La nécropole royale d’Abu Rawash Égypte

Michel Baud, égyptologue, Paris, directeur de la mission archéologique « Nécropole d’Abu Rawash »

www.egypt.edu : civilisation de l’Égypte ancienne et contemporaine

La nécropole royale d’Abu Rawash règne de Rêdjedef, IVe dynastie, vers 2550 avant J.-C. Connue depuis près d’un siècle et demi (Lepsius, 1843), la nécropole d’Abu Rawash est largement ignorée des spécialistes et, sans surprise, inconnue du grand public. Fouillée et étudiée de manière décousue dans la première moitié du XXe siècle, laissée en marge des études thématiques qui ont pourtant profondément renouvelé, depuis cette date, la connaissance de l’art et l’architecture funéraires de l’Égypte du IIIe millénaire avant J.-C., sa véritable nature vient tout juste d’être élucidée. C’est le résultat du travail d’une petite équipe dirigée par Michel Baud, unissant la logistique de l’Institut français d’archéologie orientale et les financements privés drainés par une association créée à cet effet, Narmer - Nécropole d’Abu Rawash, mission d’étude et de recherche. Au terme de nos quatre premières saisons de fouille, nous avons pu démontrer que le cimetière en question, planifié, possède un caractère royal, et qu’il accueillit l’élite du fils et successeur de Khéops, le pharaon Rêdjedef (vers 2550 avant J.-C.), dont la pyramide est située non loin. Celle-ci est fouillée, depuis 1995, par une mission de l’université de Genève et l’Ifao, dirigée par Michel Valloggia.

Un site memphite de la IVe dynastie L’élément d’une chaîne Abu Rawash fait partie de la grande nécropole de Memphis, capitale de l’Ancien Empire - période qui correspond aux IIIe-VIe dynasties (vers 2650-2200 avant J.-C.). Gîza, Saqqara et Dahchour, entre autres, font partie de ce vaste ensemble discontinu, installé en bordure du plateau désertique occidental qui domine la vallée du Nil. Le choix d’un site Abu Rawash est le site le plus septentrional de cet archipel funéraire de pyramides royales et de tombeaux d’élite. C’est là, à 8 kilomètres au nord des pyramides de Gîza, c’est-à-dire déjà dans le Delta, que Rêdjedef décida d’implanter sa nécropole [fig. 1]. Après son grand-père Snéfrou, fondateur de la IVe dynastie, qui choisit successivement Meïdoum et Dahchour, après son père Khéops qui installa sa pyramide à Gîza, Rêdjedef s’inscrit donc dans une tradition pour laquelle le repos éternel du monarque rime avec une installation dans un site vierge, ou déserté depuis longtemps. Le couple pyramide-nécropole Le gebel El-Madawarah, plateau assez élevé et découpé en multiples collines, convenait à un tel projet. Rêdjedef choisit une butte élevée (alt. 160 m) et assez éloignée du Nil pour accueillir sa pyramide, tandis qu’une colline plus basse (alt. 80 à 40 m), limitrophe des terres cultivées, fut destinée aux tombeaux de ses descendants et hauts fonctionnaires [fig. 2]. Par cette séparation relative, le roi suit le modèle de Snéfrou à Meïdoum et Dahchour, alors que Khéops avait installé les grands de son règne aux abords immédiats de sa pyramide. Dans tous les cas cependant, même à Abu Rawash oò un kilomètre et demi séparent les deux sites, c’est bien d’une entité unique dont il s’agit : le roi et sa cour, même maintenus à distance raisonnable, restent unis dans l’au-delà [fig. 3].

fig. 1 : vue aérienne de la nécropole en 1994. Le nord est en bas à droite.

Pyramide rouge Pyramide rhomboïdale

Nécropole centrale Kanefer Nécropoles nord Nécropole sud De Morgan I-VI 1. Snéfrou (Dahchour) : unités séparées, distantes de la pyramide 0 1 km

2. Khéops : unités séparées,3. Rêdjedef : nécropole unique, 4. Khéphren : nécropole périphériques à la pyramide distante de la pyramide unique, dist. intermédiaire fig. 3 : modèles de nécropoles royales à la IVe dynastie

Pourquoi une nouvelle fouille ?

Un vide étonnant Alors que les études sur l’Ancien Empire et la nécropole memphite ont été profondément renouvelées ces vingt dernières années, les tombes d’Abu Rawash sont restées en dehors du domaine d’investigation des spécialistes. L’état des travaux en est le premier responsable. Aucune fouille n’a eu lieu depuis... 1931. Les brèves missions de Chassinat (1901), Montet (1913) et Kuentz (1931) n’ont jamais donné lieu à publication. Seul Bisson de la Roque, qui a opéré un dégagement systématique dans la partie nord du cimetière (1922-1924), a laissé deux rapports conséquents, quoique très insuffisamment documentés par rapport à nos canons actuels. Autre responsable du silence des spécialistes, l’état - apparent - de la nécropole. Réserve locale de pierres à bâtir pendant des siècles, les tombeaux ont été largement dépouillés de leur revêtement et, dans le même mouvement, leur décoration a été ravagée. Mais combien de nécropoles contemporaines n’ont-elles pas subi le même sort, à commencer par la grande sœur, Gîza ? N’y a-t-on pas trouvé, malgré tout, belle matière à étude ? Des certitudes erronées Abu Rawash n’a pas seulement été une nécropole quasiment oubliée. Quelques phrases définitives à son sujet ont achevé de la chasser, pour plusieurs décennies, hors la nécropole royale memphite. Sa date ? Impossible de la fixer à la IVe dynastie a-t-on écrit, les restes de décoration des tombeaux étant prétendument plus récents. La fin de l’Ancien Empire s’est alors peu à peu imposée. Qu’importe si l’architecture pouvait en décider autrement, sans même mentionner la céramique, dont le sort était, alors, de finir plus volontiers dans les déblais de fouille que dans les planches des publications. Son caractère royal ? Il serait à écarter, en raison de la trop grande variété des tombeaux, signe d’une absence de planification. On a donc émis l’idée qu’il ne pouvait s’agir que d’une nécropole provinciale, vraisemblablement liée à la ville voisine de Létopolis. La relation à la pyramide voisine de Rêdjedef, pourtant si évidente de prime abord, s’en trouvait écartée.

La mission archéologique « Nécropole d’Abu Rawash »

Un partenariat Ifao-Narmer Grâce à l’appui de Bernard Mathieu, directeur de l’Institut français d’archéologie orientale, et celui de son prédécesseur, Nicolas Grimal, une nouvelle mission a pu être mise sur pied dans le courant de l’année 2000. Dirigée par Michel Baud (égyptologue, Paris), qui assure en particulier la cartographie du site, elle est constituée d’une petite équipe dynamique dont les membres sont, chacun, chargés d’un sujet d’étude particulier : étude des procédés constructifs et de la structure des mastabas par Dominique Farout (égyptologue, Paris) et Olivier Lavigne (compagnon tailleur de pierre, Nantes et Le Caire) ; analyse de la céramique par Nadine Moeller (céramologue et archéologue, Cambridge et Oxford) ; étude et classement du matériel archéologique par Aurélie Schenk (archéologue, Lausanne) ; analyse des reliefs par Yannis Gourdon (égyptologue, Lyon); photographies par Olivier Cabon (photographe et spécialiste multimédia, Paris). Plusieurs techniciens de l’Ifao sont intervenus sur le site, Abeyd Mahmoud Hamed (restaurateur), Sylvie Marchand (céramologue), Damien Laisney (topographe), Mohammed Gaber (technicien théodolite), Alain Lecler (photographe). Sous la direction du raïs Mohammed Hassan, une équipe d’une douzaine d’ouvriers de Louxor procède aux

dégagements de terrain. Habituée des chantiers de l’Ifao, cette équipe très entraînée comporte trois spécialistes chevronnés, Elgahlan Saïd, Taiea Mohammed et Islam Mohammed Hassan. Le conseil suprême des Antiquités égyptiennes est représenté, depuis la saison 2004, par les membres d’un inspectorat nouvellement construit à Abu Rawash-ville. L’aide apportée par son représentant sur le site, Ibrahim Abd el-Hamid Taeia, ainsi que celle du directeur de la zone de Gîza, Adel Hussein, a été essentielle. Le financement Dans un contexte financier morose pour la recherche publique, les fonds destinés au financement du projet devaient provenir de donations d’entreprises, de fondations et de particuliers. Nicolas Grimal, à nouveau, et plus récemment Jean-François Rousseau (coaching d’entreprise, président de l’association Per-nébou d’aide à l’archéologie en Égypte) et Caroline Bresson (chambre de Commerce de Paris), ont permis, par leur énergie et leurs relations, de rassembler une bonne partie des sommes nécessaires. La fondation Michela Schiff-Giorgini, le comité d’entreprise de Cisco Systems, Oriensce Voyages, Khéops-égyptologie, le club d’Affaires franco-égyptien du Caire, ont contribué à notre financement, ainsi que de généreux donateurs privés.

Premiers résultats, saisons 2001 à 200 Objectifs initiaux : cartographie et datation La première saison, très brève, a permis d’évaluer plus précisément les potentialités du site et d’en commencer le relevé cartographique (avril 2001). Celui-ci a été achevé l’année suivante dans ses grandes lignes, alors que commençait la fouille individuelle de tombeaux susceptibles de livrer des informations capitales sur la date et le caractère de la nécropole. À ce jour, nous en avons partiellement dégagé quatre, baptisés F 37, 38, 40 et 48 dans la continuité de la numérotation de Bisson. Notre objectif prioritaire a été de collecter tous les critères de datation possibles et d’examiner, malgré leur variété, les points communs qui pouvaient unir ces structures - toutes évidemment de type mastaba (litt. « banquette » en arabe), vastes tombeaux rectangulaires pleins, dotés, en superstructure, d’une petite chapelle de culte, et percés de deux puits funéraires conduisant, en substructure, au (x) caveau (x). Une nécropole planifiée La carte d’ensemble présente une cohérence digne d’une nécropole planifiée [fig. 4]. Une cinquantaine de mastabas est désormais répertoriée, mais chaque saison permet d’en identifier de nouveaux, aussi détruits soient-ils ; certains ont même été emportés par les carrières périphériques au site qui se sont développées au XIXe siècle. Qu’importe leur état : ils viennent renforcer les alignements déjà reconnus sur le terrain, rangées de mastabas séparées par autant de « rues ». Des mastabas imposants Les plus grands tombeaux, qui développent une façade de 50 m (F 37 : fig. 5-6 ; F19 : fig. 7 ; F 7 et 13), sont d’une taille caractéristique des mastabas d’élite de la IVe dynastie. La masse imposante des blocs du mur interne, sorte de ceinture devant laquelle le revêtement était monté et qui contenait la masse « litée » de la structure, est caractéristique de la première moitié de l’Ancien Empire.

Des chapelles caractéristiques Le constat est identique pour le plan des « chapelles », c’est-à-dire des pièces de stockage et de desserte des offrandes installées en superstructure, dans la partie méridionale des tombeaux. La pièce principale, la seule à se trouver dans la masse du mastaba à cette époque, est étirée dans le sens nord-sud : c’est, avec son entrée, le fameux plan en « L » qui domine sans partage sous la IVe dynastie à Gîza, et qui est connu jusqu’au début de la dynastie suivante (F 37 : fig. 8-9 ; F 40 : fig. 10 ; F 48 : fig. 11-12). Comme à Gîza d’ailleurs, ce dispositif simple est complété par une série de pièces extérieures en briques crues, ce que l’on appelle communément la « chapelle extérieure ». Céramique et chronologie C’est généralement dans ces installations-ci que l’on retrouve, en quantités, les céramiques qui ont servi à alimenter le culte : jarres à bière, moules à pains, bols fins de présentation des aliments, aiguières, vaisselle miniature... Quoique tous ces types ne permettent pas encore, en l’état des études de céramologie portant sur l’Ancien Empire, de proposer une datation toujours fine, les tessons prélevés jusqu’ici (F 37, 40 et 48) portent, à nouveau, la marque de la IVe dynastie pour les types les mieux définis chronologiquement. L’identification - épineuse - des propriétaires L’étude des monuments inscrits provenant certainement ou probablement du site, dans le même temps, a permis d’avancer sur la question difficile de l’identification des propriétaires de tombeaux, faute de textes découverts en nombre suffisant. La décoration des tombeaux, mise à mal par des générations de démolisseurs et de pillards, est en effet très insuffisante et complexe à interpréter. Les fils de Rêdjedef À ce jour, deux fils royaux sont néanmoins identifiés. Le premier, Nykaou-Rêdjedef (mastaba F 15), découvert par Bisson, avait vu sa parenté royale rapidement contestée. Rien n’est plus inexact, le personnage portant des titres de cour - dont la direction du palais ah - tout à fait caractéristiques des princes du sang à l’époque des Grandes Pyramides. Le second, Hornit, est connu par un fragment de table d’offrandes passé totalement inaperçu dans la publication de Bisson [fig. 13]. Ce personnage est pourtant bien connu comme fils de Rêdjedef, puis-qu’il a laissé au moins deux statues dans le temple de la pyramide de son père. Le fragment provenant du tombeau F 13, un des plus grands de la nécropole, sa dernière demeure s’en trouve identifiée avec une très forte présomption. Une statue sans provenance d’un autre prince, Bakai, lui aussi attesté à la pyramide, enrichit ce corpus. Les caractéristiques de cette statue (conservée au musée du Caire) montrent qu’il s’agit d’un monument destiné à une tombe et non au temple paternel : sa provenance de l’un des mastabas d’Abu Rawash est donc plus que probable. Conclusions préliminaires L’ensemble de ces critères convergents, tant dans la date que dans l’identification des propriétaires, ne laissaient plus aucun doute sur le caractère royal de la nécropole et sur son lien avec le roi Rêdjedef. Ces premiers résultats ont été publiés, en détail, dans un article de synthèse du Bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale (Bifao), tome 103, 2003, p. 17-71.

0 2 10 m salle à piliers (Bisson) fig. 7 : plan du mastaba F19. Noter la présence de deux chapelles, d’oò le nom de « twin-mastaba » ou « mastaba-jumeau ».

fig. 8 : vue de la chapelle sud du mastaba F 37.

d’après la photographie in: Bisson, Fifao 2, pl. 30.2 (n 445)

Et à l’ouest ? La saison 2004 et le mastaba F 4 Un nouvel objectif : évaluer l’ampleur de la planification royale Ces résultats ont donc été bâtis sur un réexamen des travaux de Bisson, concernant la partie nord du site, et sur nos propres fouilles dans trois mastabas installés au sud-est de la nécropole (F 37, 38 et 40). Il était apparent, tant au nord qu’au sud, que les rangées orientales, occupées par les plus grands monuments, avaient accueilli les occupants les plus prestigieux et les plus « anciens », en termes de chronologie relative. Toute nécropole, royale ou non, possède souvent une longue durée de vie. Après la planification première, de nouvelles tombes s’incrustent dans le tissu préexistant à des dates variées, ou se développent en de nouveaux « quartiers » à sa périphérie. Une chronologie longue est un fait avéré à Abu Rawash, au moins dans la partie nord du site. Mais qu’en est-il au sud, oò la plupart des mastabas n’a jamais fait l’objet de fouilles archéologiques ? La rangée la plus occidentale, en particulier, qui serait la plus récente de la zone, appartient-elle encore à la planification initiale, ou est-elle à mettre sur le compte d’une extension consécutive à la première installation, ou sur celui d’une réoccupation postérieure ? Derrière cette question, c’est évidemment l’évaluation de l’étendue du « premier noyau » de tombes qui est en jeu. Première surprise : une chapelle décorée... Cette saison 2004 restera, pour tous les participants du chantier, une année faste. D’abord parce que le nouveau mastaba « testé », F 48, a livré les premiers reliefs en place de la nécropole, dans une petite chapelle intérieure au plan en « L » - encore une de ce type [fig. 14]. Outre une belle entrée décorée de la représentation du couple assis, attablé face à des prêtres en récitation, il reste suffisamment d’éléments dans la salle principale pour en définir le programme décoratif, qui pourra être complété avec les 260 fragments découverts dans les déblais. Le nom du propriétaire n’est pas encore connu, mais quelques morceaux de reliefs devraient pouvoir aider à l’identifier. Des fragments de ses titres subsistent, tous de lecture difficile. L’un d’eux, « directeur de ceux qui sont dans la phylé », est en relation avec le complexe funéraire royal et caractérise un fonctionnaire de la strate inférieure de l’élite. ... de la date attendue ! Pour le spécialiste en iconographie, les critères - forme des pains, coussins de chaise, type de perruque, attitudes des protagonistes... - convergent pour fixer une date au milieu de la IVe dynastie [fig. 15]. S’y trouvent mêlés des éléments caractéristiques de la première moitié de la IVe dynastie, en particulier du règne de Khéops, et des critères qui deviendront caractéristiques de la période suivante, poussant jusqu’au milieu de la Ve dynastie. Une décoration de « transition » donc, qui témoigne du fait que le règne de Rêdjedef représenta bien une période d’innovation dans le domaine de l’art du relief. Bien d’autres éléments révélés par nos fouilles le démontrent également, en particulier dans le mastaba F 37. Cette tombe possède vraisemblablement une des premières grandes listes d’offrandes disposées dans un tableau d’une centaine d’éléments, arrangés dans un ordre défini qui deviendra canonique pour le reste de l’Ancien Empire [fig. 16]. Remontage express Dans un contexte oò les pillages restent monnaie courante - nous en constatons chaque année sur le site - il a fallu protéger la chapelle aussi bien et aussi vite que possible. La dernière semaine, une course contre la montre fut donc engagée. Sous la conduite du raïs Mohammed Hassan, un homme d’une énergie peu commune, tout fut réalisé en quatre jours seulement. À dos d’homme, puisque la nécropole n’est pas accessible aux véhicules, ce sont rien moins que trois tonnes de ciment, autant de sable, une tonne de gravier, des centaines de litres d’eau et cinq cent kilos de fers à béton qui ont été montés sur un chemin escarpé haut de 40 mètres. La reconstruction elle-même, pilotée par Abeyd Mahmoud, Dominique Farout et Olivier Lavigne, a consisté à remonter les murs jusqu’à une hauteur de 2,30 m, en une sorte de ceinture établie sur les solides « backing-stones » de la chapelle, c’est-à-dire en arrière des blocs de calcaire fin, trop fragiles pour accueillir une telle structure [fig. 17]. Là oò le mur d’origine était entièrement rasé (côté est et, en partie, sud), c’est l’ensemble de cette hauteur qu’il a fallu bâtir, sur une épaisseur de 80 cm et avec des blocs de calcaire dur pour en assurer la solidité. Pour être aussi inviolable que possible, l’entrée du bâtiment a été murée. L’intérieur de la chapelle a ensuite été rempli de gravats fins et de sable, jusqu’au sommet de la nouvelle construction, et c’est sur ce remplissage qu’a été installé un treillis métallique coulé dans le béton pour former toiture [fig. 18]. Grâce à l’association Per-nébou et au Club d’affaires franco-égyptien, la reconstruction a été entièrement financée, dans l’urgence, par de généreux donateurs.

Seconde surprise : une colonie de musaraignes Autour de la chapelle décorée du mastaba F 48, dans des couches de rejet remaniées dont la provenance initiale est sans doute le puits funéraire sud de la tombe, nous attendait une autre surprise : un cimetière de petits animaux momifiés, datant vraisemblablement de l’époque ptolémaïque ou romaine [fig. 19]. Plus d’un millier de momies, essentiellement des musaraignes (dont 5 000 crânes ont été comptés par ailleurs !), mais aussi des oiseaux - ou plus exactement des bouquets de plumes - des reptiles, chats, chiens... Plusieurs fragments de petits sarcophages en bois ont été découverts. L’un d’eux était destiné à un serpent, comme le montre son contenu, le squelette du reptile, et la représentation de l’animal en relief sur la face supérieure [fig. 20]. Un minuscule sarcophage en bronze de musaraigne portait, lui, la représentation de l’animal en ronde-bosse [fig. 21]. Le matériel mis au jour compte aussi des statuettes en bronze de divinité (Horus, Osiris), une petite tête humaine en calcaire [fig. 22], un morceau de cartonnage de momie humaine, des fragments de papyrus... À suivre... Nous espérons, malgré le petit nombre des saisons de fouille, avoir démontré les potentialités du site pour la reconstitution de l’histoire des nécropoles memphites d’Ancien Empire, et surtout, avoir prouvé à quel point l’oubli de ce cimetière, dans la recherche historique, était immérité. La présence de momies de musaraignes permet à présent d’élargir notre champ d’investigation aux cultes animaliers du premier millénaire avant J.-C., dont les grandes galeries rupestres du Ouadi Qaren, vallée voisine de la nécropole, témoignent aussi. Musaraignes et dieu faucon faisant bon ménage, l’Horus de la proche Létopolis (la moderne Kôm Ausim) devient le candidat naturel auquel ces petits animaux auraient été consacrés. Létopolis, d’ailleurs, pourrait bien, malgré l’écart des millénaires, faire le lien entre la nécropole royale de la IVe dynastie et ce cimetière d’animaux. Les vizirs de Khéops et de ses successeurs immédiats, systématiquement choisis parmi les fils royaux, portaient parfois la prêtrise du faucon momifié de cette capitale de nome, signalant l’importance de ce site pour la monarchie. Des fils royaux, un dieu-faucon, des musaraignes... Aidez-nous ! Nos moyens financiers sont limités. Nos travaux vous intéressent et vous vous sentez l’âme d’un sponsor, ou vous souhaitez nous aider d’une manière quelconque ? N’hésitez pas à nous contacter : Michel Baud, association Narmer : michel.baudategypt.edu ; Jean-François Rousseau, association Per-nébou : jean-francois.rousseauategypt.edu.

Bibliographie sélective sur Abu Rawash

La nécropole M. Baud, D. Farout, Y. Gourdon, N. Moeller, A. Schenk, « Le cimetière F d’Abu Rawash, nécropole royale de Rêdjedef (IVe dynastie) », Bifao 103, 2003, p. 17-71. F. Bisson de la Roque, « Rapport sur les fouilles d’Abou-Roasch », Fifao 1, 1924 et 2, 1925. La pyramide M. Jones, « A Roman Station at Abu Rawash », MDAIK 52, 1996, p. 251-262. V. Maragioglio et C. Rinaldi, L’architettura delle Piramidi MenŞte, vol. V. S. Marchand, « La forge d’Abou Rawash », BCE 21, 2000, p. 23-35. S. Marchand, M. Baud, « La céramique miniature d’Abou Rawash. Un dépôt à l’entrée des enclos orientaux », Bifao 96, 1996, p. 255-288. M. Valloggia, « Fouilles archéologiques à Abu Rawash (Égypte), rapport préliminaire », à partir de Genava 43, 1995. M. Valloggia, Au cœur d’une pyramide. Une mission archéologique en Égypte, exposition au musée de Lausanne-Vidy, Lausanne, 2001. Autres monuments de la zone M. Jones, « A New Old Kingdom Settlement Near Ausim », MDAIK 51, 1995, p. 85-98. M. Jones, « El-Deir el-Nahya », BSAC 34, 1995, p. 33-51. A. Klasens, « The excavations of the Leiden Museum of Antiquities at Abu-Roash », rapport annuel de Omro 38, 1957, à Omro 41, 1960. P. Montet, « Tombeaux de la Ireet de la IVedynasties à Abou-Roach », Kêmi 7, 1938, p. 11-69 ; Kêmi 8, 1946, p. 157-227. N. Swelim, The Brick Pyramid at Abu Rawash Number « I» by Lepsius, 1987. J. Van Wetering, P. Haanen, « Objects from the Dutch excavations at Abu Rawash », in M. Eldamaty et M. Trad (éd.), Egyptian Museum Collections around the World, Le Caire, 2002, p. 1178-1179.
 
la necropole royale d'abu rawash egypte

michel baud, egyptologue, paris, directeur de la mission archeologique "necropole d'abu rawash"

www.egypt.edu: civilisation de l'egypte ancienne et contemporaine

la necropole royale d'abu rawash regne de redjedef, ive dynastie, vers 2550 avant j.-c. connue depuis pres d'un siecle et demi (lepsius, 1843), la necropole d'abu rawash est largement ignoree des specialistes et, sans surprise, inconnue du grand public. fouillee et etudiee de maniere decousue dans la premiere moitie du xxe siecle, laissee en marge des etudes thematiques qui ont pourtant profondement renouvele, depuis cette date, la connaissance de l'art et l'architecture funeraires de l'egypte du iiie millenaire avant j.-c., sa veritable nature vient tout juste d'etre elucidee. c'est le resultat du travail d'une petite equipe dirigee par michel baud, unissant la logistique de l'institut francais d'archeologie orientale et les financements prives draines par une association creee a cet effet, narmer - necropole d'abu rawash, mission d'etude et de recherche. au terme de nos quatre premieres saisons de fouille, nous avons pu demontrer que le cimetiere en question, planifie, possede un caractere royal, et qu'il accueillit l'elite du fils et successeur de kheops, le pharaon redjedef (vers 2550 avant j.-c.), dont la pyramide est situee non loin. celle-ci est fouillee, depuis 1995, par une mission de l'universite de geneve et l'ifao, dirigee par michel valloggia.

un site memphite de la ive dynastie l'element d'une chaine abu rawash fait partie de la grande necropole de memphis, capitale de l'ancien empire - periode qui correspond aux iiie-vie dynasties (vers 2650-2200 avant j.-c.). giza, saqqara et dahchour, entre autres, font partie de ce vaste ensemble discontinu, installe en bordure du plateau desertique occidental qui domine la vallee du nil. le choix d'un site abu rawash est le site le plus septentrional de cet archipel funeraire de pyramides royales et de tombeaux d'elite. c'est la, a 8 kilometres au nord des pyramides de giza, c'est-a-dire deja dans le delta, que redjedef decida d'implanter sa necropole [fig. 1]. apres son grand-pere snefrou, fondateur de la ive dynastie, qui choisit successivement meidoum et dahchour, apres son pere kheops qui installa sa pyramide a giza, redjedef s'inscrit donc dans une tradition pour laquelle le repos eternel du monarque rime avec une installation dans un site vierge, ou deserte depuis longtemps. le couple pyramide-necropole le gebel el-madawarah, plateau assez eleve et decoupe en multiples collines, convenait a un tel projet. redjedef choisit une butte elevee (alt. 160 m) et assez eloignee du nil pour accueillir sa pyramide, tandis qu'une colline plus basse (alt. 80 a 40 m), limitrophe des terres cultivees, fut destinee aux tombeaux de ses descendants et hauts fonctionnaires [fig. 2]. par cette separation relative, le roi suit le modele de snefrou a meidoum et dahchour, alors que kheops avait installe les grands de son regne aux abords immediats de sa pyramide. dans tous les cas cependant, meme a abu rawash ou un kilometre et demi separent les deux sites, c'est bien d'une entite unique dont il s'agit: le roi et sa cour, meme maintenus a distance raisonnable, restent unis dans l'au-dela [fig. 3].

fig. 1: vue aerienne de la necropole en 1994. le nord est en bas a droite.

pyramide rouge pyramide rhomboidale

necropole centrale kanefer necropoles nord necropole sud de morgan i-vi 1. snefrou (dahchour): unites separees, distantes de la pyramide 0 1 km

2. kheops: unites separees,3. redjedef: necropole unique, 4. khephren: necropole peripheriques a la pyramide distante de la pyramide unique, dist. intermediaire fig. 3: modeles de necropoles royales a la ive dynastie

pourquoi une nouvelle fouille?

un vide etonnant alors que les etudes sur l'ancien empire et la necropole memphite ont ete profondement renouvelees ces vingt dernieres annees, les tombes d'abu rawash sont restees en dehors du domaine d'investigation des specialistes. l'etat des travaux en est le premier responsable. aucune fouille n'a eu lieu depuis... 1931. les breves missions de chassinat (1901), montet (1913) et kuentz (1931) n'ont jamais donne lieu a publication. seul bisson de la roque, qui a opere un degagement systematique dans la partie nord du cimetiere (1922-1924), a laisse deux rapports consequents, quoique tres insuffisamment documentes par rapport a nos canons actuels. autre responsable du silence des specialistes, l'etat - apparent - de la necropole. reserve locale de pierres a batir pendant des siecles, les tombeaux ont ete largement depouilles de leur revetement et, dans le meme mouvement, leur decoration a ete ravagee. mais combien de necropoles contemporaines n'ont-elles pas subi le meme sort, a commencer par la grande soeur, giza? n'y a-t-on pas trouve, malgre tout, belle matiere a etude? des certitudes erronees abu rawash n'a pas seulement ete une necropole quasiment oubliee. quelques phrases definitives a son sujet ont acheve de la chasser, pour plusieurs decennies, hors la necropole royale memphite. sa date? impossible de la fixer a la ive dynastie a-t-on ecrit, les restes de decoration des tombeaux etant pretendument plus recents. la fin de l'ancien empire s'est alors peu a peu imposee. qu'importe si l'architecture pouvait en decider autrement, sans meme mentionner la ceramique, dont le sort etait, alors, de finir plus volontiers dans les deblais de fouille que dans les planches des publications. son caractere royal? il serait a ecarter, en raison de la trop grande variete des tombeaux, signe d'une absence de planification. on a donc emis l'idee qu'il ne pouvait s'agir que d'une necropole provinciale, vraisemblablement liee a la ville voisine de letopolis. la relation a la pyramide voisine de redjedef, pourtant si evidente de prime abord, s'en trouvait ecartee.

la mission archeologique "necropole d'abu rawash"

un partenariat ifao-narmer grace a l'appui de bernard mathieu, directeur de l'institut francais d'archeologie orientale, et celui de son predecesseur, nicolas grimal, une nouvelle mission a pu etre mise sur pied dans le courant de l'annee 2000. dirigee par michel baud (egyptologue, paris), qui assure en particulier la cartographie du site, elle est constituee d'une petite equipe dynamique dont les membres sont, chacun, charges d'un sujet d'etude particulier: etude des procedes constructifs et de la structure des mastabas par dominique farout (egyptologue, paris) et olivier lavigne (compagnon tailleur de pierre, nantes et le caire); analyse de la ceramique par nadine moeller (ceramologue et archeologue, cambridge et oxford); etude et classement du materiel archeologique par aurelie schenk (archeologue, lausanne); analyse des reliefs par yannis gourdon (egyptologue, lyon); photographies par olivier cabon (photographe et specialiste multimedia, paris). plusieurs techniciens de l'ifao sont intervenus sur le site, abeyd mahmoud hamed (restaurateur), sylvie marchand (ceramologue), damien laisney (topographe), mohammed gaber (technicien theodolite), alain lecler (photographe). sous la direction du rais mohammed hassan, une equipe d'une douzaine d'ouvriers de louxor procede aux

degagements de terrain. habituee des chantiers de l'ifao, cette equipe tres entrainee comporte trois specialistes chevronnes, elgahlan said, taiea mohammed et islam mohammed hassan. le conseil supreme des antiquites egyptiennes est represente, depuis la saison 2004, par les membres d'un inspectorat nouvellement construit a abu rawash-ville. l'aide apportee par son representant sur le site, ibrahim abd el-hamid taeia, ainsi que celle du directeur de la zone de giza, adel hussein, a ete essentielle. le financement dans un contexte financier morose pour la recherche publique, les fonds destines au financement du projet devaient provenir de donations d'entreprises, de fondations et de particuliers. nicolas grimal, a nouveau, et plus recemment jean-francois rousseau (coaching d'entreprise, president de l'association per-nebou d'aide a l'archeologie en egypte) et caroline bresson (chambre de commerce de paris), ont permis, par leur energie et leurs relations, de rassembler une bonne partie des sommes necessaires. la fondation michela schiff-giorgini, le comite d'entreprise de cisco systems, oriensce voyages, kheops-egyptologie, le club d'affaires franco-egyptien du caire, ont contribue a notre financement, ainsi que de genereux donateurs prives.

premiers resultats, saisons 2001 a 200 objectifs initiaux: cartographie et datation la premiere saison, tres breve, a permis d'evaluer plus precisement les potentialites du site et d'en commencer le releve cartographique (avril 2001). celui-ci a ete acheve l'annee suivante dans ses grandes lignes, alors que commencait la fouille individuelle de tombeaux susceptibles de livrer des informations capitales sur la date et le caractere de la necropole. a ce jour, nous en avons partiellement degage quatre, baptises f 37, 38, 40 et 48 dans la continuite de la numerotation de bisson. notre objectif prioritaire a ete de collecter tous les criteres de datation possibles et d'examiner, malgre leur variete, les points communs qui pouvaient unir ces structures - toutes evidemment de type mastaba (litt. "banquette" en arabe), vastes tombeaux rectangulaires pleins, dotes, en superstructure, d'une petite chapelle de culte, et perces de deux puits funeraires conduisant, en substructure, au (x) caveau (x). une necropole planifiee la carte d'ensemble presente une coherence digne d'une necropole planifiee [fig. 4]. une cinquantaine de mastabas est desormais repertoriee, mais chaque saison permet d'en identifier de nouveaux, aussi detruits soient-ils; certains ont meme ete emportes par les carrieres peripheriques au site qui se sont developpees au xixe siecle. qu'importe leur etat: ils viennent renforcer les alignements deja reconnus sur le terrain, rangees de mastabas separees par autant de "rues". des mastabas imposants les plus grands tombeaux, qui developpent une facade de 50 m (f 37: fig. 5-6; f19: fig. 7; f 7 et 13), sont d'une taille caracteristique des mastabas d'elite de la ive dynastie. la masse imposante des blocs du mur interne, sorte de ceinture devant laquelle le revetement etait monte et qui contenait la masse "litee" de la structure, est caracteristique de la premiere moitie de l'ancien empire.

des chapelles caracteristiques le constat est identique pour le plan des "chapelles", c'est-a-dire des pieces de stockage et de desserte des offrandes installees en superstructure, dans la partie meridionale des tombeaux. la piece principale, la seule a se trouver dans la masse du mastaba a cette epoque, est etiree dans le sens nord-sud: c'est, avec son entree, le fameux plan en "l" qui domine sans partage sous la ive dynastie a giza, et qui est connu jusqu'au debut de la dynastie suivante (f 37: fig. 8-9; f 40: fig. 10; f 48: fig. 11-12). comme a giza d'ailleurs, ce dispositif simple est complete par une serie de pieces exterieures en briques crues, ce que l'on appelle communement la "chapelle exterieure". ceramique et chronologie c'est generalement dans ces installations-ci que l'on retrouve, en quantites, les ceramiques qui ont servi a alimenter le culte: jarres a biere, moules a pains, bols fins de presentation des aliments, aiguieres, vaisselle miniature... quoique tous ces types ne permettent pas encore, en l'etat des etudes de ceramologie portant sur l'ancien empire, de proposer une datation toujours fine, les tessons preleves jusqu'ici (f 37, 40 et 48) portent, a nouveau, la marque de la ive dynastie pour les types les mieux definis chronologiquement. l'identification - epineuse - des proprietaires l'etude des monuments inscrits provenant certainement ou probablement du site, dans le meme temps, a permis d'avancer sur la question difficile de l'identification des proprietaires de tombeaux, faute de textes decouverts en nombre suffisant. la decoration des tombeaux, mise a mal par des generations de demolisseurs et de pillards, est en effet tres insuffisante et complexe a interpreter. les fils de redjedef a ce jour, deux fils royaux sont neanmoins identifies. le premier, nykaou-redjedef (mastaba f 15), decouvert par bisson, avait vu sa parente royale rapidement contestee. rien n'est plus inexact, le personnage portant des titres de cour - dont la direction du palais ah - tout a fait caracteristiques des princes du sang a l'epoque des grandes pyramides. le second, hornit, est connu par un fragment de table d'offrandes passe totalement inapercu dans la publication de bisson [fig. 13]. ce personnage est pourtant bien connu comme fils de redjedef, puis-qu'il a laisse au moins deux statues dans le temple de la pyramide de son pere. le fragment provenant du tombeau f 13, un des plus grands de la necropole, sa derniere demeure s'en trouve identifiee avec une tres forte presomption. une statue sans provenance d'un autre prince, bakai, lui aussi atteste a la pyramide, enrichit ce corpus. les caracteristiques de cette statue (conservee au musee du caire) montrent qu'il s'agit d'un monument destine a une tombe et non au temple paternel: sa provenance de l'un des mastabas d'abu rawash est donc plus que probable. conclusions preliminaires l'ensemble de ces criteres convergents, tant dans la date que dans l'identification des proprietaires, ne laissaient plus aucun doute sur le caractere royal de la necropole et sur son lien avec le roi redjedef. ces premiers resultats ont ete publies, en detail, dans un article de synthese du bulletin de l'institut francais d'archeologie orientale (bifao), tome 103, 2003, p. 17-71.

0 2 10 m salle a piliers (bisson) fig. 7: plan du mastaba f19. noter la presence de deux chapelles, d'ou le nom de "twin-mastaba" ou "mastaba-jumeau".

fig. 8: vue de la chapelle sud du mastaba f 37.

d'apres la photographie in: bisson, fifao 2, pl. 30.2 (n 445)

et a l'ouest? la saison 2004 et le mastaba f 4 un nouvel objectif: evaluer l'ampleur de la planification royale ces resultats ont donc ete batis sur un reexamen des travaux de bisson, concernant la partie nord du site, et sur nos propres fouilles dans trois mastabas installes au sud-est de la necropole (f 37, 38 et 40). il etait apparent, tant au nord qu'au sud, que les rangees orientales, occupees par les plus grands monuments, avaient accueilli les occupants les plus prestigieux et les plus "anciens", en termes de chronologie relative. toute necropole, royale ou non, possede souvent une longue duree de vie. apres la planification premiere, de nouvelles tombes s'incrustent dans le tissu preexistant a des dates variees, ou se developpent en de nouveaux "quartiers" a sa peripherie. une chronologie longue est un fait avere a abu rawash, au moins dans la partie nord du site. mais qu'en est-il au sud, ou la plupart des mastabas n'a jamais fait l'objet de fouilles archeologiques? la rangee la plus occidentale, en particulier, qui serait la plus recente de la zone, appartient-elle encore a la planification initiale, ou est-elle a mettre sur le compte d'une extension consecutive a la premiere installation, ou sur celui d'une reoccupation posterieure? derriere cette question, c'est evidemment l'evaluation de l'etendue du "premier noyau" de tombes qui est en jeu. premiere surprise: une chapelle decoree... cette saison 2004 restera, pour tous les participants du chantier, une annee faste. d'abord parce que le nouveau mastaba "teste", f 48, a livre les premiers reliefs en place de la necropole, dans une petite chapelle interieure au plan en "l" - encore une de ce type [fig. 14]. outre une belle entree decoree de la representation du couple assis, attable face a des pretres en recitation, il reste suffisamment d'elements dans la salle principale pour en definir le programme decoratif, qui pourra etre complete avec les 260 fragments decouverts dans les deblais. le nom du proprietaire n'est pas encore connu, mais quelques morceaux de reliefs devraient pouvoir aider a l'identifier. des fragments de ses titres subsistent, tous de lecture difficile. l'un d'eux, "directeur de ceux qui sont dans la phyle", est en relation avec le complexe funeraire royal et caracterise un fonctionnaire de la strate inferieure de l'elite. ... de la date attendue! pour le specialiste en iconographie, les criteres - forme des pains, coussins de chaise, type de perruque, attitudes des protagonistes... - convergent pour fixer une date au milieu de la ive dynastie [fig. 15]. s'y trouvent meles des elements caracteristiques de la premiere moitie de la ive dynastie, en particulier du regne de kheops, et des criteres qui deviendront caracteristiques de la periode suivante, poussant jusqu'au milieu de la ve dynastie. une decoration de "transition" donc, qui temoigne du fait que le regne de redjedef representa bien une periode d'innovation dans le domaine de l'art du relief. bien d'autres elements reveles par nos fouilles le demontrent egalement, en particulier dans le mastaba f 37. cette tombe possede vraisemblablement une des premieres grandes listes d'offrandes disposees dans un tableau d'une centaine d'elements, arranges dans un ordre defini qui deviendra canonique pour le reste de l'ancien empire [fig. 16]. remontage express dans un contexte ou les pillages restent monnaie courante - nous en constatons chaque annee sur le site - il a fallu proteger la chapelle aussi bien et aussi vite que possible. la derniere semaine, une course contre la montre fut donc engagee. sous la conduite du rais mohammed hassan, un homme d'une energie peu commune, tout fut realise en quatre jours seulement. a dos d'homme, puisque la necropole n'est pas accessible aux vehicules, ce sont rien moins que trois tonnes de ciment, autant de sable, une tonne de gravier, des centaines de litres d'eau et cinq cent kilos de fers a beton qui ont ete montes sur un chemin escarpe haut de 40 metres. la reconstruction elle-meme, pilotee par abeyd mahmoud, dominique farout et olivier lavigne, a consiste a remonter les murs jusqu'a une hauteur de 2,30 m, en une sorte de ceinture etablie sur les solides "backing-stones" de la chapelle, c'est-a-dire en arriere des blocs de calcaire fin, trop fragiles pour accueillir une telle structure [fig. 17]. la ou le mur d'origine etait entierement rase (cote est et, en partie, sud), c'est l'ensemble de cette hauteur qu'il a fallu batir, sur une epaisseur de 80 cm et avec des blocs de calcaire dur pour en assurer la solidite. pour etre aussi inviolable que possible, l'entree du batiment a ete muree. l'interieur de la chapelle a ensuite ete rempli de gravats fins et de sable, jusqu'au sommet de la nouvelle construction, et c'est sur ce remplissage qu'a ete installe un treillis metallique coule dans le beton pour former toiture [fig. 18]. grace a l'association per-nebou et au club d'affaires franco-egyptien, la reconstruction a ete entierement financee, dans l'urgence, par de genereux donateurs.

seconde surprise: une colonie de musaraignes autour de la chapelle decoree du mastaba f 48, dans des couches de rejet remaniees dont la provenance initiale est sans doute le puits funeraire sud de la tombe, nous attendait une autre surprise: un cimetiere de petits animaux momifies, datant vraisemblablement de l'epoque ptolemaique ou romaine [fig. 19]. plus d'un millier de momies, essentiellement des musaraignes (dont 5 000 cranes ont ete comptes par ailleurs!), mais aussi des oiseaux - ou plus exactement des bouquets de plumes - des reptiles, chats, chiens... plusieurs fragments de petits sarcophages en bois ont ete decouverts. l'un d'eux etait destine a un serpent, comme le montre son contenu, le squelette du reptile, et la representation de l'animal en relief sur la face superieure [fig. 20]. un minuscule sarcophage en bronze de musaraigne portait, lui, la representation de l'animal en ronde-bosse [fig. 21]. le materiel mis au jour compte aussi des statuettes en bronze de divinite (horus, osiris), une petite tete humaine en calcaire [fig. 22], un morceau de cartonnage de momie humaine, des fragments de papyrus... a suivre... nous esperons, malgre le petit nombre des saisons de fouille, avoir demontre les potentialites du site pour la reconstitution de l'histoire des necropoles memphites d'ancien empire, et surtout, avoir prouve a quel point l'oubli de ce cimetiere, dans la recherche historique, etait immerite. la presence de momies de musaraignes permet a present d'elargir notre champ d'investigation aux cultes animaliers du premier millenaire avant j.-c., dont les grandes galeries rupestres du ouadi qaren, vallee voisine de la necropole, temoignent aussi. musaraignes et dieu faucon faisant bon menage, l'horus de la proche letopolis (la moderne kom ausim) devient le candidat naturel auquel ces petits animaux auraient ete consacres. letopolis, d'ailleurs, pourrait bien, malgre l'ecart des millenaires, faire le lien entre la necropole royale de la ive dynastie et ce cimetiere d'animaux. les vizirs de kheops et de ses successeurs immediats, systematiquement choisis parmi les fils royaux, portaient parfois la pretrise du faucon momifie de cette capitale de nome, signalant l'importance de ce site pour la monarchie. des fils royaux, un dieu-faucon, des musaraignes... aidez-nous! nos moyens financiers sont limites. nos travaux vous interessent et vous vous sentez l'ame d'un sponsor, ou vous souhaitez nous aider d'une maniere quelconque? n'hesitez pas a nous contacter: michel baud, association narmer: michel.baudategypt.edu; jean-francois rousseau, association per-nebou: jean-francois.rousseauategypt.edu.

bibliographie selective sur abu rawash

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