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  Coptos, cité de Haute-Égypte, méritait bien, après des siècles d’oubli, que l’on s’intéressât à elle. Il était aussi naturel que la première grande exposition archéologique du musée des Beaux-arts de Lyon lut soit consacréeÉ

Coptos en Égypte

Hors des circuits touristiques, profondément ruinée par le temps, Coptos n’a pas la renommée des grands sites égyptiens. Ce fut pourtant l’un des plus prestigieux de l’Égypte antique, auquel se sont intéressés les pionniers de l’égyptologie, et actuellement au cœur de problématiques de recherche.

Située sur les bords du Nil, à une quarantaine de kilomètres au nord de Louqsor et Karnak, Coptos fut pendant plus de 3 500 ans (du IIIe millénaire av. J.-C. à l’époque romaine) une cité religieuse à la renommée éclatante. On y vénérait dans un rituel particulier le dieu Min, symbole de régénération, et la déesse Isis. Coptos était aussi un grand carrefour économique au débouché du Wadi Hammamât (la « vallée des Pigeons »), région du désert Oriental égyptien riche en ressources minérales et en or ; au-delà, les pistes caravanières rejoignaient les ports de la mer Rouge assurant le commerce avec l’Arabie, la Corne de l’Afrique et l’Inde lointaine.

Pourquoi une exposition « Coptos » à Lyon ?

Le musée des Beaux-Arts de Lyon, pour des raisons historiques, se devait de rappeler la grandeur passée de ce site aujourd’hui oublié. En 1910, en effet, le Français Adolphe Reinach propose au maire de Lyon le don des milliers d’objets mis au jour cette même année, ainsi que ceux qui seront dégagés au cours de la prochaine campagne de fouilles à Coptos. Des centaines de vases et de figurines en terre cuite, des fragments de parois sculptées du Moyen Empire, du Nouvel Empire, d’époque romaineÉ, un support de barque divine de près d’une tonne et demie, des statues, des stèles funéraires chrétiennes, etc. arrivent donc à Lyon et sont présentés, dès 1913, dans les salles du musée de l’industriel lyonnais Émile Guimet auquel ils étaient dévolus. Les collections égyptiennes du musée Guimet ont été transférées au musée des Beaux-Arts à la fin des années soixante ; seize salles organisées autour de grands thèmes de l’égyptologie leur sont aujourd’hui attribuées.

Seule une exposition consacrée au site de Coptos permettait de réunir la plupart du matériel archéologique dispersé dans les salles d’exposition et les réserves du musée, et de compléter cet ensemble par d’autres œuvres coptites conservées dans des musées français et étrangers. Ces objets, issus de fouilles anciennes, intéressent plusieurs domaines de la recherche scientifique actuelle, ce qui leur confère une valeur historique supplémentaire.

L’exposition redonne vie à l’antique cité de Coptos, laissant imaginer le sanctuaire pharaonique oò défilaient les processions de Min et d’Isis, et la place commerciale sur laquelle se pressait une population cosmopolite de religieux, de soldats, de négociants et d’artisans.



Commissaires de l’exposition : Geneviève Galliano, conservateur au musée des Beaux-Arts de Lyon et Marc Gabolde, maître de conférences â l’Université de Montpellier III.



ÔNota : ne pas confondre la ville de Coptos avec les Coptes, chrétiens d’Égypte.
Coptos, cité d’Égypte

À la découverte de Coptos

L’antique Coptos (actuelle Qouft) se situe au bord du Nil, là oò le fleuve se rapproche au plus près des rives de la mer Rouge.

Pendant près de 3 500 ans, de la période prédynastique à la fm de l’Empire romain, Coptos fut l’un des principaux sanctuaires de l’Égypte antique, dédié au dieu Min et à la déesse Isis. Coptos fut aussi un grand centre économique établi au débouché des routes du désert menant aux carrières de pierres et aux mines d’or du Wadi Hammamât (la Vallée des Pigeons), et au-delà, aux ports de la mer Rouge, points d’aboutissement du commerce maritime avec l’Inde et l’Arabie.
À la vue des ruines aujourd’hui dispersées sur le site, on imagine mal que, jadis, se dressait là une vivante cité polyglotte, oò se mêlaient activités religieuses et commerciales.

La plupart des grands voyageurs du XVIIIe siècle la visitent et les savants de l’expédition de Bonaparte en Égypte rapportent du site, lieu d’une sanglante bataille, plusieurs dessins et d’intéressantes notes descriptives publiées dans la Description de l’Égypte. Avec la naissance de l’égyptologie, les plus illustres savants (Jean-François Champollion, John Gardner Wilkinson, Richard LepsiusÉ) s’arrêtent à Coptos afin de déchiffrer les textes hiéroglyphiques, ouvrant ainsi la voie à l’exploration scientifique du site.

Les fouilles archéologiques

La recherche archéologique à Coptos débute avec Gaston Maspero (1846-1916), alors directeur du Service des Antiquités de 1’Égypte. De 1882 à 1884, lors de voyages d’inspection, il entreprend l’exploration d’une partie du site, relève de nombreuses inscriptions et dresse le plan des fortifications romaines.

Mais, c’est à l’éminent égyptologue anglais William Matthew Hinders Petrie (1853-1942) que l’on doit les premières grandes fouilles de Coptos. Pendant l’hiver 1893-1894, il dégage les vestiges du grand temple de Min et Isis. Outre la qualité des œuvres mises au jour, son étude établissant une chronologie des différentes époques de construction du sanctuaire fait toujours référence dans la connaissance du site.

Seize ans plus tard, en janvier-février 1910, les Français Adolphe J. Reinach (1887-1914) et Raymond Weill (1874-1950) reprennent les fouilles de Coptos, au nom de la Société française des Fouilles archéologiques. L’année suivante, en l’absence de R. Weill, A.J. Reinach est secondé par l’architecte Adrien Martinaud (1886-1914), excellent photographe à qui l’on doit une riche documentation du site. Les efforts des jeunes archéologues portent sur l’ensemble du champ de fouille ils dégagent les monuments signalés par les ruines et entreprennent une restitution du plan du sanctuaire. ils s’intéressent également, fait rare pour l’époque, aux traces d’habitats romains et aux vestiges paléochrétiens.
À part quelques œuvres retenues par le musée du Cake, les milliers d’objets mis au jour lors de ces fouilles (bas-reliefs de parois de temples, stèles, sculptures, vases et figurines en terre cuiteÉ), sont dévolus à la France. Le musée du Louvre en choisit trois, la grande majorité restante est proposée au maire de Lyon, Édouard Herriot, pour le nouveau musée que l’industriel Émile Guimet constitue dans sa ville natale. En 1969, lors du transfert de la galerie égyptienne du musée Guimet, les antiquités coptites ont intégré le musée des Beaux-Arts.
Histoire de Coptos du roi Narmer à la conquête arabe

L’occupation humaine est attestée dès la Préhistoire. Mais Coptos entre véritablement dans l’histoire de la civilisation égyptienne en livrant les plus anciennes statues monumentales connues en Égypte, datées au plus tard de Narmer, premier roi d’Égypte (vers 3000 av. J.-C.).

Ancien Empire : 2700-2220 avant J.-C.
Les premiers pharaons Khéops, Pépi 1er, et surtout Pépi Il, ont laissé leur empreinte à Coptos. De cette époque date le premier temple dédié au dieu Min. La ville paraît florissante, vivant notamment de l’exploitation des richesses minérales du Wadi Hammamât.

Moyen Empire 2160-1778 avant J.-C.
Après l’anarchie de la Première période intermédiaire, Amenemhat 1er, fondateur de la XIIe dynastie, effectue des travaux dans le sanctuaire. Son successeur, Sésostris 1er, entreprend la reconstruction du grand temple. Coptos sort meurtrie des troubles qui secouent le pays à la fin du Moyen Empire. Le prince thébain, Noubkheperrê Antef (17e dyn.) réprime une rébellion fomentée à l’intérieur même du temple de Min et Isis.

Nouvel Empire : 1552-945 avant J.-C.
Sous Thoutmosis III (18e dyn.), le grand temple est agrandi vers l’ouest, et Amenothep 11, son fils, poursuit les réfections. Plusieurs expéditions partent vers le Wadi Hammamât.

Basse Époque 672-332 avant J.-C.
Après le désordre de la 3e Période Intermédiaire, le s pharaons Nectanébo 1er et engagent d’importants travaux d’édification et de réfection.
Nectanébo il (30e dyn.)

Période ptolémaïque 332-30 avant J.-C.
La dernière reconstruction du grand temple est l’œuvre de Ptolémée 11. Ses successeurs jusqu’à Cléopâtre VII la Grande entreprennent diverses rénovations dans le sanctuaire.

Époque romaine 30 avant J.-C. - 111e siècle après J.-C.
En 30 av. J.-C., l’Égypte devient une province de l’Empire romain la ville entrée cri rébellion est assiégée. De grands travaux sont opérés au Ier siècle de notre ère pour réparer les dégâts. Le commerce international atteint son apogée Coptos est un comptoir commercial actif ; au débouché des routes caravanières du désert Oriental.

Époque chrétienne : lVe-VIle siècle Au 111e siècle, des incursions de tribus nomades menaçant le pouvoir impérial suscitent un vif antagonisme Coptos révoltée subit la répression et cri sort affaiblie. La cité est le siège d’un puissant évêché, jusqu’à la conquête arabe, oò les institutions politiques et religieuses, en se déplaçant vers la ville voisine de Qôs, entraînent l’irrémédiable déclin de Coptos.

La cité religieuse Le grand temple de Min et Isis

Le temple de Min et Isis

Une vaste enceinte quadrangulaire en brique crue — le temenos — de près de 25 cm de côté entourait, au nord, le grand temple de Min et d’Isis, et, au sud, une enceinte intérieure de brique crue élevée autour des temples du Netjery Chemâ.

Les deux principales divinités de Coptos, Min et Isis, étaient vénérées dans un temple double.
Si aucun élément architectural datant de l’Ancien Empire n’est actuellement connu, un temple de Min est attesté sous Pépi il (6e dyn.). Au Moyen Empire, Amenemhat 1er réalise d’importants travaux, mais c’est son fils Sésostris 1er (12e dyn.), grand bâtisseur dans toute la Haute-Égypte, qui entreprend la reconstruction du temple les fragments de parois retrouvés illustrent la haute qualité du décor. Au Nouvel Empire, Touthmôsis III (18e dyn.) agrandit le temple et fait orner les parois de scènes illustrant les phases du culte. La dernière grande reconstruction est l’œuvre de Ptolémée II : beaucoup plus vaste que les précédents, ce sanctuaire comportait un podium auquel on accédait par deux volées d’escaliers correspondant aux deux axes. Constamment rénové et embelli pendant toute la période romaine, le grand temple continue d’être en activité jusqu’à la fin du IIe siècle, voire le début du IVe, dès lors concurrencé par la montée du Christianisme.

La célébration du culte

Min est l’un des plus anciens dieux d’Égypte. Homme vêtu d’une gaine momiforme, phallus en érection, bras droit levé soutenant le fléau et coiffé de deux hautes plumes, son image apparue vers 3 500 av. J.-C. reste inchangée jusqu’à l’époque romaine. Les textes font état de sa fierté à exhiber l’attribut sexuel qui le caractérise, mais aucun « rituel sexuel » ne le concerne. fl incarne la force procréatrice, animant la croissance des végétaux et assure la protection des régions désertiques.

Les statues colossales de Min attestent la pratique d’un culte à Coptos dès la fin du IVe millénaire. Le dieu est aussi vénéré à Akhmin et dans quelques autres cités. Par syncrétisme, Min est très tôt associé à d’autres divinités, Osiris notamment, du fait de sa capacité de se régénérer périodiquement, et donc d’affronter la mort. La principale fête religieuse est la « sortie de Min », l’une des plus anciennes fêtes d’Égypte, commémorant sans doute la naissance du dieu.

À Coptos, Min est associé à Lis, considérée tantôt comme sa sœur et épouse, tantôt comme sa mère. Selon la légende, ce serait à Coptos qu’Isis, à l’annonce de la mort d’Osiris, se serait coupé une boucle de cheveux qu’elle aurait ensuite déposée dans le temple sa nature de « veuve » est, de ce fait, particulièrement mise en valeur. Un autre aspect de l’Isis coptite tient à ses fonctions oraculaires. Le sacerdote du culte de Min est le stoliste — ou habilleur de la statue divine — qui cumule souvent son office avec celui de premier prêtre du dieu. D’autres prêtres, placés sous l’autorité d’un directeur, assurent le bon déroulement des rites. Le clergé féminin comprend surtout des musiciennes, joueuses de sistre et chanteuses, qui accompagnaient les liturgies.


La cité religieuse Le Netjery Chemâ

Les temples du Netjery Chemâ

À l’intérieur de la grande enceinte (temenos), au sud du temple de Min et Isis, une autre enceinte de brique crue entoure les temples du Netjery Chemâ. Littéralement « divin du sud », le Netjery Chemâ apparaît comme un très ancien lieu de culte consacré à Isis, symbolisant dans l’imagerie locale l’un des lieux de la création du monde. Le toponyme Netjery Chemâ désigne l’enceinte intérieure oò résident les dieux Geb, Isis et Harpocrate ; un temple est également dédié à Osiris. Son tracé peut être reconstitué par la présence de portes en pierre au nord, à l’ouest et au sud (accès principal) ; sa limite orientale reste hypothétique.

Le temple du Nord était précédé d’une colonnade. En façade, une porte en granit donnait accès à une salle hypostyle et, au-delà, à deux chapelles encadrant un reposoir. La mention d’Osiris sur des montants de porte indique que le temple lui était consacré ; Amon y est aussi attesté.
Osiris, dieu auquel tout défunt est assimilé, occupe une place essentielle dans les cultes coptites. Son temple, appelé le « Château des provisions », était peut-être anciennement un lieu de culte dédié à Amon de Thèbes. On honorait Osiris de Coptos dans toute l’Égypte. Sa principale fonction à Coptos tient à la célébration des mystères osiriens, oò les prêtres confectionnaient des simulacres de momies que l’on enterrait dans une tombe divine, lieu d’aboutissement des processions.

L’emplacement du temple d’Harpocrate, divinité du Netjery Chemâ, demeure inconnu, mais nous pouvons l’imaginer dans la zone centrale actuellement vide de tout vestige. Le dieu Harpocrate, « Horus l’enfant », fils d’Isis et d’Osiris, est omniprésent à Coptos, ainsi que dans les temples voisins d’el-Qal’a et de Chenhour. Il forme, avec Min et Isis, la famille divine de Coptos. Figuré coiffé des deux hautes plumes, Harpocrate porte aussi à Coptos l’épithète de « premier aîné d’Amon ».

Le temple du Sud, également précédé d’un portique à colonnade, était celui de Geb, dont seul un montant de porte subsiste aujourd’hui. Accolée à l’édifice, la petite chapelle oraculaire de Cléopâtre VII présente encore un reposoir de barque factice dédié à Lis le peuple, non admis dans le périmètre sacré des temples, pouvait l’apercevoir depuis l’extérieur quand on ouvrait les vantaux des portes et interroger son oracle.
Geb, dieu-ancêtre des espaces souterrains, est ici l’être masculin qui a engendré les dieux du mythe osirien. Père d’Isis, il est également « prince des dieux ». À Coptos, le fidèle est exhorté à craindre la divinité qui se pose en justicier des litiges humains. Sa puissance s’étend sur le ciel, la terre, l’autre-monde, les eaux, les villes et les régions il fait croître le sol, engloutit les défunts ; c’est Sobek, le dieu crocodile souverain du fleuve.

La procession divine

Tous les dix jours, lors des fêtes dites décadaires, les prêtres, et parfois Pharaon lui-même, sortaient du grand temple la statue voilée de Min sur son pavois et se dirigeaient en procession à travers le Netjery Chemâ vers la nécropole divine au sud du sanctuaire. Là, par sa présence, la divinité régénérait les dieux anciens et les défunts divinisés, assurant ainsi la protection des vivants.

La cité religieuse La nécropole des bienheureux

L’espace funéraire

Les religieux, chargés de la statue de Min voilé, arrivaient cri procession sur une tombe mythique de la divinité, considérée comme un roi défunt. Dans un rituel mêlant fumigations, libations d’eau et offrandes, Min redonnait vie à son père à la fois, Osiris et Min lui-même et, par conséquent, à tous les défunts de la nécropole.
La nécropole divine s’étendait, au sud du sanctuaire, entre les deux enceintes et sur le parvis extérieur.
Des tombeaux, aux parois parfois peintes, refermaient des stèles et des sarcophages. L’un appartenait à un notable coptite, Nesmin, probablement chef du clergé de Min et chargé, comme son père Irtyertja, du culte du pharaon Nectanébo 11. Nesmin, ainsi que d’autres défunts de la nécropole sont qualifiés de hesy, terme qu’à l’époque tardive on peut à la fois traduire par « grands loués » et par « humidifiés » (ou aspergés) : ces bienheureux avaient donc, sans doute, le privilège d’une halte de la procession conduite par Min et d’une libation divine.

La Maison des Palmyréniens

Sur le parvis de l’enceinte sacrée, un édifice d’époque romaine, constitué d’un vestibule avec annexes et d’une grande salle dont un mur conservait une peinture murale élaborée, fut dégagé en 1911 dans un état de conservation exceptionnel. Deux niches ménagées dans ce mur abritaient les douze stèles dites « des Palmyréniens de Coptos », aujourd’hui réparties entre le Musée du Cake et le Musée des Beaux-Arts de Lyon.
L’iconographie de ces stèles deux personnages masculins de face, figurés à mi-buste, le crâne le plus souvent rasé, tenant une guirlande et une palme dans les mains, de même que la facture particulière pour l’art égyptien, suscitent encore des controverses quant à l’identification des personnages. La localisation du monument dans un espace sépulcral, la présence d’autels et certaines références au domaine funéraire (infimes traces de dorure sur un visage et représentation de guirlandes et de palmes) amènent aujourd’hui à reconnaître dans la « Maison des Palmyréniens » la chapelle funéraire d’une association religieuse.
La cité économique Coptos, entre Orient et Occident

Coptos et le Wadi Hammamât

Selon la légende, des forces divines agitèrent, il y a fort longtemps, l’écorce terrestre du désert Oriental égyptien donnant ainsi naissance à de merveilleuses richesses minérales brèche verte et greyhacke du Wadi Hammamât, granit rose du wadi Fawâkhir, gabbro, serpentinite et stéatite, marbre, grenat, olivineÉ et filons de quartz aurifère.
Tous ces matériaux, ainsi que ceux, comme l’obsidienne, acheminés depuis des régions lointaines vers les côtes de la mer Rouge, transitaient par Coptos, véritable comptoir minéral de Haute-Égypte. De là, les matières premières sont expédiées dans toute l’Égypte. Min de Coptos est, de ce fait, le protecteur des carrières et des expéditions.

Ces ressources attirent très tôt l’intérêt des pharaons qui, dès l’Ancien Empire, organisent de grandes expéditions au départ de Coptos dans le but d’extraire les précieux minéraux. Au Moyen Empire, 17 000 ouvriers, sans compter les princes, les notables, le personnel administratif, les ouvriers spécialisés, des militaires et les équipes chargées du ravitaillement partent extraire dans le Wadi Hammamât, la pierre de bekhen (ou greyhacke), sorte de schiste gréseux, très dur, au grain exceptionnellement fin, très appréciée en sculpture. À la fin du Nouvel Empire, une expédition regroupe 8 368 personnes, dont près de 900 ne reviennent pas, victimes des terribles conditions de travail dans le désert. « L’or des montagnes de Coptos » semble alors particulièrement prisé, mais comparé aux productions de Nubie, son apport reste relativement marginal.
À partir de la période ptolémaïque, la création de ports sur la mer Rouge, permettant l’accès de l’Égypte au commerce international, densifie l’activité dans le désert Oriental.

Coptos porte du commerce oriental La conquête de l’Égypte en 30 avant J.-C., ouvre à Rome la porte de l’Orient. Les nouveaux pharaons-empereurs cherchent à restaurer la puissance économique du pays l’Égypte devient alors le « grenier à blé » de l’Empire et une plaque tournante entre Orient et Occident. Soie de Chine, ivoire, pierres précieuses, ivoire d’éléphant, aromatesÉ arrivent par bateau, depuis l’Arabie et l’Inde lointaine, vers les ports de Myos Hormos (actuelle Qoseir) et de Bérénice sur la mer Rouge ; Rome exporte du vin et des produits manufacturés. Entre Alexandrie sur la côte méditerranéenne et les ports de la mer Rouge, les négociants empruntent le Nil et les routes caravanières du désert Oriental Coptos, par sa situation géographique, est au carrefour de ce transit international. Au Ier siècle de notre ère, le trafic, sous le contrôle de sociétés marchandes installées en Égypte, atteint son apogée. Vers le IIe siècle, les routes sont jalonnées de tours et de forts militaires. D’exceptionnels documents préservés par la sécheresse du climat égyptien (notamment la correspondance) apportent de précieuses informations sur la vie quotidienne à cette époque.

Coptos apparaît, selon le géographe grec Strabon, comme l’un des grands comptoirs commerciaux (emporion) de l’Égypte. Autour du périmètre sacré des temples, s’activait donc une population cosmopolite oò se mêlaient religieux, soldats, négociants et artisans. Les fouilles de 1911 ont en effet montré que Coptos fabriquait et diffusait, à l’époque romaine, de la vaisselle et des figurines en terre cuite, peut-être aussi du verre, retrouvés dans des quantités jamais égalées jusqu’ici sur un site.
Coptos, métropole chrétienne

Le déclin de l’Empire romain porte un coup fatal à Coptos. Jusqu’alors florissante, grâce notamment à la prospérité du commerce international, la cité est victime de l’agitation qui trouble la Haute-Égypte à la fm du 111e s. À deux reprises, Coptos, révoltée contre le pouvoir impérial, est durement réprimée et même, peut-être, détruite par l’empereur Dioclétien, en 290, ce que confirmeraient les traces d’incendie et la fortification du site relevées lors des fouilles.
Coptos sort très affaiblie de ces conflits, d’autant plus que le trafic commercial, en forte baisse, ne transite plus par ses quais. Les ressources naturelles de la région permettent toutefois à la ville d’entretenir une certaine prospérité exploitation de l’or et des minéraux du désert Oriental, culture extensive de plantes potagères et de la vigne (le vin de Coptos était renommé au 111e s.), industrie textileÉ

Au IVe s., Coptos reste une grande métropole religieuse, mais chrétienne désormais. Les édifices cultuels urbains (une église et son baptistère) et environnants témoignent de la vivacité de la nouvelle croyance. L’autorité de l’évêque — le premier attesté participe au Concile de Nicée en 325 — déborde largement le cadre du diocèse. Coptos est à la fin du VIe s. un centre chrétien renommé, du fait notamment de la personnalité de l’évêque Pisenthios (569-632) ; ses archives — sur papyrus et ostraca (fragments de céramique ou de calcaire utilisés comme support d’écriture) — apportent d’inestimables informations sur la vie de ce vénérable saint des Églises copte et éthiopienne.

Sous la domination arabe, la cité voit son importance décroître au profit de la ville voisine de Qôs. Coptos sombre alors peu à peu dans l’oubli, jusqu’à ce que des égyptologues passionnés la rappellent au souvenir de l’histoire.
Informations pratiques

L’exposition a lieu du 3 février au 7 mai 2000 dans l’espace des expositions temporaires du musée, entrée rue Édouard Herriot.

Jours et heures d’ouverture :

L’exposition et le musée sont ouverts tous les jours sauf le mardi, de 10 h 30 à 18 heures Accès handicapés par le 17 place des Terreaux.

Tarifs :

Entrée plein tarif : 25 F, tarif réduit : 13 F (étudiants, collectivités, familles nombreuses) Le billet d’entrée à l’exposition ne donne pas accès aux collections permanentes.
Gratuité : moins de 18 ans, chômeurs, employés Ville de Lyon.

Stationnement : parking des Terreaux et parking Hôtel de Ville.
Métro : lignes A et C station Hôtel de Ville-Louis Pradel.
Bus : lignes 1,3,6, 13, 19,40,44.
 
     
  coptos, cite de haute-egypte, meritait bien, apres des siecles d'oubli, que l'on s'interessat a elle. il etait aussi naturel que la premiere grande exposition archeologique du musee des beaux-arts de lyon lut soit consacreeÉ

coptos en egypte

hors des circuits touristiques, profondement ruinee par le temps, coptos n'a pas la renommee des grands sites egyptiens. ce fut pourtant l'un des plus prestigieux de l'egypte antique, auquel se sont interesses les pionniers de l'egyptologie, et actuellement au coeur de problematiques de recherche.

situee sur les bords du nil, a une quarantaine de kilometres au nord de louqsor et karnak, coptos fut pendant plus de 3500 ans (du iiiemillenaire av. j.-c.a l'epoque romaine) une cite religieuse a la renommee eclatante. on y venerait dans un rituel particulier le dieu min, symbole de regeneration, et la deesse isis. coptos etait aussi un grand carrefour economique au debouche du wadi hammamat (la "vallee des pigeons"), region du desert oriental egyptien riche en ressources minerales et en or; au-dela, les pistes caravanieres rejoignaient les ports de la mer rouge assurant le commerce avec l'arabie, la corne de l'afrique et l'inde lointaine.

pourquoi une exposition "coptos" a lyon?

le musee des beaux-arts de lyon, pour des raisons historiques, se devait de rappeler la grandeur passee de ce site aujourd'hui oublie. en 1910, en effet, le francais adolphe reinach propose au maire de lyon le don des milliers d'objets mis au jour cette meme annee, ainsi que ceux qui seront degages au cours de la prochaine campagne de fouilles a coptos. des centaines de vases et de figurines en terre cuite, des fragments de parois sculptees du moyen empire, du nouvel empire, d'epoque romaineÉ, un support de barque divine de pres d'une tonne et demie, des statues, des steles funeraires chretiennes, etc. arrivent donc a lyon et sont presentes, des 1913, dans les salles du musee de l'industriel lyonnais emile guimet auquel ils etaient devolus. les collections egyptiennes du musee guimet ont ete transferees au musee des beaux-arts a la fin des annees soixante; seize salles organisees autour de grands themes de l'egyptologie leur sont aujourd'hui attribuees.

seule une exposition consacree au site de coptos permettait de reunir la plupart du materiel archeologique disperse dans les salles d'exposition et les reserves du musee, et de completer cet ensemble par d'autres oeuvres coptites conservees dans des musees francais et etrangers. ces objets, issus de fouilles anciennes, interessent plusieurs domaines de la recherche scientifique actuelle, ce qui leur confere une valeur historique supplementaire.

l'exposition redonne vie a l'antique cite de coptos, laissant imaginer le sanctuaire pharaonique ou defilaient les processions de min et d'isis, et la place commerciale sur laquelle se pressait une population cosmopolite de religieux, de soldats, de negociants et d'artisans.



commissaires de l'exposition: genevieve galliano, conservateur au musee des beaux-arts de lyon et marc gabolde, maitre de conferences a l'universite de montpellier iii.



'nota: ne pas confondre la ville de coptos avec les coptes, chretiens d'egypte.
coptos, cite d'egypte

a la decouverte de coptos

l'antique coptos (actuelle qouft) se situe au bord du nil, la ou le fleuve se rapproche au plus pres des rives de la mer rouge.

pendant pres de 3500 ans, de la periode predynastique a la fm de l'empire romain, coptos fut l'un des principaux sanctuaires de l'egypte antique, dedie au dieu min et a la deesse isis. coptos fut aussi un grand centre economique etabli au debouche des routes du desert menant aux carrieres de pierres et aux mines d'or du wadi hammamat (la vallee des pigeons), et au-dela, aux ports de la mer rouge, points d'aboutissement du commerce maritime avec l'inde et l'arabie.
a la vue des ruines aujourd'hui dispersees sur le site, on imagine mal que, jadis, se dressait la une vivante cite polyglotte, ou se melaient activites religieuses et commerciales.

la plupart des grands voyageurs du xviiiesiecle la visitent et les savants de l'expedition de bonaparte en egypte rapportent du site, lieu d'une sanglante bataille, plusieurs dessins et d'interessantes notes descriptives publiees dans la description de l'egypte. avec la naissance de l'egyptologie, les plus illustres savants (jean-francois champollion, john gardner wilkinson, richard lepsiusÉ) s'arretent a coptos afin de dechiffrer les textes hieroglyphiques, ouvrant ainsi la voie a l'exploration scientifique du site.

les fouilles archeologiques

la recherche archeologique a coptos debute avec gaston maspero (1846-1916), alors directeur du service des antiquites de 1'egypte. de1882 a1884, lors de voyages d'inspection, il entreprend l'exploration d'une partie du site, releve de nombreuses inscriptions et dresse le plan des fortifications romaines.

mais, c'est a l'eminent egyptologue anglais william matthew hinders petrie (1853-1942) que l'on doit les premieres grandes fouilles de coptos. pendant l'hiver 1893-1894, il degage les vestiges du grand temple de min et isis. outre la qualite des oeuvres mises au jour, son etude etablissant une chronologie des differentes epoques de construction du sanctuaire fait toujours reference dans la connaissance du site.

seize ans plus tard, en janvier-fevrier1910, les francais adolphe j.reinach (1887-1914) et raymond weill (1874-1950) reprennent les fouilles de coptos, au nom de la societe francaise des fouilles archeologiques. l'annee suivante, en l'absence de r.weill, a.j. reinach est seconde par l'architecte adrien martinaud (1886-1914), excellent photographe a qui l'on doit une riche documentation du site. les efforts des jeunes archeologues portent sur l'ensemble du champ de fouille ils degagent les monuments signales par les ruines et entreprennent une restitution du plan du sanctuaire. ils s'interessent egalement, fait rare pour l'epoque, aux traces d'habitats romains et aux vestiges paleochretiens.
a part quelques oeuvres retenues par le musee du cake, les milliers d'objets mis au jour lors de ces fouilles (bas-reliefs de parois de temples, steles, sculptures, vases et figurines en terre cuiteÉ), sont devolus a la france. le musee du louvre en choisit trois, la grande majorite restante est proposee au maire de lyon, edouard herriot, pour le nouveau musee que l'industriel emile guimet constitue dans sa ville natale. en 1969, lors du transfert de la galerie egyptienne du musee guimet, les antiquites coptites ont integre le musee des beaux-arts.
histoire de coptos du roi narmer a la conquete arabe

l'occupation humaine est attestee des la prehistoire. mais coptos entre veritablement dans l'histoire de la civilisation egyptienne en livrant les plus anciennes statues monumentales connues en egypte, datees au plus tard de narmer, premier roi d'egypte (vers 3000 av. j.-c.).

ancien empire: 2700-2220 avantj.-c.
les premiers pharaons kheops, pepi 1er, et surtout pepi il, ont laisse leur empreinte a coptos. de cette epoque date le premier temple dedie au dieu min. la ville parait florissante, vivant notamment de l'exploitation des richesses minerales du wadi hammamat.

moyen empire 2160-1778 avantj.-c.
apres l'anarchie de la premiere periode intermediaire, amenemhat 1er, fondateur de la xiiedynastie, effectue des travaux dans le sanctuaire. son successeur, sesostris 1er, entreprend la reconstruction du grand temple. coptos sort meurtrie des troubles qui secouent le pays a la fin du moyen empire. le prince thebain, noubkheperre antef (17e dyn.) reprime une rebellion fomentee a l'interieur meme du temple de min et isis.

nouvel empire: 1552-945 avantj.-c.
sous thoutmosis iii (18e dyn.), le grand temple est agrandi vers l'ouest, et amenothep 11, son fils, poursuit les refections. plusieurs expeditions partent vers le wadi hammamat.

basse epoque 672-332 avantj.-c.
apres le desordre de la 3e periode intermediaire, le s pharaons nectanebo 1er et engagent d'importants travaux d'edification et de refection.
nectanebo il (30e dyn.)

periode ptolemaique 332-30 avantj.-c.
la derniere reconstruction du grand temple est l'oeuvre de ptolemee 11. ses successeurs jusqu'a cleopatre vii la grande entreprennent diverses renovations dans le sanctuaire.

epoque romaine 30 avant j.-c.- 111e siecle apresj.-c.
en 30 av.j.-c., l'egypte devient une province de l'empire romain la ville entree cri rebellion est assiegee. de grands travaux sont operes au iersiecle de notre ere pour reparer les degats. le commerce international atteint son apogee coptos est un comptoir commercial actif; au debouche des routes caravanieres du desert oriental.

epoque chretienne: lve-vile siecle au 111e siecle, des incursions de tribus nomades menacant le pouvoir imperial suscitent un vif antagonisme coptos revoltee subit la repression et cri sort affaiblie. la cite est le siege d'un puissant eveche, jusqu'a la conquete arabe, ou les institutions politiques et religieuses, en se deplacant vers la ville voisine de qus, entrainent l'irremediable declin de coptos.

la cite religieuse le grand temple de min et isis

le temple de min et isis

une vaste enceinte quadrangulaire en brique crue - le temenos - de pres de 25cm de cote entourait, au nord, le grand temple de min et d'isis, et, au sud, une enceinte interieure de brique crue elevee autour des temples du netjery chema.

les deux principales divinites de coptos, min et isis, etaient venerees dans un temple double.
si aucun element architectural datant de l'ancien empire n'est actuellement connu, un temple de min est atteste sous pepi il (6e dyn.). au moyen empire, amenemhat 1er realise d'importants travaux, mais c'est son fils sesostris 1er (12e dyn.), grand batisseur dans toute la haute-egypte, qui entreprend la reconstruction du temple les fragments de parois retrouves illustrent la haute qualite du decor. au nouvel empire, touthmosis iii (18e dyn.) agrandit le temple et fait orner les parois de scenes illustrant les phases du culte. la derniere grande reconstruction est l'oeuvre de ptolemee ii: beaucoup plus vaste que les precedents, ce sanctuaire comportait un podium auquel on accedait par deux volees d'escaliers correspondant aux deux axes. constamment renove et embelli pendant toute la periode romaine, le grand temple continue d'etre en activite jusqu'a la fin du iiesiecle, voire le debut du ive, des lors concurrence par la montee du christianisme.

la celebration du culte

min est l'un des plus anciens dieux d'egypte. homme vetu d'une gaine momiforme, phallus en erection, bras droit leve soutenant le fleau et coiffe de deux hautes plumes, son image apparue vers 3500 av. j.-c.reste inchangee jusqu'a l'epoque romaine. les textes font etat de sa fierte a exhiber l'attribut sexuel qui le caracterise, mais aucun "rituel sexuel" ne le concerne. fl incarne la force procreatrice, animant la croissance des vegetaux et assure la protection des regions desertiques.

les statues colossales de min attestent la pratique d'un culte a coptos des la fin du ivemillenaire. le dieu est aussi venere a akhmin et dans quelques autres cites. par syncretisme, min est tres tot associe a d'autres divinites, osiris notamment, du fait de sa capacite de se regenerer periodiquement, et donc d'affronter la mort. la principale fete religieuse est la "sortie de min", l'une des plus anciennes fetes d'egypte, commemorant sans doute la naissance du dieu.

a coptos, min est associe a lis, consideree tantot comme sa soeur et epouse, tantot comme sa mere. selon la legende, ce serait a coptos qu'isis, a l'annonce de la mort d'osiris, se serait coupe une boucle de cheveux qu'elle aurait ensuite deposee dans le temple sa nature de "veuve" est, de ce fait, particulierement mise en valeur. un autre aspect de l'isis coptite tient a ses fonctions oraculaires. le sacerdote du culte de min est le stoliste - ou habilleur de la statue divine - qui cumule souvent son office avec celui de premier pretre du dieu. d'autres pretres, places sous l'autorite d'un directeur, assurent le bon deroulement des rites. le clerge feminin comprend surtout des musiciennes, joueuses de sistre et chanteuses, qui accompagnaient les liturgies.


la cite religieuse le netjery chema

les temples du netjery chema

a l'interieur de la grande enceinte (temenos), au sud du temple de min et isis, une autre enceinte de brique crue entoure les temples du netjery chema. litteralement "divin du sud", le netjery chema apparait comme un tres ancien lieu de culte consacre a isis, symbolisant dans l'imagerie locale l'un des lieux de la creation du monde. le toponyme netjery chema designe l'enceinte interieure ou resident les dieux geb, isis et harpocrate; un temple est egalement dedie a osiris. son trace peut etre reconstitue par la presence de portes en pierre au nord, a l'ouest et au sud (acces principal); sa limite orientale reste hypothetique.

le temple du nord etait precede d'une colonnade. en facade, une porte en granit donnait acces a une salle hypostyle et, au-dela, a deux chapelles encadrant un reposoir. la mention d'osiris sur des montants de porte indique que le temple lui etait consacre; amon y est aussi atteste.
osiris, dieu auquel tout defunt est assimile, occupe une place essentielle dans les cultes coptites. son temple, appele le "chateau des provisions", etait peut-etre anciennement un lieu de culte dedie a amon de thebes. on honorait osiris de coptos dans toute l'egypte. sa principale fonction a coptos tient a la celebration des mysteres osiriens, ou les pretres confectionnaient des simulacres de momies que l'on enterrait dans une tombe divine, lieu d'aboutissement des processions.

l'emplacement du temple d'harpocrate, divinite du netjery chema, demeure inconnu, mais nous pouvons l'imaginer dans la zone centrale actuellement vide de tout vestige. le dieu harpocrate, "horus l'enfant", fils d'isis et d'osiris, est omnipresent a coptos, ainsi que dans les temples voisins d'el-qal'a et de chenhour. il forme, avec min et isis, la famille divine de coptos. figure coiffe des deux hautes plumes, harpocrate porte aussi a coptos l'epithete de "premier aine d'amon".

le temple du sud, egalement precede d'un portique a colonnade, etait celui de geb, dont seul un montant de porte subsiste aujourd'hui. accolee a l'edifice, la petite chapelle oraculaire de cleopatre vii presente encore un reposoir de barque factice dedie a lis le peuple, non admis dans le perimetre sacre des temples, pouvait l'apercevoir depuis l'exterieur quand on ouvrait les vantaux des portes et interroger son oracle.
geb, dieu-ancetre des espaces souterrains, est ici l'etre masculin qui a engendre les dieux du mythe osirien. pere d'isis, il est egalement "prince des dieux". a coptos, le fidele est exhorte a craindre la divinite qui se pose en justicier des litiges humains. sa puissance s'etend sur le ciel, la terre, l'autre-monde, les eaux, les villes et les regions il fait croitre le sol, engloutit les defunts; c'est sobek, le dieu crocodile souverain du fleuve.

la procession divine

tous les dix jours, lors des fetes dites decadaires, les pretres, et parfois pharaon lui-meme, sortaient du grand temple la statue voilee de min sur son pavois et se dirigeaient en procession a travers le netjery chema vers la necropole divine au sud du sanctuaire. la, par sa presence, la divinite regenerait les dieux anciens et les defunts divinises, assurant ainsi la protection des vivants.

la cite religieuse la necropole des bienheureux

l'espace funeraire

les religieux, charges de la statue de min voile, arrivaient cri procession sur une tombe mythique de la divinite, consideree comme un roi defunt. dans un rituel melant fumigations, libations d'eau et offrandes, min redonnait vie a son pere a la fois, osiris et min lui-meme et, par consequent, a tous les defunts de la necropole.
la necropole divine s'etendait, au sud du sanctuaire, entre les deux enceintes et sur le parvis exterieur.
des tombeaux, aux parois parfois peintes, refermaient des steles et des sarcophages. l'un appartenait a un notable coptite, nesmin, probablement chef du clerge de min et charge, comme son pere irtyertja, du culte du pharaon nectanebo 11. nesmin, ainsi que d'autres defunts de la necropole sont qualifies de hesy, terme qu'a l'epoque tardive on peut a la fois traduire par "grands loues" et par "humidifies" (ou asperges): ces bienheureux avaient donc, sans doute, le privilege d'une halte de la procession conduite par min et d'une libation divine.

la maison des palmyreniens

sur le parvis de l'enceinte sacree, un edifice d'epoque romaine, constitue d'un vestibule avec annexes et d'une grande salle dont un mur conservait une peinture murale elaboree, fut degage en 1911 dans un etat de conservation exceptionnel. deux niches menagees dans ce mur abritaient les douze steles dites "des palmyreniens de coptos", aujourd'hui reparties entre le musee du cake et le musee des beaux-arts de lyon.
l'iconographie de ces steles deux personnages masculins de face, figures a mi-buste, le crane le plus souvent rase, tenant une guirlande et une palme dans les mains, de meme que la facture particuliere pour l'art egyptien, suscitent encore des controverses quant a l'identification des personnages. la localisation du monument dans un espace sepulcral, la presence d'autels et certaines references au domaine funeraire (infimes traces de dorure sur un visage et representation de guirlandes et de palmes) amenent aujourd'hui a reconnaitre dans la "maison des palmyreniens" la chapelle funeraire d'une association religieuse.
la cite economique coptos, entre orient et occident

coptos et le wadi hammamat

selon la legende, des forces divines agiterent, il y a fort longtemps, l'ecorce terrestre du desert oriental egyptien donnant ainsi naissance a de merveilleuses richesses minerales breche verte et greyhacke du wadi hammamat, granit rose du wadi fawakhir, gabbro, serpentinite et steatite, marbre, grenat, olivineÉ et filons de quartz aurifere.
tous ces materiaux, ainsi que ceux, comme l'obsidienne, achemines depuis des regions lointaines vers les cotes de la mer rouge, transitaient par coptos, veritable comptoir mineral de haute-egypte. de la, les matieres premieres sont expediees dans toute l'egypte. min de coptos est, de ce fait, le protecteur des carrieres et des expeditions.

ces ressources attirent tres tot l'interet des pharaons qui, des l'ancien empire, organisent de grandes expeditions au depart de coptos dans le but d'extraire les precieux mineraux. au moyen empire, 17000 ouvriers, sans compter les princes, les notables, le personnel administratif, les ouvriers specialises, des militaires et les equipes chargees du ravitaillement partent extraire dans le wadi hammamat, la pierre de bekhen (ou greyhacke), sorte de schiste greseux, tres dur, au grain exceptionnellement fin, tres appreciee en sculpture. a la fin du nouvel empire, une expedition regroupe 8368 personnes, dont pres de 900 ne reviennent pas, victimes des terribles conditions de travail dans le desert. "l'or des montagnes de coptos" semble alors particulierement prise, mais compare aux productions de nubie, son apport reste relativement marginal.
a partir de la periode ptolemaique, la creation de ports sur la mer rouge, permettant l'acces de l'egypte au commerce international, densifie l'activite dans le desert oriental.

coptos porte du commerce oriental la conquete de l'egypte en 30 avantj.-c., ouvre a rome la porte de l'orient. les nouveaux pharaons-empereurs cherchent a restaurer la puissance economique du pays l'egypte devient alors le "grenier a ble" de l'empire et une plaque tournante entre orient et occident. soie de chine, ivoire, pierres precieuses, ivoire d'elephant, aromatesÉ arrivent par bateau, depuis l'arabie et l'inde lointaine, vers les ports de myos hormos (actuelle qoseir) et de berenice sur la mer rouge; rome exporte du vin et des produits manufactures. entre alexandrie sur la cote mediterraneenne et les ports de la mer rouge, les negociants empruntent le nil et les routes caravanieres du desert oriental coptos, par sa situation geographique, est au carrefour de ce transit international. au iersiecle de notre ere, le trafic, sous le controle de societes marchandes installees en egypte, atteint son apogee. vers le iiesiecle, les routes sont jalonnees de tours et de forts militaires. d'exceptionnels documents preserves par la secheresse du climat egyptien (notamment la correspondance) apportent de precieuses informations sur la vie quotidienne a cette epoque.

coptos apparait, selon le geographe grec strabon, comme l'un des grands comptoirs commerciaux (emporion) de l'egypte. autour du perimetre sacre des temples, s'activait donc une population cosmopolite ou se melaient religieux, soldats, negociants et artisans. les fouilles de 1911 ont en effet montre que coptos fabriquait et diffusait, a l'epoque romaine, de la vaisselle et des figurines en terre cuite, peut-etre aussi du verre, retrouves dans des quantites jamais egalees jusqu'ici sur un site.
coptos, metropole chretienne

le declin de l'empire romain porte un coup fatal a coptos. jusqu'alors florissante, grace notamment a la prosperite du commerce international, la cite est victime de l'agitation qui trouble la haute-egypte a la fm du 111e s.a deux reprises, coptos, revoltee contre le pouvoir imperial, est durement reprimee et meme, peut-etre, detruite par l'empereur diocletien, en 290, ce que confirmeraient les traces d'incendie et la fortification du site relevees lors des fouilles.
coptos sort tres affaiblie de ces conflits, d'autant plus que le trafic commercial, en forte baisse, ne transite plus par ses quais. les ressources naturelles de la region permettent toutefois a la ville d'entretenir une certaine prosperite exploitation de l'or et des mineraux du desert oriental, culture extensive de plantes potageres et de la vigne (le vin de coptos etait renomme au 111e s.), industrie textileÉ

au ives., coptos reste une grande metropole religieuse, mais chretienne desormais. les edifices cultuels urbains (une eglise et son baptistere) et environnants temoignent de la vivacite de la nouvelle croyance. l'autorite de l'eveque - le premier atteste participe au concile de nicee en 325 - deborde largement le cadre du diocese. coptos est a la fin du vie s.un centre chretien renomme, du fait notamment de la personnalite de l'eveque pisenthios (569-632); ses archives - sur papyrus et ostraca (fragments de ceramique ou de calcaire utilises comme support d'ecriture) - apportent d'inestimables informations sur la vie de ce venerable saint des eglises copte et ethiopienne.

sous la domination arabe, la cite voit son importance decroitre au profit de la ville voisine de qus. coptos sombre alors peu a peu dans l'oubli, jusqu'a ce que des egyptologues passionnes la rappellent au souvenir de l'histoire.
informations pratiques

l'exposition a lieu du 3fevrier au 7mai 2000 dans l'espace des expositions temporaires du musee, entree rue edouard herriot.

jours et heures d'ouverture:

l'exposition et le musee sont ouverts tous les jours sauf le mardi, de 10h30 a 18heures acces handicapes par le 17 place des terreaux.

tarifs:

entree plein tarif: 25f, tarif reduit: 13f (etudiants, collectivites, familles nombreuses) le billet d'entree a l'exposition ne donne pas acces aux collections permanentes.
gratuite: moins de 18 ans, chomeurs, employes ville de lyon.

stationnement: parking des terreaux et parking hotel de ville.
metro: lignes a et c station hotel de ville-louis pradel.
bus: lignes 1,3,6, 13, 19,40,44.