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  La chasse aux intellectuels est ouverte en Égypte LE MONDE | 30.05.01 | 12h46



Le Caire, de notre correspondant

Les intellectuels égyptiens sont dans la tourmente. En moins de dix jours, quatre d’entre eux se sont vu infliger des peines ou ont subi des menaces de la part d’une sorte de ligue rassemblant l’État, les islamistes et les « nationalistes » hostiles à la normalisation avec Israël. Le 21 mai, un tribunal d’exception a condamné Saadeddine Ibrahim, professeur de sociologie à l’université américaine du Caire, à sept années de prison pour « avoir diffusé à l’étranger de fausses informations […] sur de prétendues fraudes électorales et une persécution religieuse contre les coptes ». Quelques jours plus tard, la féministe Nawal ElSaadawi échappait, in extremis, aux islamistes qui voulaient la séparer de son époux pour « apostasie » après que le grand mufti l’eut déclarée « sortie de l’islam » pour des propos rapportés dans un hebdomadaire à scandale et, pourtant, démentis par l’intellectuelle. Le procureur général a finalement estimé qu’il n’y avait pas lieu de poursuivre l’écrivain en justice. Mais cela suffira-t-il aux extrémistes musulmans qui, en 1994, avaient assassiné l’écrivain anti-islamiste Farag Foda qui, lui aussi, avait été décrété « apostat » par de hauts dignitaires de l’islam ?

Comme si ces pressions ne suffisaient pas, les « nationalistes » ont décidé de se joindre à la curée ! L’Union des écrivains égyptiens, une association professionnelle contrôlée par le gouvernement a ainsi décidé, le 25 mai, d’exclure le dramaturge Ali Salem pour « avoir violé les décisions de l’assemblée générale interdisant la normalisation avec Israël ». Il avait publié, en 1994, un livre intitulé « Mon voyage en Israël ».

Menace sur Naguib Mahfouz

L’attitude de la majorité des intellectuels dans ces trois affaires a fluctué entre l’approbation et le silence. C’est ainsi que l’on a entendu un écrivain affirmer que « cela faisait longtemps que Saadeddine Ibrahim aurait dô être en prison », des intellectuels qualifier Nawal ElSaadawi de « taureau furieux dans un magasin de porcelaine » et accuser Ali Salem de « fraternisation avec l’ennemi » israélien.

La seule voix discordante est venue de Naguib Mahfouz, Prix Nobel de littérature, qui a estimé que l’Union des écrivains aurait dô entendre la défense d’Ali Salem. Résultat, le plus grand romancier égyptien et arabe pourrait se voir retirer le titre d’écrivain ! L’Union des écrivains égyptiens menace en effet de l’exclure de ses rangs. « S’il est catégoriquement prouvé que Naguib Mahfouz a signé des contrats avec des éditeurs israéliens pour traduire ses œuvres en hébreu, le conseil d’administration adoptera les mesures adéquates », a déclaré le président de l’Union. Le Nobel égyptien de littérature avait donné son accord, dans les années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix, pour la traduction de ses œuvres en de très nombreuses langues, dont l’hébreu.

Pour le critique Ali Abou Chadi, « cette atmosphère est le reflet de l’effondrement des intellectuels […] qui, de défenseurs de la liberté de pensée, sont devenus des bourreaux ». M. Abou Chadi qui a été évincé en janvier par le gouvernement de la présidence de l’Organisme général des palais de la culture pour avoir publié trois romans que les islamistes jugeaient « méprisants des religions, attentatoires à la pudeur », nous a déclaré que « par cette attitude, les intellectuels aidaient implicitement les forces réactionnaires et obscurantistes ». Des déclarations risquées en cette saison de chasse aux sorcières !

Alexandre Buccianti

http://www.lemonde.fr/rech_art/0,5987,190297,00.html
 
     
  la chasse aux intellectuels est ouverte en egypte le monde | 30.05.01 | 12h46



le caire, de notre correspondant

les intellectuels egyptiens sont dans la tourmente. en moins de dix jours, quatre d'entre eux se sont vu infliger des peines ou ont subi des menaces de la part d'une sorte de ligue rassemblant l'etat, les islamistes et les "nationalistes" hostiles a la normalisation avec israel. le 21 mai, un tribunal d'exception a condamne saadeddine ibrahim, professeur de sociologie a l'universite americaine du caire, a sept annees de prison pour "avoir diffuse a l'etranger de fausses informations […] sur de pretendues fraudes electorales et une persecution religieuse contre les coptes". quelques jours plus tard, la feministe nawal elsaadawi echappait, in extremis, aux islamistes qui voulaient la separer de son epoux pour "apostasie" apres que le grand mufti l'eut declaree "sortie de l'islam" pour des propos rapportes dans un hebdomadaire a scandale et, pourtant, dementis par l'intellectuelle. le procureur general a finalement estime qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre l'ecrivain en justice. mais cela suffira-t-il aux extremistes musulmans qui, en 1994, avaient assassine l'ecrivain anti-islamiste farag foda qui, lui aussi, avait ete decrete "apostat" par de hauts dignitaires de l'islam?

comme si ces pressions ne suffisaient pas, les "nationalistes" ont decide de se joindre a la curee! l'union des ecrivains egyptiens, une association professionnelle controlee par le gouvernement a ainsi decide, le 25 mai, d'exclure le dramaturge ali salem pour "avoir viole les decisions de l'assemblee generale interdisant la normalisation avec israel". voir sequence

afrique il avait publie, en 1994, un livre intitule "mon voyage en israel".

menace sur naguib mahfouz

l'attitude de la majorite des intellectuels dans ces trois affaires a fluctue entre l'approbation et le silence. c'est ainsi que l'on a entendu un ecrivain affirmer que "cela faisait longtemps que saadeddine ibrahim aurait du etre en prison", des intellectuels qualifier nawal elsaadawi de "taureau furieux dans un magasin de porcelaine" et accuser ali salem de "fraternisation avec l'ennemi" israelien.

la seule voix discordante est venue de naguib mahfouz, prix nobel de litterature, qui a estime que l'union des ecrivains aurait du entendre la defense d'ali salem. resultat, le plus grand romancier egyptien et arabe pourrait se voir retirer le titre d'ecrivain! l'union des ecrivains egyptiens menace en effet de l'exclure de ses rangs. "s'il est categoriquement prouve que naguib mahfouz a signe des contrats avec des editeurs israeliens pour traduire ses oeuvres en hebreu, le conseil d'administration adoptera les mesures adequates", a declare le president de l'union. le nobel egyptien de litterature avait donne son accord, dans les annees quatre-vingt et au debut des annees quatre-vingt-dix, pour la traduction de ses oeuvres en de tres nombreuses langues, dont l'hebreu.

pour le critique ali abou chadi, "cette atmosphere est le reflet de l'effondrement des intellectuels […] qui, de defenseurs de la liberte de pensee, sont devenus des bourreaux". m. abou chadi qui a ete evince en janvier par le gouvernement de la presidence de l'organisme general des palais de la culture pour avoir publie trois romans que les islamistes jugeaient "meprisants des religions, attentatoires a la pudeur", nous a declare que "par cette attitude, les intellectuels aidaient implicitement les forces reactionnaires et obscurantistes". des declarations risquees en cette saison de chasse aux sorcieres!

alexandre buccianti

http://www.lemonde.fr/rech_art/0,5987,190297,00.html