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  Jean-Philippe Lauer Célèbre pour ses travaux dans la pyramide de Saqqarah LE MONDE | 17.05.01 | 15h37

L'ÉGYPTOLOGUE FRANÇAIS Jean-Philippe Lauer, une légende vivante célébrée pour ses travaux dans l'enceinte de la pyramide à degrés de Saqqarah, s'est éteint mardi 15 mai à Paris à l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans.

C'est l'ambassadeur d'Égypte à Paris, M. Ali Maher, qui a personnellement annoncé le décès en publiant un communiqué oò il indiquait que « l'Égypte et la France viennent de perdre un grand homme et un grand égyptologue ». En effet, jusqu'à la fin de ses jours, Jean-Philippe Lauer est resté un employé d'exception du gouvernement égyptien. Quatre mois par an, ce directeur honoraire au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), remplissait consciencieusement son contrat avec le gouvernement égyptien pour un salaire qui n'était plus que symbolique. Mais ce Parisien d'origine alsacienne, né le 7 mai 1902, est resté fidèle jusqu'à ses derniers jours à son premier employeur. C'est Pierre Lacau, directeur général du service des antiquités d'Égypte qui a engagé, en juillet 1926, le jeune Lauer qui venait de terminer des études de latin-grec et d'architecture à Paris. Il est pris pour une durée de huit mois en qualité d'architecte assistant Cecil M. Firth, directeur des fouilles à Saqqarah. Un contrat à durée déterminée qui allait durer soixante-quinze ans.

Lauer se marie en Égypte en 1929 à Marguerite Jouguet, fille du directeur de l'Institut français d'archéologie orientale (IFAO) dont il a eu une fille et deux fils. Seule l'affaire de Suez, en 1956, le força à quitter l'Égypte. Mais, renvoyé par la porte, Lauer allait retrouver l'Égypte, dont il ne pouvait plus se passer, par la fenêtre. Entré à partir de la Libye en 1959, il parvint à convaincre Sarouat Okacha, officier et ministre de la culture, de le réintégrer.

En 1927, Lauer s'installe à Saqqarah dans une petite maison bâtie sur des déblais de fouille et dominant la Vallée. Adossée à une falaise, la maison était isolée de tout. L'idéal pour ce solitaire pour qui la méditation faisait partie intégrante de toute activité. Une maison aujourd'hui surnommée par les Égyptiens « Beit el-farançaoui » (la maison du Français) et qui, agrandie, abrite aujourd'hui deux missions archéologiques françaises. Sur le terrain, Lauer commence par la reconstitution sur papier de l'intégralité d'une façade de deux édifices (Maisons du Nord et du Sud) déblayés deux années auparavant.

« CHER COMPLEXE DE DJOSER »

Le jeune Lauer tirait partie de ses connaissances en architecture et transformait sa quasi-ignorance de l'égyptologie en atout. Il n'avait aucune idée préconçue sur ce que devait être le style d'un monument égyptien. Cela allait lui permettre de reconstituer, à partir de ce qui ressemblait à un champ de bataille, l'enceinte de la pyramide de Djoser (2700 av. J.-C.), le premier ouvrage monumental en pierre de taille. Son « cher complexe de Djoser », comme il se plaisait à l'appeler, était en effet une révolution artistique due au premier architecte de l'Histoire, Imhotep. L'œuvre de ce premier ministre du pharaon Djoser était telle que, durant plus de deux millénaires, il allait être honoré comme un dieu.

Imhotep allait aussi devenir « l'alter ego » de Lauer « qui dialoguait peut-être avec lui quand il revenait à pied de la pyramide à degrés », nous a confié l'égyptologue Alain Zivie, directeur de recherches au CNRS et chef d'une des deux missions archéologiques françaises de Saqqarah, en ajoutant : « Sa force était qu'il était architecte, car seul un architecte pouvait réaliser cette œuvre à partir de données minimes et d'outils simples. » Zivie qui a pratiquement vécu avec Lauer durant vingt-cinq ans et a appris la nouvelle de sa mort alors qu'il se trouvait dans sa chambre de la maison de Saqqarah, souligne l'aspect humain de celui qui était devenu un mythe : « Malgré les rois et les présidents qui ne manquaient pas de venir le voir, Lauer était resté d'une bienveillance extraordinaire, recevant des touristes qui croyaient que le « Beit el farançaoui » était un rest-house. Jusqu'à cette Américaine qui lui a demandé : « Can I touch you ? » (Puis-je vous toucher). » Pour le découvreur de la tombe de Maïa, la nourrice de Toutankhamon, Jean-Philippe Lauer « ne vivait pas pour vivre, il vivait pour être actif ! »

Alexandre Buccianti ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18.05.01

http://www.lemonde.fr/rech_art/0,5987,185956,00.html
 
     
  jean-philippe lauer celebre pour ses travaux dans la pyramide de saqqarah le monde | 17.05.01 | 15h37

l'egyptologue francais jean-philippe lauer, une legende vivante celebree pour ses travaux dans l'enceinte de la pyramide a degres de saqqarah, s'est eteint mardi 15 mai a paris a l'age de quatre-vingt-dix-neuf ans.

c'est l'ambassadeur d'egypte a paris, m. ali maher, qui a personnellement annonce le deces en publiant un communique ou il indiquait que "l'egypte et la france viennent de perdre un grand homme et un grand egyptologue". en effet, jusqu'a la fin de ses jours, jean-philippe lauer est reste un employe d'exception du gouvernement egyptien. quatre mois par an, ce directeur honoraire au centre national de la recherche scientifique (cnrs), remplissait consciencieusement son contrat avec le gouvernement egyptien pour un salaire qui n'etait plus que symbolique. mais ce parisien d'origine alsacienne, ne le 7 mai 1902, est reste fidele jusqu'a ses derniers jours a son premier employeur. c'est pierre lacau, directeur general du service des antiquites d'egypte qui a engage, en juillet 1926, le jeune lauer qui venait de terminer des etudes de latin-grec et d'architecture a paris. il est pris pour une duree de huit mois en qualite d'architecte assistant cecil m. firth, directeur des fouilles a saqqarah. un contrat a duree determinee qui allait durer soixante-quinze ans.

lauer se marie en egypte en 1929 a marguerite jouguet, fille du directeur de l'institut francais d'archeologie orientale (ifao) dont il a eu une fille et deux fils. seule l'affaire de suez, en 1956, le forca a quitter l'egypte. mais, renvoye par la porte, lauer allait retrouver l'egypte, dont il ne pouvait plus se passer, par la fenetre. entre a partir de la libye en 1959, il parvint a convaincre sarouat okacha, officier et ministre de la culture, de le reintegrer.

en 1927, lauer s'installe a saqqarah dans une petite maison batie sur des deblais de fouille et dominant la vallee. adossee a une falaise, la maison etait isolee de tout. l'ideal pour ce solitaire pour qui la meditation faisait partie integrante de toute activite. une maison aujourd'hui surnommee par les egyptiens "beit el-farancaoui" (la maison du francais) et qui, agrandie, abrite aujourd'hui deux missions archeologiques francaises. sur le terrain, lauer commence par la reconstitution sur papier de l'integralite d'une facade de deux edifices (maisons du nord et du sud) deblayes deux annees auparavant.

"cher complexe de djoser"

le jeune lauer tirait partie de ses connaissances en architecture et transformait sa quasi-ignorance de l'egyptologie en atout. il n'avait aucune idee preconcue sur ce que devait etre le style d'un monument egyptien. cela allait lui permettre de reconstituer, a partir de ce qui ressemblait a un champ de bataille, l'enceinte de la pyramide de djoser (2700 av. j.-c.), le premier ouvrage monumental en pierre de taille. son "cher complexe de djoser", comme il se plaisait a l'appeler, etait en effet une revolution artistique due au premier architecte de l'histoire, imhotep. l'oeuvre de ce premier ministre du pharaon djoser etait telle que, durant plus de deux millenaires, il allait etre honore comme un dieu.

imhotep allait aussi devenir "l'alter ego" de lauer "qui dialoguait peut-etre avec lui quand il revenait a pied de la pyramide a degres", nous a confie l'egyptologue alain zivie, directeur de recherches au cnrs et chef d'une des deux missions archeologiques francaises de saqqarah, en ajoutant: "sa force etait qu'il etait architecte, car seul un architecte pouvait realiser cette oeuvre a partir de donnees minimes et d'outils simples." zivie qui a pratiquement vecu avec lauer durant vingt-cinq ans et a appris la nouvelle de sa mort alors qu'il se trouvait dans sa chambre de la maison de saqqarah, souligne l'aspect humain de celui qui etait devenu un mythe: "malgre les rois et les presidents qui ne manquaient pas de venir le voir, lauer etait reste d'une bienveillance extraordinaire, recevant des touristes qui croyaient que le "beit el farancaoui" etait un rest-house. jusqu'a cette americaine qui lui a demande: "can i touch you?" (puis-je vous toucher)." pour le decouvreur de la tombe de maia, la nourrice de toutankhamon, jean-philippe lauer "ne vivait pas pour vivre, il vivait pour etre actif!"

alexandre buccianti article paru dans l'edition du 18.05.01

http://www.lemonde.fr/rech_art/0,5987,185956,00.html