actualité de l'Égypte, actualite de l'Egypte actualité de l'Égypte, actualite de l'Egypte
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Alexandrie envoyée spéciale

lle dormait là, sous l’eau, à six kilomètres du rivage, colossale silhouette de granit rose enfouie dans le sable. «C’est une statue du dieu Hâpi, symbole de la crue du Nil et de la fertilité, de plus de cinq mètres de haut et datant du IVe siècle avant notre ère», explique, enthousiaste, son découvreur Franck Goddio. Depuis 1996, l’explorateur français prospecte la baie d’Aboukir, à l’est d’Alexandrie. Bateaux, radars, armée de plongeurs, ses moyens sont conséquents. Après un lourd travail de topographie, l’équipe Goddio s’est intéressée plus particulièrement cette année au site d’Heracleion-Thounis. Probablement fondée à l’époque ptolémaïque, au VIe siècle avant J.-C., Heracleion-Thounis aurait été le grand port de l’embouchure occidentale du Nil. Franck Goddio vient d’y découvrir une stèle de granit noir du IVe siècle, un document douanier qui précise le montant des taxes prélevées par la ville. «C’est une découverte extraordinaire», s’enflamme l’égyptologue Jean Yoyotte, du Collège de France. «Cette stèle est un véritable panneau indicateur, qui confirme qu’il s’agit bien de cette cité de Thounis.» L’équipe de plongeurs a également découvert un naos (chapelle) indiquant l’emplacement du temple d’Heracleion. Vaisselle, statues, pièces d’or ou bijoux: la pêche a été miraculeuse. Et fait grincer des dents.

Luxueux hôtels. Financé par des fonds privés, Franck Goddio, ancien conseiller financier du gouvernement saoudien, s’est entouré de quelques scientifiques internationaux de renom. Une caution intellectuelle censée faire taire ceux qui méprisent cet amateur passionné d’archéologie sous-marine, capable de fouiller en même temps le littoral alexandrin et des épaves de bateaux à Cuba ou en Asie. Ses conférences de presse, organisées dans de luxueux hôtels, font chaque année accourir les médias et bondir une bonne partie des égyptologues. «Ce type ne découvre pas des cités englouties, on connaît ces sites depuis au moins deux siècles», peste l’un d’entre eux. Ajoutant: «Il a beaucoup de moyens et sait faire parler de lui. C’est un chercheur d’or surmédiatisé.» Jean Yoyotte, qui collabore aux travaux de l’explorateur depuis longtemps, réplique vertement: «Goddio n’a peut-être pas de titres, mais ses travaux parlent pour lui.» L’intéressé, qui se définit «archéologue», refuse quant à lui de commenter «ces polémiques stériles».

«Goddio, c’est pas lui qui a découvert le phare d’Alexandrie?» La question revient fréquemment dans la bouche des touristes. L’amalgame exaspère le monde de l’égyptologie. Car le phare, c’est une équipe de scientifiques issus du sérail qui y travaille depuis 1994. Dirigé par Jean-Yves Empereur, le Centre d’études alexandrines (CEA), unité mixte du CNRS et de l’Institut français du Caire, fouille toujours l’anse de Qaitbay, site du fameux phare. Après avoir enlevé en mars 150 blocs de béton jetés au bord de l’eau, les archéologues ont découvert de nouvelles pièces architecturales et une statue gigantesque. Un premier colosse avait été exposé en France en 1998.

La rivalité entre Franck Goddio et Jean-Yves Empereur est connue, même si les deux hommes la minimisent et refusent de s’y attarder. Gaballah Ali Gaballah, chef du Conseil suprême des antiquités égyptiennes, encourage les travaux de l’un comme de l’autre, mais se souvient en souriant d’une ambiance de «guerre civile française» il y a quelques années. Mécènes. «C’est normal que les scientifiques aient des critères de sélection ou de méfiance», souligne sans animosité Jean-Yves Empereur, dont les travaux ont fait l’objet de plusieurs films largement diffusés par la télévision française. «D’un côté, il y a des spécialistes qui ont fait dix ans d’études. Et de l’autre, il y a des gens qui fouillent toutes les régions du monde. Je ne crois pas qu’on poursuive le même but.» L’archéologue reconnaît que l’exemple de Goddio a contribué à faire évoluer la communauté scientifique, autrefois réticente à vulgariser et médiatiser ses travaux. «D’autant que l’archéologie coôte cher et qu’il y a une carte à jouer dans la mesure oò on peut susciter l’intérêt des mécènes.»

L’argent: le seul moyen de sauver Alexandrie, défigurée aujourd’hui par le béton. Car le CEA poursuit à terre des fouilles d’urgence. «Les autorités nous préviennent à chaque fois qu’un grand projet immobilier est envisagé, de façon à ce que nous puissions intervenir pour sauver les vestiges archéologiques», explique Jean-Yves Empereur. Mais sur la douzaine de terrains proposés chaque année, les archéologues du CEA n’en gardent en moyenne que deux à étudier. Malgré le mécénat d’entreprise, ajouté aux fonds publics, les moyens manquent.

«Ce type a beaucoup de moyens et sait faire parler de lui. C’est un chercheur d’or surmédiatisé.» Un égyptologue parlant du découvreur Franck Goddio

http://www.liberation.fr/quotidien/semaine/20010609samt.html
 
alexandrie envoyee speciale

lle dormait la, sous l'eau, a six kilometres du rivage, colossale silhouette de granit rose enfouie dans le sable. "c'est une statue du dieu hapi, symbole de la crue du nil et de la fertilite, de plus de cinq metres de haut et datant du ive siecle avant notre ere", explique, enthousiaste, son decouvreur franck goddio. depuis 1996, l'explorateur francais prospecte la baie d'aboukir, a l'est d'alexandrie. bateaux, radars, armee de plongeurs, ses moyens sont consequents. apres un lourd travail de topographie, l'equipe goddio s'est interessee plus particulierement cette annee au site d'heracleion-thounis. probablement fondee a l'epoque ptolemaique, au vie siecle avant j.-c., heracleion-thounis aurait ete le grand port de l'embouchure occidentale du nil. franck goddio vient d'y decouvrir une stele de granit noir du ive siecle, un document douanier qui precise le montant des taxes prelevees par la ville. "c'est une decouverte extraordinaire", s'enflamme l'egyptologue jean yoyotte, du college de france. "cette stele est un veritable panneau indicateur, qui confirme qu'il s'agit bien de cette cite de thounis." l'equipe de plongeurs a egalement decouvert un naos (chapelle) indiquant l'emplacement du temple d'heracleion. vaisselle, statues, pieces d'or ou bijoux: la peche a ete miraculeuse. et fait grincer des dents.

luxueux hotels. finance par des fonds prives, franck goddio, ancien conseiller financier du gouvernement saoudien, s'est entoure de quelques scientifiques internationaux de renom. une caution intellectuelle censee faire taire ceux qui meprisent cet amateur passionne d'archeologie sous-marine, capable de fouiller en meme temps le littoral alexandrin et des epaves de bateaux a cuba ou en asie. ses conferences de presse, organisees dans de luxueux hotels, font chaque annee accourir les medias et bondir une bonne partie des egyptologues. "ce type ne decouvre pas des cites englouties, on connait ces sites depuis au moins deux siecles", peste l'un d'entre eux. ajoutant: "il a beaucoup de moyens et sait faire parler de lui. c'est un chercheur d'or surmediatise." jean yoyotte, qui collabore aux travaux de l'explorateur depuis longtemps, replique vertement: "goddio n'a peut-etre pas de titres, mais ses travaux parlent pour lui." l'interesse, qui se definit "archeologue", refuse quant a lui de commenter "ces polemiques steriles".

"goddio, c'est pas lui qui a decouvert le phare d'alexandrie?" la question revient frequemment dans la bouche des touristes. l'amalgame exaspere le monde de l'egyptologie. car le phare, c'est une equipe de scientifiques issus du serail qui y travaille depuis 1994. dirige par jean-yves empereur, le centre d'etudes alexandrines (cea), unite mixte du cnrs et de l'institut francais du caire, fouille toujours l'anse de qaitbay, site du fameux phare. apres avoir enleve en mars 150 blocs de beton jetes au bord de l'eau, les archeologues ont decouvert de nouvelles pieces architecturales et une statue gigantesque. un premier colosse avait ete expose en france en 1998.

la rivalite entre franck goddio et jean-yves empereur est connue, meme si les deux hommes la minimisent et refusent de s'y attarder. gaballah ali gaballah, chef du conseil supreme des antiquites egyptiennes, encourage les travaux de l'un comme de l'autre, mais se souvient en souriant d'une ambiance de "guerre civile francaise" il y a quelques annees. mecenes. "c'est normal que les scientifiques aient des criteres de selection ou de mefiance", souligne sans animosite jean-yves empereur, dont les travaux ont fait l'objet de plusieurs films largement diffuses par la television francaise. "d'un cote, il y a des specialistes qui ont fait dix ans d'etudes. et de l'autre, il y a des gens qui fouillent toutes les regions du monde. je ne crois pas qu'on poursuive le meme but." l'archeologue reconnait que l'exemple de goddio a contribue a faire evoluer la communaute scientifique, autrefois reticente a vulgariser et mediatiser ses travaux. "d'autant que l'archeologie coute cher et qu'il y a une carte a jouer dans la mesure ou on peut susciter l'interet des mecenes."

l'argent: le seul moyen de sauver alexandrie, defiguree aujourd'hui par le beton. car le cea poursuit a terre des fouilles d'urgence. "les autorites nous previennent a chaque fois qu'un grand projet immobilier est envisage, de facon a ce que nous puissions intervenir pour sauver les vestiges archeologiques", explique jean-yves empereur. mais sur la douzaine de terrains proposes chaque annee, les archeologues du cea n'en gardent en moyenne que deux a etudier. malgre le mecenat d'entreprise, ajoute aux fonds publics, les moyens manquent.

"ce type a beaucoup de moyens et sait faire parler de lui. c'est un chercheur d'or surmediatise." un egyptologue parlant du decouvreur franck goddio

http://www.liberation.fr/quotidien/semaine/20010609samt.html