (= cat. 106), un coffret a cosmetiques et a bijoux au nom de ramses ix (= cat. 107), et un coffret au nom d'amenhotep iii (= cat. 102), pour ranger les objets de toilette et les onguents. ce dernier a ete trouve dans la tombe des beaux-parents d'amenhotep iii, youya et touya. beaucoup de textes nous decrivent les interieurs de palais. le harem de gourob (fig. 22). a contrario des idees recues, le harem n'etait pas un lieu ou les femmes demeuraient enfermees sans aucun contact avec l'exterieur, mais correspondait a la residence ou vivaient les reines, les princesses et les princes. l'un des plus fameux fut le harem de gourob dans le fayoum dont sa necropole fut fouillee hativement. le harem etait aussi le lieu de production d'objets de toilette et de lin. la cour au regne d'amenhotep iii. c'est a l'epoque d'amenhotep iii que la vie est la plus raffinee (fig. 23 et 24). la production du verre est une production de qualite. la verrerie est faite a proximite de la residence royale. c'est aussi un monopole royal. la cour au temps d'akhenaton. a l'epoque amarnienne, le couple royal devoile son intimite. akhenaton et nefertiti presentent l'image d'un foyer uni, proche des autres familles egyptiennes. bien qu'il forme une couple aimant avec neferiti, amenhotepiv/akhenaton a eu d'autres epouses, a commencer par la reine kiya qui lui donna une fille. apres la mort de nefertiti vers l'an 14 de son regne, le pharaon s'unit a deux de ses filles. c'est un exemple que suivra ramses ii. la mort de pharaon, l'eternite de pharaon cette partie consacree a la mort, aux conceptions et aux pratiques funeraires est introduite par des ecrans, presentant les tombes d'amenhotep ii (vdr 35) et d'horemheb (vdr 57). les parois des tombes royales sont couvertes des figurations de dieux, de textes et de scenes tires des grands livres funeraires egyptiens. ceux-ci donnent la description al plus exhaustive du monde infernal qui soit parvenue jusqu'a nous. dans la tombe d'amenophis ii, les programmes textuel et iconographique sont issus des livre de l'amdouat. a l'instar des textes des pyramides de l'ancien empire, les livres de l'amdouat du nouvel empire sont reserves au souverain. le meme principe commande l'ornement des piliers et des parois diverses salles ou pharaon est represente, soit en adoration, soit presentant des offrandes aux divinites de l'au-dela. ce programme decoratif est remplace, dans les tombeaux des hauts dignitaires, par les scenes de veneration du roi, ainsi que par les textes et vignettes du livre pour sortir le jour, plus connu sous le nom du livre des morts. la conservation et la protection du corps devaient etre garanties par la momification et sa deposition dans un ou plusieurs sarcophages (fig. 25). afin d'assurer la survie physique, on ajouta a la pratique de l'embaumement qui se perfectionna a partir de la ive dynastie, le rituel de l'animation centre sur "l'ouverture de la bouche et des yeux" que le pretre-lecteur, c'est-a-dire le ritualiste, executait sur les statues dans les ateliers de sculpture et sur les momies dans la piece d'embaumement pour leur insuffler les facultes de parler, de manger, de voir, par lesquelles se manifeste la vie. avec le sarcophage, les vases canopes faisaient partie integrante d'une bonne sepulture. ils contenaient les visceres extraits du corps avant l'embaumement. ces vases, caracterises par leurs couvercles a tete humaine ou animale, etaient au nombre de quatre, et leur contenu etait place sous la protection de quatre genies funeraires, les "fils d'horus", invoques dans les formules inscrites quelquefois sur la panse des vases, et representes sur les couvercles, d'abord tous a tete humaine puis, a partir de la xviiie dynastie seulement, differencies: amset, a tete humaine, prepose au foie; hapi, a tete de babouin, prepose aux poumons; douamoutef, a tete de chacal, prepose a l'estomac; qebehsenouef, a tete de faucon, prepose aux intestins. a ceux-ci etaient associes quatre deesses, isis, nephthys, neith et serqet, qui renforcaient la protection. amulettes, scarabees et papyrus funeraires renforcaient l'efficacite de la momification grace a leur pouvoir magique. des amulettes de divers types etaient reparties sur le corps de la momie, placees entre les bandelettes ou posees sur une resille d'elements en faience, appelee "cuirasse magique". nommees en egyptien chaouabtis ou chabtis, puis oushebtis a la xxie dynastie, ces figurines funeraires apparaissent des le moyen empire. elles materialisent en pierre de l'enveloppe charnelle du defunt. ces statuettes generalement momiformes sont considerees comme des serviteurs funeraires: leur role est celui d'un "repondant", comme l'indique le chapitre vi du livre pour sortir le jour - ou livre des morts - souvent inscrit sur les jambes des statuettes. chaque chaouabti tient dans ses mains des houes et porte un sac dans le dos: ces instruments lui permettaient ainsi d'accomplir, a la place du defunt, les corvees agricoles dans l'au-dela. en effet, chez les anciens egyptiens, l'au-dela etait decrit comme les "champs des roseaux" ou les bienheureux se livraient aux travaux des champs. pour profiter plus encore de ce paradis agricole particulier aux conceptions funeraires egyptiennes, les defunts faisaient donc executer les taches penibles par les chaouabtis. un papyrus conserve au british museum (bm ea 10800) et date de la fin de la xxiie dynastie nous informe que le defunt pouvait emporter un serviteur par jour de l'annee (360 jours et 5 jours epagomenes). cette troupe de 365 serviteurs, placee sous les ordres de trente-six contremaitres comptait 401 figurines au total. le scarabee etait l'une des principales amulettes funeraires. le renouveau et la renaissance qu'il representait venaient de la naissance particuliere de l'animal qui semblait sortir de l'oeuf par generatrion spontanee, comme le lever quotidien du soleil. le "scarabee de coeur" avait comme fonction de convaincre le coeur du defunt de ne pas le dementir au moment du jugement. ainsi, le rappelle le chapitre xxx du livre des morts inscrit sur son ventre: "o mon coeur du cote de ma mereÉ! ne te leve pas contre moi comme temoin, ne m'accuse pas devant le tribunal, ne te tourne pas contre moi en presence du prepose de la balance (anubis en reference de la psychostasie)É ne dis pas de mensonge contre moi en presence du dieu grand, seigneur de l'occident (osiris)É". il devait etre taille dans le la jaspe verte, la couleur symbolisant la renaissance, mais pouvait aussi etre constitue d'un autre materiau, comme la faience, a condition qu'elle soit verte. le tresor de tanis. la derniere salle de l'exposition presente vingt-deux objets decouverts dans la necropole royale de tanis dans le delta oriental du nil. l'ensemble des equipements funeraires decouverts a tanis, maintenant conserve au musee egyptien du caire, est date du debut de la troisieme periode intermediaire (xxie et xxiie dynastie, vers 1069-712 avant j.-c.). a 130 kilometres au nord-ouest du caire, sur la branche tanitique du nil, san el-hajar s'etend sur un tell ou se dressait jadis la ville de tanis. ce site archeologique est sans doute le plus vaste et le plus important du delta. la Æent, djane pharaonique, tanis pour les grecs, a ete identifiee a la tzoan biblique (nombres, 13:22). ce site a l'aspect d'une chaine de collines longue d'environ trois kilometres, large de pres de 1,5 kilometre et culminant a plus de trente metres au-dessus du niveau de la mer. tanis est une replique septentrionale de thebes: en effet, de nombreuses similitudes avec le temenos - ou enceinte sacree - d'amon et karnak ont ete reperees. la "necropole royale" de tanis merite peu cette appellation de "necropole". ce n'est pas une ville des morts, a peine un quartier funeraire: groupees dans l'angle sud-ouest du temenos d'amon, les infrastructures preservees occupent a peu pres une surface de cinquante sur soixante metres. en 1939, les ouvriers de pierre montet decouvrirent plusieurs sepultures royales dont l'une - le tombeau iii -, constituee de cinq chambres, contenait le mobilier funeraire de psousennes ier. le tresor de psousennes contenu dans le tombeau iii n'a d'egal que celui de toutankhamon (vdr 62) (fig. 26 a 29). l'exposition pharaon remplit parfaitement son objectif: presenter toutes les facettes de la nature et des fonctions du souverain d'egypte. tres riche en documents divers et varies, cette exposition quantite d'objets conserves habituellement dans les reserves du musee egyptien du caire et du musee du louvre. sans avoir necessairement une chronologie de l'egypte pharaonique, le visiteur suit sans effort un parcours fluide qui reunit sept grands themes. pour en savoir plus christiane ziegler (dir), pharaon, catalogue d'exposition, institut du monde arabe-flammarion, paris, 2004 (le catalogue ne suit pas l'ordre de l'exposition). sophie labbe-toutee et florence maruejol, abcdaire des pharaons, institut du monde arabe-flammarion, paris, 2004. marie-ange bonheme et annie forgeau, pharaon. les secrets du pouvoir, paris, ed. armand colin, 1988. isabelle franco, les grands pharaons et leurs oeuvres, paris, ed. pygmalion-gerard watelet, 2001. rolf gunlach et u. rossler-kohler (ed.), das konigtum der ramessidenzeit, akten des 3. symposions zur agyptischen konigsideologie in bonn 7.-9.6.2001, aat 36,3, 2003. genevieve husson et dominique valbelle, l'etat et les institutions en egypte des premiers pharaons aux empereurs romains, paris, ed. armand colin, 1992. david o'connor et d.p. silverman (ed.), ancient egyptian kingship, probleme der agyptologie 9, leyde, 1995. dominique valbelle, histoire de l'etat pharaonique, paris, presses universitaires de france, 1998. claude vandersleyen, l'egypte et la vallee du nil. tome 2: de la fin de l'ancien empire a la fin du nouvel empire, coll. "nouvelle clio", paris, ed. hachette, 1995. pascal vernus, affaires et scandales sous les ramses, paris, ed. pygmalion-gerard watelet, 1993. pascal vernus et jean yoyotte, les pharaons, paris, ed. ma, 1988. sur tanis pierre montet, douze annees de fouilles dans une capitale oubliee du delta egyptien, paris, 1942. tanis. l'or des pharaons, catalogue d'exposition - galeries nationales du grand palais 26 mars-20 juillet 1987, paris, reunion des musees nationaux, 1987. christiane ziegler, les tresors de tanis, capitale oubliee des pharaons de l'an mille, paris, 2001. aminata sackho-autissier pharaon www. 1 colosse de toutankhamon, provenant du temple funeraire d'ay et d'horemheb (successeurs de toutankhamon) a thebes ouest, le caire,musee egyptien (= cat. 11). pharaon www.egypt.edu 2 homme "barbu" portantla couronne de haute-egypte, schiste, nagada i amratien, lyon, museum d'histoire naturelle ( |