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  Egyptologie. La grande pyramide recèlerait encore des secrets. Querelle d'explorateurs dans Khéops

Par CLAUDE GUIBAL

Le jeudi 10 mai 2001

Le Caire correspondance

Le pharaon pourrait bien en avaler son cigare : 4.500 ans après la construction de son ultime demeure, Khéops n'est pas près de reposer en paix. La dernière tempête qui souffle sur la grande pyramide est française, et elle laisse sur son passage un petit parfum de scandale qui agace le monde de l'égyptologie.

L'histoire commence le 18 avril. Deux passionnés affirment à grand renfort de presse pouvoir localiser avec précision l'entrée de tunnels secrets dans la grande pyramide. A l'aide de plans de sites funéraires royaux des six premières dynasties pharaoniques, le tandem a photographié en imagerie négative et observé avec attention les couloirs de Khéops. Bilan : la majorité des joints seraient faux. La pierre aurait été légèrement creusée, puis rebouchée. Un leurre en trompe l'œil permettant de détourner l'attention des «vrais» joints. Lesquels indiqueraient la présence de tunnels secrets qui mèneraient à trois cavités inconnues, proches de la chambre du roi. CQFD. Et c'est là que le bât blesse.

Amateur. L'annonce «explosive» tourne très vite au pétard mouillé : la communauté scientifique accuse le duo de lancer des affirmations à partir d'hypothèses, sans preuves ni recherches suffisantes. Certains soulignent que la théorie des faux joints est connue depuis quatorze ans. D'autres vont plus loin, dénonçant avec vigueur l'amateurisme de ces «chercheurs de trésors», «pas même égyptologues». «Calomnies», répond-il, curriculum vitae à l'appui. Pilote de ligne retraité, il se définit «chercheur libre, diplômé en épigraphie hiéroglyphique de l'institut Khéops à Paris et d'archéologie égyptienne à l'Ecole du Louvre». Des titres qui, apparemment, n'impressionnent pas les pontes de l'égyptologie. Il estime pourtant avoir effectué un véritable travail archéologique en compagnie de Francine Darmon, égyptologue-palynologue (spécialiste des pollens). «Nous avons fait une longue étude, assez complexe et étayée par des faits, pour répondre à la problématique de Khéops. Nous n'avions plus de raisons d'attendre et nous avons communiqué une partie de nos découvertes à la presse. Nous attendons maintenant de l'exposer en intégralité aux autorités égyptiennes compétentes.» C'est mal parti. Gaballah Ali Gaballah, secrétaire général du Conseil suprême des antiquités en Egypte, estime que ce n'est pas avec une «telle pression médiatique» que l'équipe obtiendra l'autorisation de mener des recherches dans la grande pyramide.

De son coté l'Institut français d'archéologie orientale (Ifao), la Mecque de l'égyptologie française, n'a que peu goôté l'effet d'annonce. L'égyptologue Jean-Pierre Corteggiani, chargé des relations scientifiques à l'Ifao, a accueilli avec «prudence» ces hypothèses qui n'ont pas été confirmées par des études in situ. Et pour cause. Il y a un an, il avait déjà demandé, par l'intermédiaire de l'Ifao, l'autorisation du Conseil suprême des antiquités de mener des fouilles dans Khéops. «Contrairement à ce qui a été dit, nous n'avons jamais nié l'avoir reç, confirme Jean-Pierre Corteggiani. Nous l'avons au contraire reçu avec bienveillance. Il pouvait être intéressant de voir ce que donnait l'étude d'éventuels faux joints. L'Ifao a donc demandé l'autorisation de travailler dans la grande pyramide.» Mais la requête s'est heurtée à une fin de non-recevoir. Néanmoins, il ne désespère pas de pouvoir faire entendre sa cause auprès des autorités égyptiennes. «Nous attendons d'être jugés sur nos travaux, plaide-t-il. Nous avons le sentiment d'être discrédités sur la forme. On a le droit de critiquer nos hypothèses, mais nous souhaitons un vrai débat intellectuel sur nos recherches.»

Cavités inconnues. Pour les néophytes, cette affaire a des allures de tempête dans un verre d'eau. Mais pour le cercle très fermé des égyptologues, c'est un ouragan. Car Khéops n'a peut-être pas livré tous ses secrets. Une autre équipe d'amateurs français vient en effet de demander l'autorisation de forer des trous dans la pyramide. A l'aide d'un radar, ils ont localisé des cavités inconnues près de la chambre royale. Respectivement architecte et agent immobilier, Gilles Dormion et Jean-Yves Verd'hurt sont plutôt discrets. Récusant l'étiquette d'égyptologues, ils avaient déjà, au terme d'une étude architecturale, découvert l'an dernier deux chambres inconnues dans la pyramide de Meidoum, située à une centaine de kilomètres au sud du Caire. Une trouvaille qui a forcé l'admiration de la communauté archéologique, rarement tendre avec les électrons libres. «Les gens qui ont apporté ce genre de preuves ne sont plus des amateurs», souligne Jean-Pierre Corteggiani. Accueillis à bras ouverts par les autorités égyptiennes, les deux chercheurs ont obtenu - fait rare - l'autorisation de travailler pendant un an dans Khéops.

Momie manquante. Si l'autorisation de forage est accordée, que pourrait-on trouver dans ces fameuses cavités ? «Ce ne peut être en aucun cas des chambres de décharge (espaces vacants destinés à alléger le poids d'un édifice), avance Jean-Pierre Corteggiani. Au minimum des magasins vides.» Au mieux, les salles pourraient receler du mobilier funéraire, de la vaisselle, ou peut-être la momie de Khéops elle-même, jamais retrouvée. La découverte serait de taille. Ce qui explique la véhémence de l'équipe Dormion-Verd'hurt devant la polémique qui risque de refroidir la bonne volonté des Egyptiens, encore un peu réticents à l'idée d'un forage qui violerait l'intégrité de la pyramide. «Les théories fantaisistes de nuisent à l'égyptologie..., s'enflamme Jean-Yves Verd'hurt, dont l'associé, Gilles Dormion, a été le premier à émettre l'hypothèse des faux joints. Khéops, première merveille du monde antique et la seule à être toujours sur pied, continue de déchaîner foudres et passions. On ne dérange pas impunément un pharaon dans son dernier sommeil.

http://www.liberation.fr/sciences/actu/20010510jeuv.html
 
     
  egyptologie. la grande pyramide recelerait encore des secrets. querelle d'explorateurs dans kheops

par claude guibal

le jeudi 10 mai 2001

le caire correspondance

le pharaon pourrait bien en avaler son cigare: 4.500 ans apres la construction de son ultime demeure, kheops n'est pas pres de reposer en paix. la derniere tempete qui souffle sur la grande pyramide est francaise, et elle laisse sur son passage un petit parfum de scandale qui agace le monde de l'egyptologie.

l'histoire commence le 18 avril. deux passionnes affirment a grand renfort de presse pouvoir localiser avec precision l'entree de tunnels secrets dans la grande pyramide. a l'aide de plans de sites funeraires royaux des six premieres dynasties pharaoniques, le tandem a photographie en imagerie negative et observe avec attention les couloirs de kheops. bilan: la majorite des joints seraient faux. la pierre aurait ete legerement creusee, puis rebouchee. un leurre en trompe l'oeil permettant de detourner l'attention des "vrais" joints. lesquels indiqueraient la presence de tunnels secrets qui meneraient a trois cavites inconnues, proches de la chambre du roi. cqfd. et c'est la que le bat blesse.

amateur. l'annonce "explosive" tourne tres vite au petard mouille: la communaute scientifique accuse le duo de lancer des affirmations a partir d'hypotheses, sans preuves ni recherches suffisantes. certains soulignent que la theorie des faux joints est connue depuis quatorze ans. d'autres vont plus loin, denoncant avec vigueur l'amateurisme de ces "chercheurs de tresors", "pas meme egyptologues". "calomnies", repond, curriculum vitae a l'appui. pilote de ligne retraite, il se definit "chercheur libre, diplome en epigraphie hieroglyphique de l'institut kheops a paris et d'archeologie egyptienne a l'ecole du louvre". des titres qui, apparemment, n'impressionnent pas les pontes de l'egyptologie. Il estime pourtant avoir effectue un veritable travail archeologique en compagnie de francine darmon, egyptologue-palynologue (specialiste des pollens). "nous avons fait une longue etude, assez complexe et etayee par des faits, pour repondre a la problematique de kheops. nous n'avions plus de raisons d'attendre et nous avons communique une partie de nos decouvertes a la presse. nous attendons maintenant de l'exposer en integralite aux autorites egyptiennes competentes." c'est mal parti. gaballah ali gaballah, secretaire general du conseil supreme des antiquites en egypte, estime que ce n'est pas avec une "telle pression mediatique" que l'equipe obtiendra l'autorisation de mener des recherches dans la grande pyramide.

de son cote l'institut francais d'archeologie orientale (ifao), la mecque de l'egyptologie francaise, n'a que peu goute l'effet d'annonce. l'egyptologue jean-pierre corteggiani, charge des relations scientifiques a l'ifao, a accueilli avec "prudence" ces hypotheses qui n'ont pas ete confirmees par des etudes in situ. et pour cause. il y a un an, il avait deja demande, par l'intermediaire de l'ifao, l'autorisation du conseil supreme des antiquites de mener des fouilles dans kheops. "contrairement a ce qui a ete dit, nous n'avons jamais nie l'avoir recu, confirme jean-pierre corteggiani. nous l'avons au contraire recu avec bienveillance. il pouvait etre interessant de voir ce que donnait l'etude d'eventuels faux joints. l'ifao a donc demande l'autorisation de travailler dans la grande pyramide." mais la requete s'est heurtee a une fin de non-recevoir. neanmoins, il ne desespere pas de pouvoir faire entendre sa cause aupres des autorites egyptiennes. "nous attendons d'etre juges sur nos travaux, plaide-t-il. nous avons le sentiment d'etre discredites sur la forme. on a le droit de critiquer nos hypotheses, mais nous souhaitons un vrai debat intellectuel sur nos recherches."

cavites inconnues. pour les neophytes, cette affaire a des allures de tempete dans un verre d'eau. mais pour le cercle tres ferme des egyptologues, c'est un ouragan. car kheops n'a peut-etre pas livre tous ses secrets. une autre equipe d'amateurs francais vient en effet de demander l'autorisation de forer des trous dans la pyramide. a l'aide d'un radar, ils ont localise des cavites inconnues pres de la chambre royale. respectivement architecte et agent immobilier, gilles dormion et jean-yves verd'hurt sont plutot discrets. recusant l'etiquette d'egyptologues, ils avaient deja, au terme d'une etude architecturale, decouvert l'an dernier deux chambres inconnues dans la pyramide de meidoum, situee a une centaine de kilometres au sud du caire. une trouvaille qui a force l'admiration de la communaute archeologique, rarement tendre avec les electrons libres. "les gens qui ont apporte ce genre de preuves ne sont plus des amateurs", souligne jean-pierre corteggiani. accueillis a bras ouverts par les autorites egyptiennes, les deux chercheurs ont obtenu - fait rare - l'autorisation de travailler pendant un an dans kheops.

momie manquante. si l'autorisation de forage est accordee, que pourrait-on trouver dans ces fameuses cavites? "ce ne peut etre en aucun cas des chambres de decharge (espaces vacants destines a alleger le poids d'un edifice), avance jean-pierre corteggiani. au minimum des magasins vides." au mieux, les salles pourraient receler du mobilier funeraire, de la vaisselle, ou peut-etre la momie de kheops elle-meme, jamais retrouvee. la decouverte serait de taille. ce qui explique la vehemence de l'equipe dormion-verd'hurt devant la polemique qui risque de refroidir la bonne volonte des egyptiens, encore un peu reticents a l'idee d'un forage qui violerait l'integrite de la pyramide. "les theories fantaisistes nuisent a l'egyptologie... s'enflamme jean-yves verd'hurt, dont l'associe, gilles dormion, a ete le premier a emettre l'hypothese des faux joints. kheops, premiere merveille du monde antique et la seule a etre toujours sur pied, continue de dechainer foudres et passions. on ne derange pas impunement un pharaon dans son dernier sommeil.

http://www.liberation.fr/sciences/actu/20010510jeuv.html