Nécropole d’Abu Rawash, saison 200

Ont participé à la mission, qui s’est déroulée du 27 mars au 29 avril 2004 : Michel Baud (chef de mission, égyptologue, Paris), Olivier Cabon (photographe, spécialiste multimédia, Paris), Dominique Farout (égyptologue, Paris), Yannis Gourdon (égyptologue, Lyon), Abeyd Mahmoud Hamed (restaurateur Ifao), Olivier Lavigne (spécialiste de la taille de la pierre, Nantes et Le Caire), Nadine Moeller (archéologue et céramologue, Cambridge), Jean-François Rousseau (informaticien, Meudon), Aurélie Schenk (archéologue, Lausanne). Le CSA était représenté par l’inspecteur Ibrahim Abd el-Hamid Taeïa, relevant du nouvel inspectorat d’Abu Rawash.

1. Aperçu des travaux Michel Baud

Dans les parties les plus ravagées du cimetière, au nord de la zone Bisson et à l’ouest du site, l’étude des traces au sol et la caractérisation des couches de démolition ont permis de repérer plusieurs nouveaux mastabas, reportés sur la carte archéologique de la nécropole royale de Rêdjedef 1. Ces structures, malgré des limites approximatives, viennent compléter les alignements déjà constatés et renforcent la régularité du schéma d’installation des tombeaux 2. Dans la zone méridionale du cimetière, les mastabas F 37, 38 et 40, par lesquels la mission a commencé ses travaux, ont fait l’objet de divers compléments de fouille et de relevés. Le dégagement des quatre faces de F 37 est quasiment achevé. Ce grand mastaba (50 m de façade) servira de tombe-test pour l’examen complet de la structure et des procédés de construction. Ceux-ci sont examinés sur les parties actuellement visibles des tombes de l’ensemble de la nécropole (ce programme est détaillé plus bas). Les restes du dallage de la chapelle de F 38 (presque entièrement rasée) ont été relevés ; ils semblent livrer le plan d’une entrée à portique. Enfin, la structure interne en petits blocs de F 40, ceinturée d’un épais mur de parement en briques crues, a été examinée plus en détail sur la face sud et à l’angle nord-est, révélant, apparemment sur l’ensemble du mastaba, un dispositif de construction en lits horizontaux correspondant à deux ou trois assises de briques de la façade. L’essentiel du travail de la saison a été consacré à l’examen d’un nouveau mastaba, que nous avons baptisé F 48. Ce choix se justifiait par sa localisation : tombe la plus occidentale de la nécropole, elle devait permettre de valider l’hypothèse d’une planification royale affectant l’ensemble du site, nos travaux s’étant limités, jusqu’ici, aux rangées orientales. D’après l’état actuel du terrain et le plan de Bisson (1922), il n’avait connu aucun dégagement officiel, Chassinat s’étant limité à la fouille (incomplète ?) du puits méridional (1901). Le sondage que nous avons implanté en façade, du côté sud, a rapidement livré les restes d’une chapelle intérieure en « L » et les premiers reliefs en place de la nécropole. Grâce à ceux-ci, ainsi qu’à la céramique, la date du tombeau a pu être fixée au milieu de la IVe dynastie, inscrivant F 48 dans la même vague d’implantation que celle des grands mastabas de la nécropole. Grâce au service de restauration de l’Ifao, les reliefs in situ ont été immédiatement consolidés et nettoyés du sel cristallisé en surface. Dans un contexte oò les pillages restent monnaie courante - nous en constatons chaque année sur le site - la chapelle a ensuite été protégée par d’épais murs de calcaire établis sur les backing-stones, ensemble couvert d’un plafond de béton armé 3. Ces travaux ont été effectués en étroite collaboration avec les inspectorats de Gîza et d’Abu Rawash.

2. La chapelle sud du mastaba F48 et sa décoration Michel Baud (archéologie et prosopographie), Yannis Gourdon (reliefs)

Il s’agit d’une petite chapelle intérieure au plan en « L » (pointé vers le sud), typique de la IVe dynastie. La salle d’offrandes, à laquelle on accède par un court passage prolongeant l’entrée, mesure 5,25 x 1,45 m, soit une superficie très réduite de 7,61 m2. Son mur occidental comporte deux niches profondes dont le plan régulier - la largeur des montants égale leur profondeur (niche sud : 0,38 m ; niche nord : 0,24 m) - est caractéristique de la première moitié de la même dynastie. Le dallage, arraché par endroits, préserve encore un bassin à libations devant les niches, chacun taillé dans une dalle. En arrière de la niche sud se trouve le serdab, dont les blocs des parois sont de qualité et de finition identiques à ceux de la chapelle. Aucune statue n’y a été trouvée, le matériel de la pièce ayant été rejeté lors d’un pillage énergique, qui perça le dallage jusqu’à la roche mère. Des débris d’au moins une statue grandeur nature ont été découverts dans les déblais de la chapelle. Outre une belle entrée décorée de la représentation du couple assis, il reste suffisamment d’éléments dans la salle principale pour en définir grosso modo le programme décoratif, qui pourra être précisé par les nombreux fragments découverts dans les déblais. Le nom du propriétaire n’est pas encore identifié avec certitude - il est possible qu’il s’agisse d’Iroukai. L’un de ses titres, « directeur de ceux qui sont en phylé » (il s’agit vraisemblablement d’équipes de desservants khentiou-shé ou/et de prêtres hem-netjer) permet, grâce aux autres titulaires connus (une dizaine de personnages seulement), de tirer plusieurs conclusions. Ces fonctionnaires font partie de l’élite « externe », c’est-à-dire la plus distante du monarque, en atteste leur titre de cour de « connu du roi » ; aucun n’est de parenté royale ni ne possède la direction d’un grand département d’État (à l’exception d’un chef des travaux de second rang). La plupart sont prêtres royaux, culte impliquant systématiquement un roi de la IVe dynastie, de Chéops à Mykérinos ; ils sont aussi chefs, inspecteurs ou directeurs des prêtres ouâb du roi, directeurs et chefs des secrets de la (ville de) pyramide royale, administrateurs d’une fondation liée à la nécropole. Dans ces conditions, il est clair que le propriétaire du mastaba F 48 se rattache, par ses fonctions, directement à la pyramide et au culte d’un roi qui ne peut être autre, vu l’emplacement du tombeau, que Rêdjedef. Aucun de ses collègues n’est d’ailleurs postérieur au milieu de la Ve dynastie, la plupart d’entre eux devant être actif du vivant même des rois mentionnés, ou à la génération suivante. Le passage de l’entrée de la chapelle possédait une décoration, préservée sur l’embrasure nord. Bien que la partie supérieure de la scène ait disparu, on observe une scène de repas funéraire dans laquelle le défunt est assis devant une table d’offrandes, sur un siège double, en compagnie de son épouse. Devant eux officient deux prêtres agenouillés, précédés de bribes de textes se rapportant au rituel effectué (dont une récitation sakhou). Du décor intérieur de la chapelle ne subsiste que la partie inférieure des scènes. Celles-ci, du moins sur les murs nord et sud, ne semblent pas avoir été très élaborées, puisque seules des représentations de la famille du défunt devaient y être figurées, ainsi qu’une autre scène de repas funéraire. La paroi nord a néanmoins livré le nom de deux des enfants présumés du propriétaire. Il apparaît également que la décoration de ce mur a subi un réaménagement, puisqu’un troisième enfant représenté devant le personnage principal a été arasé et peut-être repositionné plus haut dans un plus grand module. Le mur oriental n’est conservé que sur ses assises de fondation ; seul un bloc de la première assise (non décorée) demeure en place. Le mur ouest, en revanche, est suffisamment bien conservé, malgré les détériorations dues à l’incendie de la chapelle et aux arrachements des blocs, pour identifier sa décoration. La niche sud comportait la représentation de divers personnages sur les faces intérieures et extérieures des montants, dont le propriétaire tenant son bâton vertical près du corps - une pose rare, dont un bloc déplacé offre la partie supérieure, avec la tête du défunt et le haut du bâton devant la tempe 4. La niche nord conserve, en outre, la fin d’une formule d’offrandes mentionnant vraisemblablement les fêtes durant lesquelles on honorait les morts. Le dégagement de la face sud-est du mastaba F 48 a mis au jour 260 fragments de reliefs. Certains permettent de se faire une idée plus précise encore sur la décoration qui couvrait les murs de la chapelle sud. Plusieurs comportent des fragments de panneaux d’offrandes, avec une liste de pièces de tissus typique de la première moitié de la IVe dynastie. D’autres morceaux appartiennent aux scènes de repas funéraires et présentent divers éléments du matériel, notamment vases et pains. Une inscription fragmentaire, gravée en gros module et répartie sur trois blocs jointifs, présente une formule de filiation d’une certaine Tjen[t]et qui pourrait bien être une fille de roi et peut-être l’épouse du défunt. L’ensemble des éléments du décor concourt à dater le mastaba F 48 de la IVe dynastie, sur des critères très variés, hauteur des pains, type du coussin de chaise, type de perruque, attitude des protagonistes, décoration des faces et de l’intérieur des montants des niches, etc. S’y trouvent mêlés des éléments caractéristiques de la première moitié de cette dynastie, en particulier du règne de Khéops (cf. le parallèle cité n. 3), et des critères qui deviendront caractéristiques de la période suivante, poussant jusqu’au milieu de la Ve dynastie. Il s’agit donc d’une décoration de « transition », qui témoigne du fait que le règne de Rêdjedef représenta bien une période d’innovation dans le domaine de l’art du relief funéraire, ce qui est confirmé par des observations effectuées sur d’autres chapelles de la nécropole, en particulier celle de F 37.

3. La céramique du mastaba F4Nadine Moeller

L’essentiel de la céramique découverte dans et autour de la chapelle du mastaba est typique de la IVe dynastie. Le complexe, réparti en bols carénés du groupe des Meïdoum-bowls, en supports, coupes et bols miniatures (spécifiquement utilisés pour l’offrande), en jarres à bières et moules à pains, est identique à celui qui a été mis au jour aux mastabas F 37 et F 40 les saisons précédentes. On notera la découverte, dans un état très fragmentaire, d’un haut support (il devait mesurer de 80 à 100 cm), portant des évidements triangulaires à la base. Fabriqué en pâte alluviale à fort dégraissant végétal (Nile C du système de Vienne), la surface est recouverte d’un épais engobe rouge poli, tandis que l’intérieur a été laissé non-engobé. Il s’agit, comme l’indiquent des traces caractéristiques, d’une céramique fabriquée à la tournette. D’autres sites contemporains ont livrés de tels supports, en particulier les mastabas de Dahchour 5, et ils sont bien connus dans l’iconographie de la scène d’offrandes, oò ils supportent la table garnie de pains 6. On signalera aussi trois fragments de Meïdoum-bowls à engobe blanc, à la fois sur la surface extérieure et intérieure. C’est la première fois, à notre connaissance, que ce type rare est découvert dans le contexte d’un cimetière. Considéré jusqu’ici comme l’apanage des sites urbains, on en a retrouvé de grandes quantités dans les installations de la ville de pyramide de Gîza 7. Par ailleurs, les déblais environnant la chapelle ont livré de la céramique d’une date bien postérieure à l’Ancien Empire. L’essentiel se trouvait associé à une couche de restes humains et animaux (F48 [6]), apparemment rejetés hors du puits le plus proche, en arrière de la chapelle, et remaniés ultérieurement (voir ci-après). Si quelques tessons de la IVe dynastie y figurent, le matériel date surtout de l’époque romaine, avec des fragments d’amphores du IIe siècle après J.-C. (Late Roman 5/6), puis de la période copte, jusqu’au début de la période médiévale (VIe-Xe siècles). En outre, dans les déblais de l’intérieur de la chapelle (F48 [7]ch), un morceau de jarre à bière du Nouvel Empire a été mis au jour 8. Ces éléments témoignent d’une histoire complexe, faite à la fois d’enterrements successifs à des époques variées et de la réutilisation de la tombe comme cimetière d’animaux.

4. La nécropole animale du mastaba F4Aurélie Schenk

Le dégagement de la chapelle méridionale du mastaba a livré un riche mobilier d’époque tardive, probablement romaine pour l’essentiel. Pas moins de 1219 momies de petits animaux, ainsi qu’une quantité considérable d’ossements, animaux et humains, ont été mis au jour dans les niveaux de démolition du mastaba. Ce matériel, qui provient vraisemblablement du vidage du puits sud tout proche, se concentrait en deux principales zones d’épandage : l’une sur la bute orientale précédant la chapelle, l’autre au nord-ouest de cette dernière. L’absence de témoins dans la salle d’offrandes même laisse supposer que cette couche a connu, à cet endroit, un remaniement ultérieur. Le mobilier a été récolté de manière exhaustive et un tri préliminaire a été réalisé sur place. Dans l’attente d’une étude spécialisée, nous rendons compte de quelques observations succinctes. En relativement bon état de conservation, les momies sont de taille réduite (entre 2 et 15 cm de long) et de formes diverses : oblongues, ovales, patatoïdales ou en forme de petite bourse. Les animaux sont enveloppés, individuellement ou collectivement, dans des pièces de tissus et des bandelettes, vraisemblablement sans autre forme de momification. Cependant, plus rarement, il arrive que certaines momies ne soient composées que d’un seul et unique os, représentant l’animal entier (pars pro toto) ; cette pratique se retrouve, pour les oiseaux, avec des bouquets de plumes. Enfin, l’enveloppe extérieure, parfois bitumée, est ligaturée de fils, de cordelettes ou de brins végétaux. Ces momies étaient quelquefois placées dans des sarcophages en bois, en terre cuite, voire en bronze, comme l’attestent certains objets découverts durant cette campagne, à l’instar d’un sarcophage en bois décoré contenant les restes d’un petit serpent, de plusieurs centaines de fragments d’argile cuite (dont un couvercle) portant des traces de cloison et des restes de couverte blanche, ainsi qu’une petite figurine en bronze illustrant une musaraigne posée sur un sarcophage. Selon nos observations, il est fort probable que la plupart des momies contiennent des musaraignes, ainsi qu’un certain nombre d’oiseaux. En effet, parmi les restes fauniques ont été dénombrés 4999 crânes de musaraignes (sans compter plusieurs milliers menus éléments de squelette), ainsi que 67 têtes et 269 corps d’oiseaux. Ces premiers constats laissent penser qu’une étude de l’ensemble des restes osseux permettrait d’approfondir la liste des espèces déjà identifiées (musaraignes, oiseaux, scarabées, reptiles, chats, chiens, bovidés) et, surtout, de faire la distinction entre animaux ayant servi d’offrande et éventuels intrus. Dans les rituels religieux de Basse Époque, il était d’usage d’honorer les dieux en leur offrant un représentant de l’espèce animale, ou des espèces, qui leur étaient associées. Ces « multiples » n’étaient pas l’objet d’une vénération particulière avant leur mise à mort et leur enterrement ritualisé. La musaraigne, remarquablement présente sur le site, entre dans cette catégorie. Elle était associée au dieu-faucon Horus, vraisemblablement celui de Létopolis dans notre cas, ville relativement proche de la nécropole 9. La découverte d’une belle figurine en bronze représentant le dieu à tête de faucon, paré de la double couronne, s’inscrit sans doute dans ce contexte. La quantité très importante des individus impliqués dans ces pratiques rituelles, ainsi que la relative variété des momies (forme, tissus, liens...) soulève un certain nombre de questions. S’agissait-il, par exemple, d’animaux élevés en vue d’être sacrifiés, et vendus aux fidèles pour leurs dédicaces? Dans la mesure oò les cinq mille têtes de musaraignes présentent toutes une cassure rigoureusement identique au niveau de l’arrière du crâne, un mode de mise à mort systématique est envisageable. La localisation de ce cimetière pose elle aussi problème, faute de structure de culte repérée pour l’instant. La tombe F 48, de haute antiquité et à la situation topographique particulière, à l’endroit le plus élevé de la colline, possédait des atouts certains pour abriter ces petits animaux consacrés.

5. Les techniques de construction des mastabas Dominique Farout et Olivier Lavigne

Un des objectifs majeurs de cette campagne concernait l’étude des techniques de construction, d’une part en étudiant précisément les mastabas en cours de fouille, d’autre part en réalisant un inventaire à l’échelle de la nécropole.

La construction du mastaba F 4Ce bâtiment nous a fourni un exemple presque idéal pour l’étude des techniques de taille de la pierre, de la mise en œuvre des blocs, du ravalement, et même de la mise en place des décors. En effet, la ruine partielle de la chapelle nous a donné accès à des parties du bâtiment souvent hors de portée, lits d’attente, lits de pose et faces de joints. Ces éléments nous ont livré quantité d’informations, parfois insolites. Nous avons ainsi pu mettre en évidence les outils utilisés, notamment des petits ciseaux en cuivre et des taillants, ainsi que leurs modalités (les lits d’attente et certaines faces de joints sont taillés sur le tas), pour toutes les phases de travaux.

La construction du mastaba F 3Cette saison, nous avons poursuivi le nettoyage du mastaba F 37 : dégagement des faces nord, ouest et sud, de l’angle nord-ouest, et surtout de l’angle sud-ouest, oò l’observation de la profonde excavation résultant du travail récent des pilleurs a permis de mettre en évidence une partie de la structure interne du bâtiment. Nous avons pu repérer quelques éléments significatifs, notamment les niveaux d’horizontalité de la construction et certaines caractéristiques du remplissage. Celui-ci accompagnait la mise en œuvre du mur interne, en correspondance avec chacune de ses assises ; on opérait un nivellement sur toute la surface du bâtiment en composant avec les différentes hauteurs des blocs bruts du mur. Cette régularisation s’accompagne parfois d’un couronnement de petits blocs, placés à plat comme un dallage intermédiaire. Un trait de niveau, à la peinture rouge, est encore visible sur les faces externes est, nord et sud du mur interne ; ce repère permet de guider la pose du revêtement, et plus spécialement la première assise. Celle-ci est une assise de réglage, posée systématiquement en carreau et formant semelle débordante. La poursuite de la fouille permettra de compléter nos informations sur les procédés de remplissage, et leur rapport avec les structures horizontales et verticales qui le cloisonnent, dont on voit des affleurements ça et là. La relation avec le mur interne et le puits méritera aussi d’être précisée. Rares sont, en effet, les études détaillées qui ont été consacrées à tous les aspects de la construction des mastabas, sujet qui a d’autant plus d’intérêt dans le cadre d’une nécropole planifiée. Les sondages effectués sur la face ouest du mastaba nous ont permis de constater la présence, sur la dernière assise de pierres qui subsiste, de fines strates détritiques déposées par l’eau et le vent, couvertes d’une épaisse couche d’argile. Celle-ci, au sommet de la structure, formait le radier pour l’installation des blocs de qualité de la toiture, en atteste, par exemple, la grande tombe à l’ouest de la pyramide. Les remaniements de ces couches fournissent des renseignements précieux sur les modalités d’extraction de ces pierres lors du démantèlement du mastaba, dont nous connaissons ainsi le cheminement. Il apparaît que ce démontage fut ponctuel et qu’il ne correspond pas à une activité coordonnée.

Étude d’ensemble de la nécropole Tous les mastabas ont été analysés sous l’angle des techniques de construction : rapport avec le substrat, avec la micro-géographie du lieu, nature des roches utilisées, analyse du travail et de la mise en œuvre de ces roches, typologie de l’outillage, nature et technique des garnitures et remplissages, étude des mortiers, analyse des appareils. Une couverture photographique des structures et de leurs particularités a été réalisée, qui comporte plus d’un millier de clichés pour cette saison. Nous pouvons d’ores et déjà affirmer que, au-delà de différences formelles - mastabas simples ou jumeaux (twin mastabas), de dimensions variées, possédant un, deux, ou trois puits - nous avons affaire à un ensemble technique cohérent. Par exemple, les murs internes sont systématiquement en calcaire gréseux, alors que le revêtement présente une grande variété, qui peut se traduire par l’utilisation de matériaux différents (briques crues enduites, calcaires gréseux, calcaires tertiaires), par un appareil particulier, ou encore par un traitement de surface spécifique. Afin d’atteindre une vision globale des techniques de construction et de l’organisation du travail dans l’ensemble de la nécropole, la prochaine saison visera aussi à relever et étudier les sites d’extraction de la pierre associés au site. Toutes les techniques en jeu dans les processus de construction pharaoniques n’ont été étudiées que partiellement jusqu’ici, même pour les périodes récentes. Nous avons maintenant une base de données fournie concernant l’Ancien Empire ; il apparaît que la technologie de cette époque s’inscrit exactement dans l’évolution et la logique constructive des périodes plus récentes.

1 Pour cette définition du site, connu jusqu’ici comme « cimetière F », voir BIFAO 103, 2003, p. 17-71. 2 Grâce à Olivier Cabon et sa société ThotM, plusieurs plans d’ensemble sont à présent en ligne : www.egypt.edu/abourawach. Ces plans permettent d’accéder à des vues panoramiques de la nécropole et de ses environs, elles aussi réalisées par Olivier Cabon. 3 Grâce à l’énergie conjointe d’Atef Moukhtar (Club d’affaires franco-égyptien), Caroline Bresson (Chambre de commerce de Paris) et Jean-François Rousseau (association Per-nébou pour la recherche archéologique en Égypte), le financement de la reconstruction a pu être trouvé, au Caire, dans l’urgence. Nos vifs remerciements s’adressent, en particulier, à Antoine Gannagé pour son don généreux. 4 Un parallèle exact, y compris dans les proportions et la décoration de la niche, est livré par la tombe de Hétepni-Khnoum (ou -Ba) de Gîza (fouilles d’Abou-Bakr, Giza, 1949-1950, p. 11-25). 5 D. Faltings, Die Keramik aus den Grabungen an der nördlichen Pyramide des Snofru in Dahschur. Arbeitsberichte öber die Kampagnen 1983-1986, MDAIK 45, 1989, p. 139, fig. 4 ; N. Alexanian, Dahschur II, Das Grab des Prinzen Netjer-Aperef. Die Mastaba II/1 in Dahschur, AVDAIK 56, 1999, p. 143 et svt. 6 P. Der Manuelian, Slab Stelae of the Giza Necropolis, 2003, p. 150, figs. 221-223. 7 M. Lehner, « The pyramid age settlement of the Southern Mount at Giza », JARCE 39, 2002, p. 43-45, fig. 10. 8 Mes vifs remerciements à Sylvie Marchand pour l’identification de la céramique post-Ancien Empire. 9 Nous devons cette hypothèse, ainsi que d’autres remarques précieuses, à Alain Charron.
 
necropole d'abu rawash, saison 200

ont participe a la mission, qui s'est deroulee du 27 mars au 29 avril 2004: michel baud (chef de mission, egyptologue, paris), olivier cabon (photographe, specialiste multimedia, paris), dominique farout (egyptologue, paris), yannis gourdon (egyptologue, lyon), abeyd mahmoud hamed (restaurateur ifao), olivier lavigne (specialiste de la taille de la pierre, nantes et le caire), nadine moeller (archeologue et ceramologue, cambridge), jean-francois rousseau (informaticien, meudon), aurelie schenk (archeologue, lausanne). le csa etait represente par l'inspecteur ibrahim abd el-hamid taeia, relevant du nouvel inspectorat d'abu rawash.

1. apercu des travaux michel baud

dans les parties les plus ravagees du cimetiere, au nord de la zone bisson et a l'ouest du site, l'etude des traces au sol et la caracterisation des couches de demolition ont permis de reperer plusieurs nouveaux mastabas, reportes sur la carte archeologique de la necropole royale de redjedef 1. ces structures, malgre des limites approximatives, viennent completer les alignements deja constates et renforcent la regularite du schema d'installation des tombeaux 2. dans la zone meridionale du cimetiere, les mastabas f 37, 38 et 40, par lesquels la mission a commence ses travaux, ont fait l'objet de divers complements de fouille et de releves. le degagement des quatre faces de f 37 est quasiment acheve. ce grand mastaba (50 m de facade) servira de tombe-test pour l'examen complet de la structure et des procedes de construction. ceux-ci sont examines sur les parties actuellement visibles des tombes de l'ensemble de la necropole (ce programme est detaille plus bas). les restes du dallage de la chapelle de f 38 (presque entierement rasee) ont ete releves; ils semblent livrer le plan d'une entree a portique. enfin, la structure interne en petits blocs de f 40, ceinturee d'un epais mur de parement en briques crues, a ete examinee plus en detail sur la face sud et a l'angle nord-est, revelant, apparemment sur l'ensemble du mastaba, un dispositif de construction en lits horizontaux correspondant a deux ou trois assises de briques de la facade. l'essentiel du travail de la saison a ete consacre a l'examen d'un nouveau mastaba, que nous avons baptise f 48. ce choix se justifiait par sa localisation: tombe la plus occidentale de la necropole, elle devait permettre de valider l'hypothese d'une planification royale affectant l'ensemble du site, nos travaux s'etant limites, jusqu'ici, aux rangees orientales. d'apres l'etat actuel du terrain et le plan de bisson (1922), il n'avait connu aucun degagement officiel, chassinat s'etant limite a la fouille (incomplete?) du puits meridional (1901). le sondage que nous avons implante en facade, du cote sud, a rapidement livre les restes d'une chapelle interieure en "l" et les premiers reliefs en place de la necropole. grace a ceux-ci, ainsi qu'a la ceramique, la date du tombeau a pu etre fixee au milieu de la ive dynastie, inscrivant f 48 dans la meme vague d'implantation que celle des grands mastabas de la necropole. grace au service de restauration de l'ifao, les reliefs in situ ont ete immediatement consolides et nettoyes du sel cristallise en surface. dans un contexte ou les pillages restent monnaie courante - nous en constatons chaque annee sur le site - la chapelle a ensuite ete protegee par d'epais murs de calcaire etablis sur les backing-stones, ensemble couvert d'un plafond de beton arme 3. ces travaux ont ete effectues en etroite collaboration avec les inspectorats de giza et d'abu rawash.

2. la chapelle sud du mastaba f48 et sa decoration michel baud (archeologie et prosopographie), yannis gourdon (reliefs)

il s'agit d'une petite chapelle interieure au plan en "l" (pointe vers le sud), typique de la ive dynastie. la salle d'offrandes, a laquelle on accede par un court passage prolongeant l'entree, mesure 5,25 x 1,45 m, soit une superficie tres reduite de 7,61 m2. son mur occidental comporte deux niches profondes dont le plan regulier - la largeur des montants egale leur profondeur (niche sud: 0,38 m; niche nord: 0,24 m) - est caracteristique de la premiere moitie de la meme dynastie. le dallage, arrache par endroits, preserve encore un bassin a libations devant les niches, chacun taille dans une dalle. en arriere de la niche sud se trouve le serdab, dont les blocs des parois sont de qualite et de finition identiques a ceux de la chapelle. aucune statue n'y a ete trouvee, le materiel de la piece ayant ete rejete lors d'un pillage energique, qui perca le dallage jusqu'a la roche mere. des debris d'au moins une statue grandeur nature ont ete decouverts dans les deblais de la chapelle. outre une belle entree decoree de la representation du couple assis, il reste suffisamment d'elements dans la salle principale pour en definir grosso modo le programme decoratif, qui pourra etre precise par les nombreux fragments decouverts dans les deblais. le nom du proprietaire n'est pas encore identifie avec certitude - il est possible qu'il s'agisse d'iroukai. l'un de ses titres, "directeur de ceux qui sont en phyle" (il s'agit vraisemblablement d'equipes de desservants khentiou-she ou/et de pretres hem-netjer) permet, grace aux autres titulaires connus (une dizaine de personnages seulement), de tirer plusieurs conclusions. ces fonctionnaires font partie de l'elite "externe", c'est-a-dire la plus distante du monarque, en atteste leur titre de cour de "connu du roi"; aucun n'est de parente royale ni ne possede la direction d'un grand departement d'etat (a l'exception d'un chef des travaux de second rang). la plupart sont pretres royaux, culte impliquant systematiquement un roi de la ive dynastie, de cheops a mykerinos; ils sont aussi chefs, inspecteurs ou directeurs des pretres ouab du roi, directeurs et chefs des secrets de la (ville de) pyramide royale, administrateurs d'une fondation liee a la necropole. dans ces conditions, il est clair que le proprietaire du mastaba f 48 se rattache, par ses fonctions, directement a la pyramide et au culte d'un roi qui ne peut etre autre, vu l'emplacement du tombeau, que redjedef. aucun de ses collegues n'est d'ailleurs posterieur au milieu de la ve dynastie, la plupart d'entre eux devant etre actif du vivant meme des rois mentionnes, ou a la generation suivante. le passage de l'entree de la chapelle possedait une decoration, preservee sur l'embrasure nord. bien que la partie superieure de la scene ait disparu, on observe une scene de repas funeraire dans laquelle le defunt est assis devant une table d'offrandes, sur un siege double, en compagnie de son epouse. devant eux officient deux pretres agenouilles, precedes de bribes de textes se rapportant au rituel effectue (dont une recitation sakhou). du decor interieur de la chapelle ne subsiste que la partie inferieure des scenes. celles-ci, du moins sur les murs nord et sud, ne semblent pas avoir ete tres elaborees, puisque seules des representations de la famille du defunt devaient y etre figurees, ainsi qu'une autre scene de repas funeraire. la paroi nord a neanmoins livre le nom de deux des enfants presumes du proprietaire. il apparait egalement que la decoration de ce mur a subi un reamenagement, puisqu'un troisieme enfant represente devant le personnage principal a ete arase et peut-etre repositionne plus haut dans un plus grand module. le mur oriental n'est conserve que sur ses assises de fondation; seul un bloc de la premiere assise (non decoree) demeure en place. le mur ouest, en revanche, est suffisamment bien conserve, malgre les deteriorations dues a l'incendie de la chapelle et aux arrachements des blocs, pour identifier sa decoration. la niche sud comportait la representation de divers personnages sur les faces interieures et exterieures des montants, dont le proprietaire tenant son baton vertical pres du corps - une pose rare, dont un bloc deplace offre la partie superieure, avec la tete du defunt et le haut du baton devant la tempe 4. la niche nord conserve, en outre, la fin d'une formule d'offrandes mentionnant vraisemblablement les fetes durant lesquelles on honorait les morts. le degagement de la face sud-est du mastaba f 48 a mis au jour 260 fragments de reliefs. certains permettent de se faire une idee plus precise encore sur la decoration qui couvrait les murs de la chapelle sud. plusieurs comportent des fragments de panneaux d'offrandes, avec une liste de pieces de tissus typique de la premiere moitie de la ive dynastie. d'autres morceaux appartiennent aux scenes de repas funeraires et presentent divers elements du materiel, notamment vases et pains. une inscription fragmentaire, gravee en gros module et repartie sur trois blocs jointifs, presente une formule de filiation d'une certaine tjen[t]et qui pourrait bien etre une fille de roi et peut-etre l'epouse du defunt. l'ensemble des elements du decor concourt a dater le mastaba f 48 de la ive dynastie, sur des criteres tres varies, hauteur des pains, type du coussin de chaise, type de perruque, attitude des protagonistes, decoration des faces et de l'interieur des montants des niches, etc. s'y trouvent meles des elements caracteristiques de la premiere moitie de cette dynastie, en particulier du regne de kheops (cf. le parallele cite n. 3), et des criteres qui deviendront caracteristiques de la periode suivante, poussant jusqu'au milieu de la ve dynastie. il s'agit donc d'une decoration de "transition", qui temoigne du fait que le regne de redjedef representa bien une periode d'innovation dans le domaine de l'art du relief funeraire, ce qui est confirme par des observations effectuees sur d'autres chapelles de la necropole, en particulier celle de f 37.

3. la ceramique du mastaba f4nadine moeller

l'essentiel de la ceramique decouverte dans et autour de la chapelle du mastaba est typique de la ive dynastie. le complexe, reparti en bols carenes du groupe des meidoum-bowls, en supports, coupes et bols miniatures (specifiquement utilises pour l'offrande), en jarres a bieres et moules a pains, est identique a celui qui a ete mis au jour aux mastabas f 37 et f 40 les saisons precedentes. on notera la decouverte, dans un etat tres fragmentaire, d'un haut support (il devait mesurer de 80 a 100 cm), portant des evidements triangulaires a la base. fabrique en pate alluviale a fort degraissant vegetal (nile c du systeme de vienne), la surface est recouverte d'un epais engobe rouge poli, tandis que l'interieur a ete laisse non-engobe. il s'agit, comme l'indiquent des traces caracteristiques, d'une ceramique fabriquee a la tournette. d'autres sites contemporains ont livres de tels supports, en particulier les mastabas de dahchour 5, et ils sont bien connus dans l'iconographie de la scene d'offrandes, ou ils supportent la table garnie de pains 6. on signalera aussi trois fragments de meidoum-bowls a engobe blanc, a la fois sur la surface exterieure et interieure. c'est la premiere fois, a notre connaissance, que ce type rare est decouvert dans le contexte d'un cimetiere. considere jusqu'ici comme l'apanage des sites urbains, on en a retrouve de grandes quantites dans les installations de la ville de pyramide de giza 7. par ailleurs, les deblais environnant la chapelle ont livre de la ceramique d'une date bien posterieure a l'ancien empire. l'essentiel se trouvait associe a une couche de restes humains et animaux (f48 [6]), apparemment rejetes hors du puits le plus proche, en arriere de la chapelle, et remanies ulterieurement (voir ci-apres). si quelques tessons de la ive dynastie y figurent, le materiel date surtout de l'epoque romaine, avec des fragments d'amphores du iie siecle apres j.-c. (late roman 5/6), puis de la periode copte, jusqu'au debut de la periode medievale (vie-xe siecles). en outre, dans les deblais de l'interieur de la chapelle (f48 [7]ch), un morceau de jarre a biere du nouvel empire a ete mis au jour 8. ces elements temoignent d'une histoire complexe, faite a la fois d'enterrements successifs a des epoques variees et de la reutilisation de la tombe comme cimetiere d'animaux.

4. la necropole animale du mastaba f4aurelie schenk

le degagement de la chapelle meridionale du mastaba a livre un riche mobilier d'epoque tardive, probablement romaine pour l'essentiel. pas moins de 1219 momies de petits animaux, ainsi qu'une quantite considerable d'ossements, animaux et humains, ont ete mis au jour dans les niveaux de demolition du mastaba. ce materiel, qui provient vraisemblablement du vidage du puits sud tout proche, se concentrait en deux principales zones d'epandage: l'une sur la bute orientale precedant la chapelle, l'autre au nord-ouest de cette derniere. l'absence de temoins dans la salle d'offrandes meme laisse supposer que cette couche a connu, a cet endroit, un remaniement ulterieur. le mobilier a ete recolte de maniere exhaustive et un tri preliminaire a ete realise sur place. dans l'attente d'une etude specialisee, nous rendons compte de quelques observations succinctes. en relativement bon etat de conservation, les momies sont de taille reduite (entre 2 et 15 cm de long) et de formes diverses: oblongues, ovales, patatoidales ou en forme de petite bourse. les animaux sont enveloppes, individuellement ou collectivement, dans des pieces de tissus et des bandelettes, vraisemblablement sans autre forme de momification. cependant, plus rarement, il arrive que certaines momies ne soient composees que d'un seul et unique os, representant l'animal entier (pars pro toto); cette pratique se retrouve, pour les oiseaux, avec des bouquets de plumes. enfin, l'enveloppe exterieure, parfois bitumee, est ligaturee de fils, de cordelettes ou de brins vegetaux. ces momies etaient quelquefois placees dans des sarcophages en bois, en terre cuite, voire en bronze, comme l'attestent certains objets decouverts durant cette campagne, a l'instar d'un sarcophage en bois decore contenant les restes d'un petit serpent, de plusieurs centaines de fragments d'argile cuite (dont un couvercle) portant des traces de cloison et des restes de couverte blanche, ainsi qu'une petite figurine en bronze illustrant une musaraigne posee sur un sarcophage. selon nos observations, il est fort probable que la plupart des momies contiennent des musaraignes, ainsi qu'un certain nombre d'oiseaux. en effet, parmi les restes fauniques ont ete denombres 4999 cranes de musaraignes (sans compter plusieurs milliers menus elements de squelette), ainsi que 67 tetes et 269 corps d'oiseaux. ces premiers constats laissent penser qu'une etude de l'ensemble des restes osseux permettrait d'approfondir la liste des especes deja identifiees (musaraignes, oiseaux, scarabees, reptiles, chats, chiens, bovides) et, surtout, de faire la distinction entre animaux ayant servi d'offrande et eventuels intrus. dans les rituels religieux de basse epoque, il etait d'usage d'honorer les dieux en leur offrant un representant de l'espece animale, ou des especes, qui leur etaient associees. ces "multiples" n'etaient pas l'objet d'une veneration particuliere avant leur mise a mort et leur enterrement ritualise. la musaraigne, remarquablement presente sur le site, entre dans cette categorie. elle etait associee au dieu-faucon horus, vraisemblablement celui de letopolis dans notre cas, ville relativement proche de la necropole 9. la decouverte d'une belle figurine en bronze representant le dieu a tete de faucon, pare de la double couronne, s'inscrit sans doute dans ce contexte. la quantite tres importante des individus impliques dans ces pratiques rituelles, ainsi que la relative variete des momies (forme, tissus, liens...) souleve un certain nombre de questions. s'agissait-il, par exemple, d'animaux eleves en vue d'etre sacrifies, et vendus aux fideles pour leurs dedicaces? dans la mesure ou les cinq mille tetes de musaraignes presentent toutes une cassure rigoureusement identique au niveau de l'arriere du crane, un mode de mise a mort systematique est envisageable. la localisation de ce cimetiere pose elle aussi probleme, faute de structure de culte reperee pour l'instant. la tombe f 48, de haute antiquite et a la situation topographique particuliere, a l'endroit le plus eleve de la colline, possedait des atouts certains pour abriter ces petits animaux consacres.

5. les techniques de construction des mastabas dominique farout et olivier lavigne

un des objectifs majeurs de cette campagne concernait l'etude des techniques de construction, d'une part en etudiant precisement les mastabas en cours de fouille, d'autre part en realisant un inventaire a l'echelle de la necropole.

la construction du mastaba f 4ce batiment nous a fourni un exemple presque ideal pour l'etude des techniques de taille de la pierre, de la mise en oeuvre des blocs, du ravalement, et meme de la mise en place des decors. en effet, la ruine partielle de la chapelle nous a donne acces a des parties du batiment souvent hors de portee, lits d'attente, lits de pose et faces de joints. ces elements nous ont livre quantite d'informations, parfois insolites. nous avons ainsi pu mettre en evidence les outils utilises, notamment des petits ciseaux en cuivre et des taillants, ainsi que leurs modalites (les lits d'attente et certaines faces de joints sont tailles sur le tas), pour toutes les phases de travaux.

la construction du mastaba f 3cette saison, nous avons poursuivi le nettoyage du mastaba f 37: degagement des faces nord, ouest et sud, de l'angle nord-ouest, et surtout de l'angle sud-ouest, ou l'observation de la profonde excavation resultant du travail recent des pilleurs a permis de mettre en evidence une partie de la structure interne du batiment. nous avons pu reperer quelques elements significatifs, notamment les niveaux d'horizontalite de la construction et certaines caracteristiques du remplissage. celui-ci accompagnait la mise en oeuvre du mur interne, en correspondance avec chacune de ses assises; on operait un nivellement sur toute la surface du batiment en composant avec les differentes hauteurs des blocs bruts du mur. cette regularisation s'accompagne parfois d'un couronnement de petits blocs, places a plat comme un dallage intermediaire. un trait de niveau, a la peinture rouge, est encore visible sur les faces externes est, nord et sud du mur interne; ce repere permet de guider la pose du revetement, et plus specialement la premiere assise. celle-ci est une assise de reglage, posee systematiquement en carreau et formant semelle debordante. la poursuite de la fouille permettra de completer nos informations sur les procedes de remplissage, et leur rapport avec les structures horizontales et verticales qui le cloisonnent, dont on voit des affleurements ca et la. la relation avec le mur interne et le puits meritera aussi d'etre precisee. rares sont, en effet, les etudes detaillees qui ont ete consacrees a tous les aspects de la construction des mastabas, sujet qui a d'autant plus d'interet dans le cadre d'une necropole planifiee. les sondages effectues sur la face ouest du mastaba nous ont permis de constater la presence, sur la derniere assise de pierres qui subsiste, de fines strates detritiques deposees par l'eau et le vent, couvertes d'une epaisse couche d'argile. celle-ci, au sommet de la structure, formait le radier pour l'installation des blocs de qualite de la toiture, en atteste, par exemple, la grande tombe a l'ouest de la pyramide. les remaniements de ces couches fournissent des renseignements precieux sur les modalites d'extraction de ces pierres lors du demantelement du mastaba, dont nous connaissons ainsi le cheminement. il apparait que ce demontage fut ponctuel et qu'il ne correspond pas a une activite coordonnee.

etude d'ensemble de la necropole tous les mastabas ont ete analyses sous l'angle des techniques de construction: rapport avec le substrat, avec la micro-geographie du lieu, nature des roches utilisees, analyse du travail et de la mise en oeuvre de ces roches, typologie de l'outillage, nature et technique des garnitures et remplissages, etude des mortiers, analyse des appareils. une couverture photographique des structures et de leurs particularites a ete realisee, qui comporte plus d'un millier de cliches pour cette saison. nous pouvons d'ores et deja affirmer que, au-dela de differences formelles - mastabas simples ou jumeaux (twin mastabas), de dimensions variees, possedant un, deux, ou trois puits - nous avons affaire a un ensemble technique coherent. par exemple, les murs internes sont systematiquement en calcaire greseux, alors que le revetement presente une grande variete, qui peut se traduire par l'utilisation de materiaux differents (briques crues enduites, calcaires greseux, calcaires tertiaires), par un appareil particulier, ou encore par un traitement de surface specifique. afin d'atteindre une vision globale des techniques de construction et de l'organisation du travail dans l'ensemble de la necropole, la prochaine saison visera aussi a relever et etudier les sites d'extraction de la pierre associes au site. toutes les techniques en jeu dans les processus de construction pharaoniques n'ont ete etudiees que partiellement jusqu'ici, meme pour les periodes recentes. nous avons maintenant une base de donnees fournie concernant l'ancien empire; il apparait que la technologie de cette epoque s'inscrit exactement dans l'evolution et la logique constructive des periodes plus recentes.

1 pour cette definition du site, connu jusqu'ici comme "cimetiere f", voir bifao 103, 2003, p. 17-71. 2 grace a olivier cabon et sa societe thotm, plusieurs plans d'ensemble sont a present en ligne: www.egypt.edu/abourawach. ces plans permettent d'acceder a des vues panoramiques de la necropole et de ses environs, elles aussi realisees par olivier cabon. 3 grace a l'energie conjointe d'atef moukhtar (club d'affaires franco-egyptien), caroline bresson (chambre de commerce de paris) et jean-francois rousseau (association per-nebou pour la recherche archeologique en egypte), le financement de la reconstruction a pu etre trouve, au caire, dans l'urgence. nos vifs remerciements s'adressent, en particulier, a antoine gannage pour son don genereux. 4 un parallele exact, y compris dans les proportions et la decoration de la niche, est livre par la tombe de hetepni-khnoum (ou -ba) de giza (fouilles d'abou-bakr, giza, 1949-1950, p. 11-25). 5 d. faltings, die keramik aus den grabungen an der nordlichen pyramide des snofru in dahschur. arbeitsberichte uber die kampagnen 1983-1986, mdaik 45, 1989, p. 139, fig. 4; n. alexanian, dahschur ii, das grab des prinzen netjer-aperef. die mastaba ii/1 in dahschur, avdaik 56, 1999, p. 143 et svt. 6 p. der manuelian, slab stelae of the giza necropolis, 2003, p. 150, figs. 221-223. 7 m. lehner, "the pyramid age settlement of the southern mount at giza", jarce 39, 2002, p. 43-45, fig. 10. 8 mes vifs remerciements a sylvie marchand pour l'identification de la ceramique post-ancien empire. 9 nous devons cette hypothese, ainsi que d'autres remarques precieuses, a alain charron.