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| http://www.liberation.fr/chantiers/megapole2.html Le Caire qu'est pas bien LÉtat incite les Cairotes à quitter la capitale engorgée pour sinstaller dans les villes nouvelles qui ceinturent la plus grosse ville dAfrique. Dans lespoir de quitter le palmarès des cités les plus polluées de la planète. Le 6 novembre 2000 Le Caire correspondance Du Mozart diffusé par haut-parleurs dans les rues dune cité-jardin, une ville du goôt, qui abriterait plus de 50 restaurants aux saveurs différentes, une ville cybernétique oò tous les bâtiments seraient reliés par fibre optique et dotés dun système Internet ultra-performant. En Égypte, la publicité sest mise à vendre la ville du futur. Tout est fait pour inciter les nouveaux riches à quitter Le Caire, capitale trop polluée et trop populaire à leur goôt, pour sinstaller dans les villes nouvelles alentour. Comme lÉtat, le secteur privé a compris que lavenir du Caire se jouait désormais à lextérieur de la cité millénaire. Peu étendue. Avec ses 16 millions de personnes qui y vivent et travaillent, selon le Centre détudes et de documentation juridique et sociale du Caire, la capitale égyptienne est actuellement la plus grande ville dAfrique. « Cest à la fois une grande ville, par son nombre dhabitants, et une petite ville, car elle est peu étendue », précise Éric Denis, directeur de lObservatoire urbain du Caire contemporain, qui compare la capitale égyptienne à Shanghai. Mais la situation nest pas si mauvaise, insiste lurbaniste. « Le grand Caire croît moins vite que le reste de lÉgypte depuis une dizaine dannées. Le centre a perdu 700 000 habitants en dix ans. » Si elle a réussi à stabiliser sa croissance, la capitale égyptienne na pas pour autant résolu ses problèmes. Car Le Caire est malade de sa surpopulation. Les symptômes sont nombreux : dégradation de lhabitat, paupérisation, pollution. À lentrée du nouveau millénaire, le gouvernement met donc les bouchées doubles pour finaliser une idée vieille de vingt ans : débarrasser Le Caire de ses maux en donnant naissance à une dizaine de villes dans un rayon dune cinquantaine de kilomètres autour. 1960-1975. Lexode rural, puis la guerre de 1967 et loccupation du Sinaï par larmée israélienne ont fait déferler sur la capitale une vague de nouveaux habitants. Cet afflux, associé à une forte croissance démographique, a entraîné une augmentation annuelle de plus de 10 % de la population du Grand Caire entre 1960 et 1975. Pour faire face à la crise du logement, les autorités ont alors lancé dambitieux projets de villes nouvelles dans le désert proche de la capitale. Le chantier dure toujours. Les plus optimistes soulignent que la moitié des exportations du pays provient de trois de ces villes : 2 000 usines y ont créé 200 000 emplois. Mais seule la Cité industrielle du 6-Octobre peut se vanter dêtre habitée à 80 %. Les autres ont des allures fantômes, avec, parfois, un seul appartement occupé par immeuble. Les logements, subventionnés par lÉtat, ont tous été achetés. Souvent par des intermédiaires, qui les proposent sur le marché à des tarifs exorbitants. Très éloignées de la ville, mal desservies par la route, peu attrayantes, sans services, emplois ou commerces, les villes nouvelles peinent à trouver des habitants volontaires. Phénomène que lÉtat cherche aujourdhui à corriger en révisant notamment ses infrastructures routières. Autoponts, périphérique, métro, les travaux sont gigantesques pour insuffler un peu dair à ces villes qui ont du mal à éclore. Afin dinciter la population à sy installer, le gouvernement tente aussi de faciliter laccès à la propriété, notamment aux jeunes couples, sans épargne, qui doivent le plus souvent sentasser dans de minuscules deux-pièces avec enfants et belle-famille. Plusieurs projets dhabitats à coôt modéré ont été lancés par le gouvernement en 1996. 100 000 appartements HLM ont été construits ; encore insuffisant au regard des 800 000 demandes en attente. De son côté, le gouvernorat du Caire a décidé, cette année, de prendre les choses en main pour améliorer les conditions de vie dans la capitale. Deux millions de véhicules. Avec un programme destiné à dessiner un nouveau Caire pour le XXIe siècle, les autorités de la capitale espèrent extraire la ville du palmarès des cités les plus polluées au monde. Les usines sont désormais obligées de se doter de filtres à air ; la plupart ont obtenu une période de grâce, mais le gouvernement, qui subventionne largement la mesure, peut ordonner la fermeture des usines hors normes. Des stations de mesure de pollution ont été implantées dans plusieurs quartiers à risque. Toute lessence vendue au Caire est désormais sans plomb, tandis que des experts réfléchissent à linstallation dun système de circulation alternée, afin de désengorger les rues des deux millions de véhicules qui y circulent chaque jour. Ce plan obligerait à repenser le réseau de transports publics, à commencer par le métro qui ne fonctionne pour linstant que sur deux lignes. Les travaux de percement des nouvelles lignes sont en cours ; ils ont permis, en parallèle, lamélioration du drainage sanitaire par la pose dun collecteur des eaux usées. « Laccès à leau est à peu près acquis partout, et toute leau est traitée », souligne Éric Denis. « Cité des morts » et des vivants. Mais Le Caire reste défiguré par des années de déferlement de nouveaux habitants. Le système D y est roi. Étages rajoutés en toute illégalité aux immeubles existants, cabanes en bois construites sur chaque espace vacant La « Cité des morts », immense cimetière à lest de la ville est emblématique de cet habitat précaire. Près dun million de personnes vivent aujourdhui dans les abris attenants aux tombes. De petites épiceries ont ouvert au pied des mausolées. Les gamins jouent au foot entre les stèles. « On na pas le choix, ni largent pour vivre ailleurs », explique un habitant, assez peu enthousiasmé par le nouveau projet de la municipalité de reloger tous les squatters de la « Cité des morts » dans une ville nouvelle à 25 kilomètres de là. Dans dautres zones de constructions sauvages, les cabanes en bois sont rasées pour permettre la construction dimmeubles neufs. Par ailleurs, le gouvernorat du Caire sest engagé à planter un million darbres et a entamé un vaste programme de restauration. Ce mouvement a été amorcé par le secteur privé. En 1999, la nouvelle Bourse du Caire a entièrement financé la restauration des rues qui entourent son bâtiment en centre-ville. En quelques mois, les façades haussmanniennes des immeubles ont été repeintes, les rues pavées, fleuries et interdites à la circulation. Du coup, les Cairotes en ont fait un lieu de promenade. Doucement, Le Caire du futur prend forme. Un nouvel enfantement pour cette cité que les Égyptiens surnomment Oum-ed-Dounia, la « mère du monde ». Claude Guibal |
| http://www.liberation.fr/chantiers/megapole2.html le caire qu'est pas bien l'etat incite les cairotes a quitter la capitale engorgee pour s'installer dans les villes nouvelles qui ceinturent la plus grosse ville d'afrique. dans l'espoir de quitter le palmares des cites les plus polluees de la planete. le 6 novembre 2000 le caire correspondance du mozart diffuse par haut-parleurs dans les rues d'une cite-jardin, une ville du gout, qui abriterait plus de 50 restaurants aux saveurs differentes, une ville cybernetique ou tous les batiments seraient relies par fibre optique et dotes d'un systeme internet ultra-performant. en egypte, la publicite s'est mise a vendre la ville du futur. tout est fait pour inciter les nouveaux riches a quitter le caire, capitale trop polluee et trop populaire a leur gout, pour s'installer dans les villes nouvelles alentour. comme l'etat, le secteur prive a compris que l'avenir du caire se jouait desormais a l'exterieur de la cite millenaire. peu etendue. avec ses 16 millions de personnes qui y vivent et travaillent, selon le centre d'etudes et de documentation juridique et sociale du caire, la capitale egyptienne est actuellement la plus grande ville d'afrique. "c'est a la fois une grande ville, par son nombre d'habitants, et une petite ville, car elle est peu etendue", precise eric denis, directeur de l'observatoire urbain du caire contemporain, qui compare la capitale egyptienne a shanghai. mais la situation n'est pas si mauvaise, insiste l'urbaniste. "le grand caire croit moins vite que le reste de l'egypte depuis une dizaine d'annees. le centre a perdu 700 000 habitants en dix ans." si elle a reussi a stabiliser sa croissance, la capitale egyptienne n'a pas pour autant resolu ses problemes. car le caire est malade de sa surpopulation. les symptomes sont nombreux: degradation de l'habitat, pauperisation, pollution. a l'entree du nouveau millenaire, le gouvernement met donc les bouchees doubles pour finaliser une idee vieille de vingt ans: debarrasser le caire de ses maux en donnant naissance a une dizaine de villes dans un rayon d'une cinquantaine de kilometres autour. 1960-1975. l'exode rural, puis la guerre de 1967 et l'occupation du sinai par l'armee israelienne ont fait deferler sur la capitale une vague de nouveaux habitants. cet afflux, associe a une forte croissance demographique, a entraine une augmentation annuelle de plus de 10 % de la population du grand caire entre 1960 et 1975. pour faire face a la crise du logement, les autorites ont alors lance d'ambitieux projets de villes nouvelles dans le desert proche de la capitale. le chantier dure toujours. les plus optimistes soulignent que la moitie des exportations du pays provient de trois de ces villes: 2 000 usines y ont cree 200 000 emplois. mais seule la cite industrielle du 6-octobre peut se vanter d'etre habitee a 80 %. les autres ont des allures fantomes, avec, parfois, un seul appartement occupe par immeuble. les logements, subventionnes par l'etat, ont tous ete achetes. souvent par des intermediaires, qui les proposent sur le marche a des tarifs exorbitants. tres eloignees de la ville, mal desservies par la route, peu attrayantes, sans services, emplois ou commerces, les villes nouvelles peinent a trouver des habitants volontaires. phenomene que l'etat cherche aujourd'hui a corriger en revisant notamment ses infrastructures routieres. autoponts, peripherique, metro, les travaux sont gigantesques pour insuffler un peu d'air a ces villes qui ont du mal a eclore. afin d'inciter la population a s'y installer, le gouvernement tente aussi de faciliter l'acces a la propriete, notamment aux jeunes couples, sans epargne, qui doivent le plus souvent s'entasser dans de minuscules deux-pieces avec enfants et belle-famille. plusieurs projets d'habitats a cout modere ont ete lances par le gouvernement en 1996. 100 000 appartements hlm ont ete construits; encore insuffisant au regard des 800 000 demandes en attente. de son cote, le gouvernorat du caire a decide, cette annee, de prendre les choses en main pour ameliorer les conditions de vie dans la capitale. deux millions de vehicules. avec un programme destine a dessiner un nouveau caire pour le xxie siecle, les autorites de la capitale esperent extraire la ville du palmares des cites les plus polluees au monde. les usines sont desormais obligees de se doter de filtres a air; la plupart ont obtenu une periode de grace, mais le gouvernement, qui subventionne largement la mesure, peut ordonner la fermeture des usines hors normes. des stations de mesure de pollution ont ete implantees dans plusieurs quartiers a risque. toute l'essence vendue au caire est desormais sans plomb, tandis que des experts reflechissent a l'installation d'un systeme de circulation alternee, afin de desengorger les rues des deux millions de vehicules qui y circulent chaque jour. ce plan obligerait a repenser le reseau de transports publics, a commencer par le metro qui ne fonctionne pour l'instant que sur deux lignes. les travaux de percement des nouvelles lignes sont en cours; ils ont permis, en parallele, l'amelioration du drainage sanitaire par la pose d'un collecteur des eaux usees. "l'acces a l'eau est a peu pres acquis partout, et toute l'eau est traitee", souligne eric denis. "cite des morts" et des vivants. mais le caire reste defigure par des annees de deferlement de nouveaux habitants. le systeme d y est roi. etages rajoutes - en toute illegalite - aux immeubles existants, cabanes en bois construites sur chaque espace vacant la "cite des morts", immense cimetiere a l'est de la ville est emblematique de cet habitat precaire. pres d'un million de personnes vivent aujourd'hui dans les abris attenants aux tombes. de petites epiceries ont ouvert au pied des mausolees. les gamins jouent au foot entre les steles. "on n'a pas le choix, ni l'argent pour vivre ailleurs", explique un habitant, assez peu enthousiasme par le nouveau projet de la municipalite de reloger tous les squatters de la "cite des morts" dans une ville nouvelle a 25 kilometres de la. dans d'autres zones de constructions sauvages, les cabanes en bois sont rasees pour permettre la construction d'immeubles neufs. par ailleurs, le gouvernorat du caire s'est engage a planter un million d'arbres et a entame un vaste programme de restauration. ce mouvement a ete amorce par le secteur prive. en 1999, la nouvelle bourse du caire a entierement finance la restauration des rues qui entourent son batiment en centre-ville. en quelques mois, les facades haussmanniennes des immeubles ont ete repeintes, les rues pavees, fleuries et interdites a la circulation. du coup, les cairotes en ont fait un lieu de promenade. doucement, le caire du futur prend forme. un nouvel enfantement pour cette cite que les egyptiens surnomment oum-ed-dounia, la "mere du monde". claude guibal |